‹ Antonio Perez et Philippe IIChapitre 169 sur 192 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

proscrit; il avait eu autrefois des relations fort amicales avec le favori du nouveau roi, don Francisco Gomez de Sandoval y Rojas, marquis de Dénia, qui gourverna si absolument et si longtemps la monarchie espagnole, sous le nom de duc de Lerma. « Je l'ai connu dès sa jeunesse, écrivit-il a l'un de ses amis, d'un naturel excellent, doux et noble. Dans le cours de mes malheurs et pendant mes captivités, ses parents détestaient les auteurs de mes persécutions et parlaient librement contre les favoris de ce temps, qui s'alimentaient de ma fortune et se couvraient de mes dépouilles. Son père m'aimait,... il était attaché au parti de Ruy Gomez de Silva, et avait pour lui un dévouement entier. Ses cousins germains, (ils de don Hernando de Rojas, naquirent et furent élevés dans la maison des pères de dona Juana Coëllo. Ils grandirent, la main dans la main, avec ma femme et ses proches ; . . . lui-même venait me visiter publiquement en prison et s'exposait ainsi à la colère du roi ' . » Ces souvenirs fortifièrent encore les espérances que lui avaient inspirées la mort de son opiniâtre persécuteur et l'avènement au trône d'un jeune prince qui voudrait sans doute signaler les commencements de son règne par des actes de clémence et de douceur. Il crut a un prochain retour de fortune.

Six mois se passèrent sans apporter aucun changement a sa situation et a celle de sa famille. Phi-

* Car tas, à un senor amigo, p. 502, 505.

confit, prit vingt mille écus de la rente d'un enfant placé dans l'Église par la faveur du souverain pontife Grégoire XIII. Il les prit pour nourrir ses sbires et ses carnassiers serviteurs, afin qu'ils mortifiassent les corps et les âmes de ces pauvres affligés pour son divertissement, ne pouvant pas les faire servir sur sa table, la chair humaine n'étant pas encore exposée a la boucherie publique, ... et ce qu'il y a de bon, c'est que l'enfant possesseur de cette rente, sa mère, ses frères, ses sœurs, il les laissait nus ; il les faisait vivre en leur mesurant la nourriture, sans user de la pitié qu'ils invoquaient de les laisser mourir de faim en une seule fois. . . Lorsqu'ils lui demandaient du pain ou des vêtements pour se couvrir, afin que ces jeunes filles ne parussent pas nues aux yeux de ses sbires, il répondait «qu'il « n'osait pas le prendre sur lui ; qu'il consulterait « là-dessus Sa Majesté; que Sa Majesté était fort en « colère ; que c'était a Sa Majesté qu'il fallait le dece mander ; que tout dépendait de Sa Majesté. » Malheureux président de justice (si tu avais été le président des œuvres de la miséricorde, tu aurais été heureux, pour de telles actions, dans les heures de cette vie et dans les heures de ce siècle éternel où tu te trouves maintenant), pourquoi ne disais-tu pas au roi que cela n'était pas juste? Pourquoi ne le calmais-tu pas s'il était irrité? Pourquoi dissipaistu, sans ses ordres, vingt mille écus distribués a tes bourreaux, et mettais-tu ces fautes sur le compte de Sa Majesté? Pourquoi? Parce que c'était toi qui vou-

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