‹ Antonio Perez et Philippe 2Chapitre 58 sur 191 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

parole qu'il avait reçue de lui d'obtenir satisfaction ; qu'il pardonnait les injures auxquelles il avait été en butte , puisque le roi voulait bien souffrir celles qu'on lui faisait aussi ; mais qu'il suppliait Sa Majesté de le laisser se soustraire a de pareilles persécu- » tions, en se retirant avec ses bonnes grâces en témoignage de sa fidélité et pour toute récompense de ses services 1 . » Cependant la princesse d'Eboli, devenue enfin, par prudence, moins implacable dans ses ressentiments, avait disposé Perez à faire la paix avec Vasquez, et Perez semblait décidé à annoncer cette résolution au roi le 29 juillet, lorsque, le 28 au soir, il fut inopinément frappé de disgrâce par son maître. Prenant pour prétexte le refus jusque-là obstiné de réconciliation, Philippe II prescrivit à l'alcade de cour, Alvaro Garcia de Toledo, d'arrêter Perez et de le retenir sous sa garde ; ce qui eut lieu k onze heures du soir 8 . A la même heure , il fit prendre et conduire à la forteresse de Pinto 3 la princesse d'Eboli. Il assista en quelque sorte a cette dernière arrestation, car il alla se placer sous le portique de l'église de Sainte-Marie-Majeure, située en

1 « Que el soltava al rey la palabra de la satisfaccion de lo que el sabia, y perdonava sus offensas, pues el rey qucria sutrir las suyas.... con solo que le dexase retirar y apartar de taies persccucioncs, con su buena gracia en senal de su fée, y en lugar de caria de bien servido. » [ReJacioneSy p. 31.)

* « Aquella prision tan notable y escandalosa al mundo que se lnz6 â 28 de julio de l'afio de 1579. i [Ibid., p. 32.) a A las once de la noche por el alcalde Alvaro Garcia de Toledo que le tubo* en su casa misma. » (Proceso, ms.)

8 Iielaciones, p. 33, 50.

face de la maison de la princesse, et il y attendit avec anxiété l'exécution de son ordre. 11 retourna ensuite chez lui, et se promena dans sa chambre, jusqu'à cinq heures du matin, dans une extrême agitation 1 .

La chute de Perez fut le terme de la domination du parti politique fondé par le prince d'Eboli. Ce parti, après avoir conduit assez doucement les affaires de la monarchie espagnole depuis plus de vingt ans, avait perdu tour a tour Ruy Gomez, son prudent et habile chef; don Juan d'Autriche, son jeune et brillant capitaine ; enfin le marquis de los Vêlez, qui lui avait conservé un reste de consistance et d'autorité. Des pertes aussi considérables et ses propres divisions le ruinèrent alors entièrement. 11 céda la place a un autre parti, qui, poussé par la violeuce des temps et l'aggravant lui-même, jeta le gouvernement de Philippe H dans d'autres voies. A la tête de la nouvelle administration furent le Franc- Comtois Granvelle, le Biscayen Idiaquez, et bientôt le Portugais Christoval de MouraV Granvelle était

1 « Aquclla noche de la prision estubô* el rey en aquellas horas en Santa Maria, yglesia mayor de Madrid, en frenlc de la casa de la princesa de Eboly, en un portai dissimulado â ver el paradero de la execucion ; y despues en su câmara, paseandose hasta las cinco de la mafiana con harla alteracion de animo del suceso. » (Relaciones, p. 50.)

4 « Après avoir été attaché à la princesse dona Juana, fille de Charles- Quint, laquelle avait épousé Je fils du roi Jean III, il était, en 1579, ambassadeur de Philippe II à Lisbonne, et c'était lui qui disposait tout pour l'avéncment de son maître au trône de Portugal.» [Documentas inéditos, t. VI.) « Il était l'ami de Perez. » (lbid. t t. VI, p. 634.)

Page 1