‹ Antonio Perez et Philippe 2Chapitre 85 sur 191 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ma fidélité, quoique, pour un autre que moi et un plus heureux que moi, ils eussent pu amener une autre récompense que celle qui m'est advenue ; et supplie très-humblement Votre Majesté, puisqu'elle possède une preuve sifortedelavéritédecequejedisetdela passion d'un ou plusieurs ministres par leurs consultes ou leurs intrigues, d'accepter la remise et l'abandon absoluque je faisde moi-même, corps el âme, a sa discrétion et à sa volonté en toutes choses, et ne pas permettre que la haine de ceux dont je parle puisse passer outre, au mépris de sa piété si chrétienne et du bien de son service, et au détriment de ses fidèles sujets; je la supplie encore, pour l'amour de Dieu, de daigner s'occuper de cette pauvre femme et de ces enfants dont les pères et aïeux furent pour Votre Majesté des serviteurs éprouvés. Je vous conjure, sire, par tout ce que vous êtes, de nous laisser vivre dans un coin, celui que Votre Majesté trouvera bon, afin que, puisque nous ne pouvons plus servir a autre chose, nous y priions Dieu pour que Votre Majesté ait une vie longue, prospère, et aussi comblée en tout que la chrétienté en a besoin 1 . » Perez écrivit le même jour au con-

1 a Tambien supplico à Vueslra Mageslad por su gran piedad mande mirar por essa muger y hijos, y nietos de padres y abuelos lieles y provados de Vuestra Magestad, y que, por quien Vuestra Mageslad es, se sirva que vivamos en un rineon, el que Vuestra Magestad fuere servido, que sera rogando a Dios, quando para mas no valgamos, por la larga vida y prosperidad de Vuestra Magestad, â quien el la dé muy complida en lodo como la christiandad lo ha menestcr. » (Mémorial, p. 264.)

fesseur Diego de Chaves et au cardinal de Tolède en leur donnant communication de la lettre qu'il adressait au roi, et en les suppliant d'implorer pour lui cette dernière faveur 1 .

Philippe H n'accepta pas ces humbles propositions de paix. La fuite de Ferez avait causé une satisfaction générale. Le fou même de Philippe II, nommé l'oncle Martin, qui, comme ses pareils, avait le privilège de parler librement de tout à son maître et de se montrer sensé en paraissant bouffon, lui dit en pleine cour, à propos de cette évasion : « Sire, quel est donc cet Antonio Perez que tout le monde se réjouit de voir échappé et délivré? 11 faut qu'il ne soit pas coupable : alors réjouissez-vous comme les autres*. » Loin de suivre le bon conseil de son fou, Philippe II étendit la sévérité de ses poursuites a la famille innocente de Perez. 11 fit arrêter et jeter dans la prison publique sa femme et tous ses enfants 8 . En racontant cet acte inique et cruel, Perez fait entendre des paroles remplies de l'ironie la plus amère et la plus douloureuse : « Les arrestations, dit-il, et rigueurs nouvelles qui signalèrent le lendemain de sa fuite, le

1 « Y dexar me bivir en un rincon con my muger y hijos, etc. » (Mémorial, p. 266.)

* a Pero si dire lo de un loco del rey, llamado Tio Martin, loco verdadero... viendo contentamiento de lodos de averse escapado Antonio Perez, entro aquella misnia maiïana al rey, y le dixô : SeUor, quien es este Antonio Perez, que todos se huelgan que se aya escapado y librado? No dévia lener culpa. Holgad vos tambien. » (Relaciones, p. 89.)

s Ibid., p. 90 et 94.

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