‹ Antonio Moro, son œuvre et son tempsChapitre 28 sur 46 · DAME .INCONNUE · texte numérisé non relu

DAME .INCONNUE

(Collection de Lord Yarborough. Brocklesby.)

époux, occupant un fauteuil (i), la dame est vêtue de noir, également, sauf les manches de sa robe, qui sont de soie blanche. Sa collerette plissée est montante. Les mains délicates, chargées de bagues magnifiques, embrassent les accoudoirs du siège à haut dossier. Une lourde chaîne d’or entoure sa taille. L’ensemble est un modèle de distinction.

Où fut créée cette remarquable image; dans les Pays- Bas ? Le costume le ferait croire, Lady Gresham étant coiffée du béguin de toile blanche empesée, en usage chez nous. Conclure est chose fort difficile. La situation troublée de nos provinces, la maladie et la mort, en 1564, d’un fils, espoir de la vieillesse de ses parents, étaient peu de nature à engager la dame à suivre son mari au delà des mers. « Ma pauvre femme », dit fréquemment Gresham en parlant d’elle, dans les intéressantes communications que l’on possède de sa main et dont aucune ne la mentionne comme étant présente.

(i) Détail curieux et qui mérite d’être signalé, les accoudoirs des fauteuils où le peintre a placé Sir Thomas et Lady Gresham, se terminent par une rosace que l’on retrouve, identique, dans le fauteuil des splendides effigies appartenant à Lord Yarborough, à qui nous devons la faveur d’en pouvoir placer une reproduction sous les yeux du lecteur. La même particularité se constate dans la superbe effigie masculine appartenant à Lord Amherst. Forcément l’on doit conclure de là que le peintre disposait de ce siège et que, sans doute, ce fut à Utrecht ou à Anvers que posèrent devant lui les modèles des magistrales peintures signalées, ainsi que d’autres où se retrouve le même élément.

FIN DE LA PUISSANCE DE GRANVEI.LE. — LE ROI INSISTE POUR LE RETOUR DE MORO.

ARRIVÉE DU DUC d’aLBE DANS LES PAYS-BAS. — SON PORTRAIT PAR GUILL. KEY. — MORO AU SERVICE DU DICTATEUR. — NOUVEAU PORTRAIT DU LIEUTENANT DE PHILIPPE II. — MORO CHARGÉ DE PEINDRE SES MAÎTRESSES. — PORTRAIT DE SIR HENRY LEE. — FERDINAND DE TOLÈDE, GRAND PRIEUR DE CASTILLE. — SON PORTRAIT. — PORTRAITS D’ANTOINE DEL RIO ET DE SA FEMME. — LA FIANCÉE DE PHILIPPE II A ANVERS ; SES PORTRAITS PAR MORO. — SON DÉPART POUR L’ESPAGNE.

Les premiers mois de i564 furent témoins du départ du cardinal Granvelle, tombé, si pas en disgrâce, du moins en défaveur auprès de la gouvernante. Moro put, sans doute, séjourner à Bruxelles tant que dura la présence à la cour de son puissant protecteur ; pourtant il était à Utrecht en i564, comme le prouve un acte de transfert à sa belle-fille, issue du premier mariage de sa femme, Marie Gabrielz et à son époux Pierre Jansz. Stamproy, de la propriété reçue de Gisbert Damen dix années auparavant.

Si sévèrement que fussent, à ce moment, appliquées les ordonnances contre l’hérésie, leur renouvellement même, sous Marguerite de Parme, fournit la preuve qu’à ce moment encore la lecture de la Bible et la prédication des doctrines hétérodoxes étaient, sinon ouvertement tolérées, du moins encore courantes. Chaque jour, d’ailleurs, renaissaient les troubles et le fait même des nouvelles mesures répressives édictées par Philippe II, au mois d’octobre i565, atteste l’impuissance de sa sœur à venir à bout des sectaires.

Les rapports sans doute possibles de Moro avec certains représentants des doctrines prohibées, sont forcément enveloppés

Page 1