‹ AntoniellaChapitre 26 sur 32 · HU · texte numérisé non relu

HU

Parle comme si j’étais l’ange du jugement dernier.

« Pendant mon récit, son visage, que j’entrevoyais dans l’ombre, était plus blanc de son anxiété que du sang qui, coulait de sa blessure.

« — Oh ! parle ! parle vite, me répétait-

il en me regardant d’un œil suppliant, ne

me laisse pas mourir dans ce doute,

que je sache que ta figure innocente ne

m’a pas trompé, et que, dans le ciel où

je vais t’attendre, je te retrouverai pure et digne de ce serment que je te fis par le brin de laine de ta quenouille. As-tu tué ton enfant?

« — Non, m’écriai-je tout bas; je n’ai jamais eu d’enfant parce que tu n’étais plus là pour m’aimer ; je n’en ai point tué

ANTONIE LLA.

parce que le crime m’eût à jamais rendue indigne de toi î

« — Et pourquoi allais-tu donc à la mort pour expier un crime que tu n’avais pas commis?

« — Oui, ami, j’y allais tranquille parce que j’étais innocente et victime de ma passion pour les fils d’Ànnunziata, plus innocents encore que moi. Annunziata et moi nous brûlions de mourir pour qu’ils fussent orphelins et adoptés par l’hospice des enfants trouvés. Je les aimais comme mes propres fruits, et, en mourant pour eux avec mon amie, ne devenais-je pas leur mère aux yeux du ciel !

« — Oh ! miracle de tendresse ! s’écriat-il. Et qu’espérais-tu?...

« En ce moment, la balle l’atteignit, et

il glissa de mon sein sur la terre... Vous savez le reste.

« La sœur frémit et pleura.

«« Quand tout se tut parmi les cadavres dans le fond de la cave, je soulevai Lorenzo évanoui dans mes bras et je montai en gémissant jusqu’au jour. Le peuple jeta une clameur d’étonnement et d’horreur, et vous m’emmenâtes dans votre sainte maison. »

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