CHAPITRE VII
leur fermer les passages qui restaient a franchir. Cette armée peu considérable et fort indisciplinée se montrait plus menaçante pour ses chefs que pour ses ennemis 1 . Sa défiance avait été portée au comble par la fuite du duc de Villahermosa et du comte d'Aranda, sortis de Saragosse depuis quelques jours et retirés a Epila, lieu fortifié appartenant au comte d'Aranda*. Don Juan de la Nuza, qui lui était devenu suspect, se croyant peu en sûreté au milieu d'elle et se voyant hors d'état de repousser des troupes régulières, céda au sentiment de son impuissance, peutêtre même au désir de trouver grâce auprès de Philippe II, et il se rendit à Epila s , emportant avec lui l'étendard de Saint-Georges 4 . Le députédu royaume don Juan de Luna et le jurât de Saragosse, qui étaient avec lui, en firent autant. Les insurgés, restés sans chef, se replièrent alors tumultueusement sur Saragosse 5 . Les Aragonais avaient conservé l'habitude d'être libres; mais ils avaient perdu celle
1 Voir dans Argensola, cap. xlm, p. 127 à 132, les lettres que don Juan de la Nuza et don Juan de Luna écrivirent d'Epila aux villes du royaume, le 11 et le 13 novembre.
* Argensola, cap. xxxvm, p. 119, 120.
5 Ibid.j cap. xli, p. 124.
* a Y visto quan poca resistencia podia hacer el justicia de Aragon al exercito caslellano con su campo, acordô de dejar la gente, y irse â una de sus villas, como lo hizô; que no solo dejô la gente, mas tambien el estandartc que havia sacado, que llaman de San Jorge, y una cola de las armas de Aragon que llevaba puesta. » [Proceso, ms.)
5 « Y lo mismo hizô don Juan de Luna que como dipulado iba por el reino, y el jurado que iba por la ciudad de Zaragoça y todos de eonformidad y acuerdo se reliraron, y dexaron toda la gente sin cabezas, y asi con grande aîboroto se volvieron â la ciudad. » (Ibid.)
de se battre, et ils allaient être dépouillés des droits qu'ils ne savaient plus défendre.
En effet, don Alonzo de Yargas, ne rencontrant aucune résistance, entra, le 42 novembre, dans Saragosse, d'où Perez était prudemment sorti le 11 avec don Diego de Heredia, don Martin de la Nuza 1 , pour gagner une seconde fois les Pyrénées et se rendre en Béarn, auprès de la sœur de Henri IV. Il y parvint beureusement, et fut reçu par cette princesse avec l'empressement et l'intérêt que devaient exciter les secrets dont il était dépositaire, et que méritaient ses malheurs*. Vargas ne se livra d'abord à aucune rigueur. Il se borna a occuper avec ses troupes et son artillerie les principales places et rues de Saragosse. Philippe II parut vouloir ménageries Aragonais vaincus et entrer en arrangement avec eux. Don Francisco Borgia, qu'il avait nommé son commissaire, arriva a Saragosse le 28 novembre, et ouvrit des conférences avec les députés du pays sur les derniers événements et les mesures a prendre pour concilier l'autorité du roi avec les fueros du royaume 8 . Philippe II choisit même, le 6 décembre, un membre de la haute noblesse aragonaise, le comte de Morata, pour vice-roi a la place de don Miguel Ximeno, qui était retourné dans son évêché de Téruel au moment de la guerre 4 . 11 est vrai que
1 Argcnsola, cap. xu, p. 125.
4 Rehcionr*, p. KH à 169.
1 Proceso, m<?.
* ttrid.