‹ Antonio Perez et Philippe IIChapitre 161 sur 192 · CHAPITRE VI li · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI li

empêcher, les événements allaient le rendre inévitable.

Les Espagnols, qui, l'année précédente, s'étaient emparés d' Ardres après s'être rendus maîtres de Calais, surprirent la ville d'Amiens le H mars 1597. Henri IV, alarmé de les voir si près de Paris, alla sur-le-champ mettre le siège devant Amiens. 11 réclama d'Elisabeth les quatre mille hommes stipulés dans le dernier traité 1 . Mais, selon ses habitudes de lenteur et d'exigence, la reine d'Angleterre proposa de les renvoyer a des conditions que Henri IV ne pouvait pas accepter ou remplir 9 . Elle lui demandait la cession de Boulogne ou de l'argent. Irrité de ses prétentions et de ses retards, Henri IV lui fit alors annoncer par son ambassadeur qu'une paix trèsavantageuse lui était offerte par le légat, s'il voulait se séparer de l'Angleterre, et qu'on lui restituerait toutes les places qui lui avaient été prises, sauf Ardres et Calais 8 . En recevant pour la première fois cette ouverture officielle, Elisabeth, a son tour, se livra a l'un de ces accès de colère et de hauteur où la politique entrait autant que la passion. Elle lui écrivit une lettre dans laquelle elle lui disait qu'entre le pape et elle il y avait cette différence, que le pape avait voulu le faire son sujet, et qu'elle l'avait fait roi. Elle la terminait par ces mots : « Regardez de quel côté est le meilleur, et, selon cette reigle, Dieu

* An historié al view, p. 50 et 51.

» Ibid.

340 A.NTONIO 1»ERKZ ET PHILIPPE II

vous fasse la grâce de gouverner cette affaire l ! » Mais, au milieu de ces reproches passionnés, qui présageaient une séparation prochaine entre ces deux anciens alliés, les secours anglais n'arrivaient pas, et Henri IV reprit tout seul Amiens, le 24 septembre 1597, après un siège de six mois.

Cet événement fut décisif. Philippe II, âgé de soixante-dix ans, accablé d'infirmités, épuisé parle plaisir, usé par les affaires, se voyait près de sa fin et ne voulut pas laisser la conduite d'une guerre, devenue difficile pour lui, à son fils, qu'il sentait incapable de gouverner la monarchie espagnole pendant la paix. Il se montra donc disposé h traiter sérieusement avec le roi de France, et les négociations, après avoir été préparées parla médiation du pape, s'ouvrirent a Vervins, dans les premiers jours de février 1598. Avant de s'y engager, Henri IV envoya en Angleterre M. Hurault de Maisse, en décembre 1597, pour en prévenir Elisabeth et lui proposer d'y prendre part avec les États généraux des Provinces-Unies. Klisabeth lui répondit « qu'elle eût préféré la mort a quelque accord avec un si indigne roi 8 . » Elle fit partir même sir Robert Cecil pour la France, où les États généraux envoyèrent de leur côté Justin de Nassau et le célèbre Barneveld, afin de tenter un dernier effort auprès de Henri IV, et

* 5 mai 1597. Musée britannique, bibliothèque Cottonienne, Caliguia, E, IX, fol. 398.

* 4 janvier 1598, Md., fol. 409.

Page 1