FRERE
ré
je £
VI INTRODUCTION
de notre siècle nouveau. Depuis l'Exposition de 1900, qui venait affirmer cet engouement général, des musées spéciaux ont été ouverts qui, soit chez nous, au Louvre, soit à Londres, à la galerie Wallace, offrent en exemple ces modèles incomparables d'élégance et de goût, et des ventes, toutes récentes encore, ont attesté, par les prix inattendus qu'’atteignaient le moindre bibelot dans son étui de galuchat, le meuble le plus modeste, le croquis le plus indifférent du faiseur le moins coté, à quel point cette passion avait conquis les amateurs des deux Mondes. Rien de ce qui touche à cette époque ne demeure dédaigné. Nous nous plaisons à trouver en elle l’heureuse union des principaux caractères de notre génie national.
Sommes-nous loin des jugements portés sur ces arts, sur ces mœurs et sur ces modes il y a exactement cent années! Nous avons eu, certes, raison de le réhabiliter, cet art alerte et charmant, sensuel, aimable et délicat, qui nous prévient si indulgemment en faveur de la société pour laquelle il était créé. Nous avons raison, certes, de prendre modèle sur ses bonnes façons, sur sa distinction aisée, sur sa vivacité et sur sa mesure; de lui porter nos hommages de Scythes mal dégrossis auxquels on a découvert Athènes, et notre admiration de rustres et de parvenus en face de vrais gens bien élevés. Il faut avouer, toutefois, que nous lui pardonnons beaucoup en échange. Car, pris dans son aspect général, il représente bien superficiellement et bien imparfaitement un siècle plein de troubles, de ferments, de curiosités, d'inquiétudes, d’angoisses sourdes et d’espoirs latents, annonçant la grande révolution qui couve. Il est muet sur toute cette humanité vivante, pensante et agissante; il est plaqué sur la vraie vie du peuple qu'il nous dissimule sous ses guirlandes, ses rocailles et derrière les portants de son éternel décor d’Opéra. Il n’est pas l'expression de l'âme nationale; il traduit simplement l’état d'esprit d’une cour élégante et dissolue dirigée par des favorites, d'une aristocratie, mélée de seigneurs et de financiers, de petits marquis et de gros traitants, il est l'interprète, en somme, d’une minorité sceptique et volage, spirituelle et libertine, société frivole, étourdie, imprévoyante et casse-cou, qui se trémousse dans son fol aveuglement jusqu'à ce qu’elle bute au pied de l'échafaud. Nous ne connaïîtrions rien du fond de la nation, du trésor traditionnel des robustes vertus bourgeoises et populaires, nous ne découvririons dans l’art aucune trace de ce sang, riche, sain,
INTRODUCTION VII
généreux, qui coule dans les veines de tous ces philosophes audacieux et combatifs, de ces savants passionnément avides de vérité, de ces contemplateurs enthousiastes, qui commencent la démolition du vieil édifice branlant et préparent un monde nouveau sur ses ruines, Si, dépassant toutes ces agréables banalités, toutes ces aimables polissonneries et toutes ces courtisaneries fades, enfin toutes ces charmantes insignifiances, nous ne trouvions les trois individualités tout à fait exceptionnelles de Chardin, de La Tour et de Watteau.
Chardin, aïeul de Corot, résume en lui, avec simplicité, avec finesse, avec bonhomie, les vertus solides de la race, ces vertus de probité, d'ordre, de iugement droit, d'esprit net et clair. Historien fidèle des réalités contemporaines, il sauve de l'oubli cette petite bourgeoisie et ce menu peuple, honnêtes, patients, laborieux, souriants et avisés qui sont les produits les plus purs et les plus précieux du terroir. La Tour, par la sûreté de sa méthode, par sa puissance d’exploration et de pénétration de la physionomie humaine, par la liberté et la franchise de sa vision qui égalent la liberté et la franchise de la pensée de ces philosophes avec lesquels il se sentait en pleine communion d'idées, La Tour semble réfléchir l'esprit d'indépendance, d'examen et d'analyse, les premières velléités d'esprit scientifique du siècle.
Quant à Watteau, il représente le Rêve. Il est, à lui seul, toute la poésie du xvur° siècle, et l’art français, après lui, ne retrouvera plus de tels accents jusqu’à Prud’hon.
Dans ce trio exceptionnel, il est, d’ailleurs, la figure la plus exceptionnelle. Il apparaît au début même de son siècle, comme David au début de ce qui fut le nôtre, c’est-à-dire en lui apportant toute prête la formule qui devait servir plus tard à le caractériser. Car, ainsi que l'observe judicieusement un de ses derniers historiens, M. Gabriel Séailles, se figure-t-on que sur les trente-sept ans de sa pauvre et courte vie, il en ait vécu trente et une sous le règne de Louis XIV. C’est pourtant de ces années singulièrement moroses que datent les créations qui ont ouvert au siècle suivant toutes les voies dans lesquelles il s’engagea. Peintre de genre et peintre de mœurs, peintre de portraits et à l'occasion de scènes de la vie contemporaine, peintre de chinoiseries, de turqueries, d’espagnoleries, de sir geries, de pastorales et de conversations galantes, peintre de sujets militaires ou rustiques, il a
VII INTRODUCTION
touché tour à tour à toutes ces rubriques, sans effort, sans contrainte, sans se laisser parquer, selon les préjugés du temps, dans une convention déterminée, mais suivant, en tout, avec liberté et avec aisance les fantaisies de son imagination et les inspirations de son caprice.
Ce n'est pas, sans doute, qu’il soit un produit direct et spontané et qu'il ait de toutes pièces inventé ces formes d’art qu'il passe à ces nombreux héritiers qui vivront dans le sillage de sa gloire et le rayonnement de son génie. Il doit, assurément, à son temps, à son milieu, à ceux qui furent ses maîtres ou ses patrons les motifs de ses peintures, les thèmes de ses décorations. Dans ses tableaux de scènes militaires, dans ces marches et ces convois, il imite évidemment les petits maîtres de Hollande; dans les compositions que remplissent les personnages de la Comédie Italienne, il emprunte les sujets de Gillot, comme dans ses arabesques et dans ses grotesques, il continue la manière d'Audran. Il est enveloppé, noyé dans toutes sortes d’émanations du théâtre, car le théâtre était alors la passion universelle, le mode d'expression par excellence du génie français, et son époque qui en raffole, qui en vit, qui le mêle à tout propos à l'existence et l'introduit à la suite des armées et jusque dans les entr'actes des batailles, a fait de l'existence elle-même une sorte de grande parade de théâtre au milieu d’un vaste décor. Mais ce qu’il a pris là c’est la matière, et cette matière, il l’a transmutée. À ces souvenirs de coulisse, à ces mascarades mythologiques ou bucoliques qui rappelaient dans les cabinets des amateurs ou sur les trumeaux des petites maisons, les scènes ou les ballets de la Foire et de l'Opéra, il insuffle l'âme, il introduit la vie, et qui plus est, il les anime d’une sorte de vie supérieure.
Ses sujets de prédilection sont bien les histoires de ces personnages de la Comédie Italienne, ce Gilles blafard qui joue de la guitare au clair de la lune, cet intrigant de Mezzetin qui se cambre d’un air fanfaron, le ventre en avant, le bonnet en arrière et les narines au vent, le Docteur bolonais et le Napolitain Scaramouche, et le Vénitien Pantalon, et Léandre et Isabelle, et Colombine la coquette au piquant minois ensorceleur, et cet aimable et rusé Arlequin, tout pailleté et bariolé, la batte sous le bras, le petit chapeau sur l'oreille, l’œil pétillant derrière le masque, qui avive ce « carnaval des passions humaines », comme
INTRODUCTION IX
l’appellent les Goncourt, de ses malices et de ses facéties. Mais ainsi que les acteurs eux-mêmes de la Comedia dell Arte improvisaient et brodaient à l'infini sur ces thèmes rebattus, à son tour il ne se lasse pas de broder et d'improviser derrière eux sur les mêmes motifs, en se perdant délicieusement dans une rêverie spirituelle et sentimentale. A côté de ces figures falotes et fantomatiques, il crée tout un Décaméron composé de personnages anonymes, de « donneurs de sérénades » et de « belles écouteuses », de pèlerins plaisants et de bergers des contes bleus, qui se mêlent volontiers aux premiers dans le long mystère d'amour de ses fêtes, de ses pastorales et de ses conversations galantes.
Aimables « Badinages », «Entretiens Amoureux », « Leçons d'Amour», « Promenades », « Collations », « Teste-à-teste », « Sérénades », et « Concerts Champêtres », ces « Passe-temps » et ces « Heureux Loisirs », qui font « l'Emploi du Bel Age », et « le Charme de la Vie », tout ce peuple galant de conteurs de fleurettes et de peu cruelles indolentes forme un monde imaginaire, lointain et comme surnaturel, évoquant à notre pensée, dans son atmosphère vénitienne, fluide, légère et subtile, dans les tièdes effluves d'amour qui montent vers ses cieux enchantés, les songes aériens de Shakespeare, les rêves capricieux de don Juan, et la Venise de Fantasio et une sorte d’Inlermezzo, tendre et ironique, mais où la trahison ne fait pas souffrir. Car c’est un Eden fortuné où l'amour ne comporte ni passion, ni fièvre, ni haine, ni douleur. Les cœurs, à demi-blasés, n'en veulent connaître que les surprises, les caprices, les frissons, les alanguissements des premiers désirs, le doux émoi des coquetteries. C'est l'Ile enchantée où règne une volupté d'essence toute païenne, d'un sensualisme léger, délicat, suave et un peu mélancolique, région mystérieuse des illusions, pays de mirages, vers lequel il est très doux de partir sans prévoir les désenchantements des retours.
Et dans les chaudes transparences laquées d’un beau soir rayonnant d'automne, — extraordinaire automne de paradis, — à travers ce paysage adorable aux rousseurs profondes, aux tons mourants de roses fanées, où la clarté la plus tendre et la plus caressante baigne les hautes frondaisons, irise les eaux et rosit les cimes lointaines des horizons mystérieux, les pélerins de l'amour, en brillant équipage, le court collet noir orné de coquilles sur les vestes incarnadines ou sur les robes mordorées, le long bâton à la main, se préparent ou s’entraînent pour
X INTRODUCTION
le départ. Ils forment une chaîne amoureuse qui, du terme fleuri où sourit la déesse favorable, se déroule et gagne, dans un crescendo insensible, la barque prête à partir sur laquelle joue un essaim de petits amours. Ce sont d'abord les premières supplications et les premières résistances, puis les hésitations vaincues et enfin les enlacements définitifs. Mais l’on n'entend ni bruits de voix, ni appels, ni rires; on fredonne, on sourit, on chuchotte; les yeux seuls semblent parler ou du moins les paroles ne sont-elles plus que de la musique. Paysage d'Eldorado et personnages de contes de fées, l’Embarquement pour Cythère, « c'est, écrit M. Gabriel Séailles, le poème de l'amour délicat, où l'esprit s'émeut avant le cœur, où l'imagination se trouble avant les sens, le poème des sympathies soudaines, des abandons sans résistance, des rencontres qui font les bonheurs d’un jour inoubliable; c'est un pays féérique où tout se dispose de soi-même pour cet enchantement du caprice amoureux, les guirlandes de roses et d'amours envolés, le bruissement des feuillages légers, les bosquets qui offrent leur retraite aux couples lassés, le reflet mélancolique du paysage, au soleil couchant, dans les eaux dormantes. »
Et ce pays de rêve et ces êtres de féerie sont cependant étrangement vivants et singulièrement vrais. Ce monde de chimère est aussi un monde de réalité. Car ce rêveur est le plus attentif, le plus respectueux des naturalistes et autant il se montre éternellement mécontent des ouvrages qu’il compose, autant il trouve de joie à travailler devant la nature. Mais c'est un naturaliste ému et passionné. Avant Jean-Jacques Rousseau, il éprouve devant les choses de la nature des impressions jusqu'à ce jour inconnues, des sensations qui sont en correspondance si étroite avec des états de l'âme qu'il n'y a, semble-t-il, que la musique qui puisse exprimer de tels accords et plonger la pensée dans un épanouissement si mélancolique et si doux. Son paysage a un tel pouvoir expressif que l’on ne peut s'empêcher de rapprocher ce fonds élyséen de l’'Embarquement pour Cythère du lointain de montagnes et de lacs qui semble mirer le regard troublant et l'indéfinissable sourire de la Joconde. Il est, à ce point de vue, un précurseur des grands romantiques.
Si l’on ne craignait de tomber dans le paradoxe, on dirait presque qu'il est avant tout paysagiste. Ses figures sont, assurément, comme les émanations naturelles de ses paysages. Son ami Caylus est formel
INTRODUCTION XI
sur ce point: il disposait ses figures « en conséquence d’un fond de paysage qu'il avait conçu ou préparé. »
Et ses personnages! Voyez leur aisance, leur simplicité, leur naturel. Caylus nous avertit bien, d’ailleurs, qu’il les prenait « dans les attitudes que la nature lui présentait, en préférant volontiers les plus simples aux autres ». Prenez-le jusque dans ce tableau de l’'Anfiope, qu'on a pu traiter de pastiche, et voyez, toutefois, encore comme le sommeil est indiqué par le bras lourd qui tombe entraîné par son poids. Ses plus minuscules figures sont délicieusement troussées, sûrement posées et toujours finement modelées, dans leur grâce espiègle et leurs visages poupins; pimpantes dans leur courte veste de satin, ou leurs jupes chatoyantes aux reflets vifs sur les brisures et les plissés, elles sont animées d'une vie qui n’a rien de turbulent, mais qui se meut dans une action paisible, nonchalante et rythmée, dirait-on, comme par un accompagnement discret de violon ou de hautbois ou plutôt par une sorte de musique intérieure.
Il a vraiment un des plus jolis sentiments de la forme qu'on ait connus depuis longtemps, et bien que ses amis expriment le regret qu'il n'ait rien pu entreprendre dans le héroïque par suite de l'insuffisance de ses connaissances en anatomie, nous trouvons aujourd'hui qu'on a rarement mieux compris la plénitude des volumes, la souplesse élégante des attaches, la courbe sinueuse et frémissante des lignes, qu'on a rarement mieux traduit le modelé des petits seins lourds et fermes où pointe une fraise rose, les jambes nerveuses aux muscles élastiques, les mains potelées qui forment des fossettes souriantes au bas des doigts allongés. Et comme les visages sont construits, les hommes dans leur masque carré, leurs pommettes saillantes, leurs narines ouvertes et leur bouche arquée; les femmes avec leurs coquets mouvements de cou, leur nez arrêté par un méplat net et mutin, et surtout ces nuques exquises, où passe, comme dans le Æaux pas, ce joli frisson dans la pénombre, que retrouvera Fantin-Latour, qui empruntera à Watteau bien d’autres choses! Son réalisme discret nuance les tonalités des chairs dans leur variété locale; son pinceau se plaît aux passages délicats du cou à la gorge, aux demi-teintes nacrées du nu, opposées, comme dans le Jugement de Päris, aux bleus éclatants du ciel ou au noir d’un bouclier.
Comme coloriste, il distille adroitement toutes les rousseurs ambrées
pe RS FE
CT PTE a
SHÉSRIRE NON
ji Ë !
XII INTRODUCTION
de Titien ou de Rubens, toutes les fraîcheurs argentées de Véronèse pour obtenir parfois des chaleurs profondes, mordorées, on dirait presque rembranesques, tant elles ont de velouté et de mystère, tant les moindres éclats lumineux prennent d'intensité sur leur profondeur, tantôt des gris si fins que Chardin et lui seront les seuls à les employer avant l'apparition des figures de Corot. Ses harmonies savantes dédaignent le plus souvent les effets faciles de contrastes et d'oppositions et se plaisent de préférence en des rapports de ton sur ton qui nous semblent tout modernes et issus d'Espagne. Voyez la Finelle, du Louvre! Au milieu de tous ces neutres assemblés en accords les plus raffinés de bleus sur bleus, — indigos verdissants, gris bleutés, blancs teintés de la robe ou du fond, — le visage enfantin aux joues rondes et rosées et la petite main qui tient la mandoline jouent seuls, dans leur valeur plus colorée qu'accompagnent, au lointain, quelques éclats discrets du couchant. Whistler eût dû en être jaloux.
« Au fond, il faut en convenir, Watteau était infiniment maniéré. » Tel est le jugement qui est porté sur ce maître, de son temps; bien mieux encore, plus d’un quart de siècle après sa mort, alors que son œuvre est universellement glorifiée et par un des amis qui l'ont le plus aimé et qui ont été le plus fidèles à son souvenir. Dans l'emphase académique de son éloge, plein de réserves prudes et d'excuses comme s'il eût été l'avocat d'office de quelque hérésie artistique devant un concile d’esthéticiens, Caylus ajoute encore que Watteau « mettoit de la finesse dans son dessin, mais sans jamais avoir pu dessiner la grande manière. » Bénie soit cette insuffisance dans la pratique du dessin — entendons de l'anatomie — qui le mit « hors de portée de peindre ni de composer rien de héroïque et d’allégorique »! Ce qui fait l'originalité hors ligne de Watteau, c'est que, soit par l'effet de son humeur foncièremeut indépendante, soit par les lacunes heureuses de sa première éducation, il échappe au joug de l'Ecole. Son art est l'expression exacte de sa personnalité; son instabilité maladive, son inconstance et sa mobilité se traduisent par une sensibilité aiguë que nous sommes plus aptes à comprendre. Aussi est-il plus proche de nous que de ses contemporains. On dira peut-être que nous lui faisons dire plus de choses qu'il n’en voulait entendre. Il n’a, sans doute, pas cru dire tout ce qu'il a dit. Mais il l’a dit tout de même. Son esprit incommode, ombrageux, maussade et misanthrope, s'était créé pour lui seul une solitude enchantée
INTRODUCTION XIII
dans laquelle il s'enfermait. Au monde de la réalité qui lui était devenu insupportable il avait substitué un monde de chimères peuplé de tous ses rêves coutumiers.
Mais il a fallu des temps où l’homme ait cherché pour lui aussi le refuge du Rêve pour découvrir la clef de ces paradis intérieurs. C’est pourquoi la personnalité de Watteau nous est devenue particulièrement chère. Elle a pris une place importante dans les préoccupations de ceux qui se sont voués à écrire l’histoire de notre art français auquel il appartient moins par les hasards de la naissance que par l'essence même de son génie. On a voulu mieux connaître sa vie, son milieu, sa manière de travailler, sa psychologie intime. Depuis le jour où les frères de Goncourt firent l'heureuse trouvaille de l'Eloge de Caylus, précieux malgré tout par les faits qu'il affirme — bien que quelques-uns aient été discutés depuis — à propos d’une biographie sur laquelle on est si imparfaitement renseigné, depuis ce jour, nombre d’historiens et de critiques se sont appliqués à pénétrer son œuvre et à apporter un peu plus de lumière sur les obscurités de sa vie. Après Paul Mantz, après Louis de Fourcaud, après Gabriel Séailles, après Bode, Dohme, Hanover ou John Mollett, le regretté Virgile Josz n’a pas craint de se consacrer avec la plus ardente piété à l'étude de cette physionomie attachante. Son livre est venu à son heure, s'efforçant à son tour de vivifñier et de préciser, autant par la force du document que par la puissance de la compréhension, la figure de ce grand charmeur. La mort n’aura point permis, hélas! au malheureux auteur de voir le fruit de ses recherches passionnées offert avec la présentation digne de cet admirable sujet. Il semble qu'elle ait voulu qu’on abordât avec un nouveau motif de mélancolie cette Fête de Watteau, « cette Fête qui n’est jamais sans une très secrète souffance, sans une petite douleur, sans l'émotionnant frisson d'un peu de chair vive, sans un peu de l'âme même, concluait l’auteur, du plus grand, du plus mystérieux, du plus troublant génie du xvur‘ siècle. »
LÉoNcE BÉNÉDITE.