LAD Y GRESHAM
(Musée impérial, Saint-Pétersbourg.)
d'Edouard VI. On le trouve à Anvers dès l'année i552, comme facteur du roi. Sous Marie Tudor et Elisabeth, son rôle ne fut guère diminué. En rapport avec Marie de Hongrie et Granvelle, il passa plusieurs mois en Espagne, au cours de l'année i55/\.. Plus tard, sous Elisabeth, il reparut à diverses reprises dans les Pays-Bas, y assumant même un rôle d'ambassadeur auprès de Marguerite de Parme. A Anvers, il connut personnellement le prince d'Orange, fut même son convive au mois de février 1 566 et rapporte de lui une intéressante conversation (i). Par son rang et sa fortune, Gresham appartenait aux sphères dans lesquelles un portraitiste de la valeur du nôtre devait trouver des clients.
Les portraits du « merchant royal », surnom que lui donnaient ses contemporains, s'espacent sur une vingtaine d'années, à dater peut-être de la présence même du maître en Angleterre, moment où fut probablement créé le portrait de la collection de M. J. Neeld, reproduit par Burgon et que Passavant désigne comme de beauté supérieure.
Le financier y est vu debout, de trois quarts, plus bas que la ceinture. Il est vêtu de noir, coiffé d'une toque plate et tient à la main une orange, pour rappeler, a-t-on dit, que Gresham avait importé en Angleterre ce fruit exotique, ce qui serait erroné (2).
A supposer cette peinture contemporaine du séjour de son auteur à Londres, le personnage avait dépassé la trentaine. Médiocrement avantagé sous le rapport de la taille, il ne l'est point davantage en ce qui concerne la beauté des traits. Le nez grand, de courbure assez accusée, caractérise un visage dont le menton, sous une barbe peu fournie, paraît court. L'œil scrutateur, sous le sourcil droit, accuse une énergie peu ordinaire, accentuée encore par une bouche aux lèvres pincées.
(1) Burgon, op. cit., t. II, p. 160-161.
(2) Le même, t. I, page 208.
De plus belle prestance, le gentilhomme représenté dans la toile de la Galerie nationale des portraits, à Londres (i), s'apparente assez lointainement au personnage que nous venons de voir. Pourvu d'une barbe imposante de couleur roussâtre, somptueusement vêtu d'un pourpoint de velours vert foncé, semé de boutons d'or, il paraît d'assez belle stature, ce que n'était point Gresham. Comme, en outre, il porte 1 epée, l'illustre financier acquiert une physionomie presque officielle. Elisabeth lui avait conféré l'honneur de la chevalerie en i55cj.
Le portrait-type de Gresham reste malgré tout celui du musée de l'Ermitage, production d'un caractère plutôt intime. Très simplement vêtu, l'homme d'Etat se présente assis, les bras reposant sur les accoudoirs d'un fauteuil et tournant vers le spectateur un visage médiocrement régulier, mais énergique. Le sourcil est droit, la narine prononcée, la mâchoire carrée. Toque plate, vêtement de drap noir relevé de bandes de satin, étroit col plissé. La main droite serre les gants.
Rangé par Waagen parmi les meilleures productions du peintre, ce portrait, à le juger par l'ampleur de la facture, daterait d'une période avancée de la vie de son auteur. Le fameux critique allemand propose l'année 1570. Mais Gresham ne fit aucun séjour à Anvers ou à Bruxelles après i56y, année où le siège du commerce anglais fut transféré à Hambourg (2). Le même portrait se retrouve chez M. Granville W. C. Leveson Gower. Il figura à l'exposition de la Royal Academy en 1893, et y fit sensation.
Pour ce qui est du portrait de Lady Gresham, veuve de William Read au moment de son mariage avec le puissant financier dont elle porta le deuil, pour n'être plus de première jeunesse, elle captive par sa grâce autant que par la délicatesse des traits et l'amabilité de l'expression. Vue presque de profil et, comme son
(1) Ce portrait a une réplique au local de la Corporation des merciers, à Londres.
(2) Burgon, Op. cit., t. I, p. 323.