CHAPITRE IX
aucun de ses sujets ne conservât une cause de tristesse le jour de sa joie 1 . » Aussi son entrée dans Saragosse fut-elle marquée par des acclamations universelles d'allégresse et de reconnaissance 2 . Il jura, dans l'église métropolitaine, l'observation des fueros du royaume 8 ; mais ces fuerôs restèrent modifiés comme ils lavaient été par Philippe II dans les cortès qui avaient suivi la défaite de l'armée aragonaise, et la réconciliation s'opéra au profit des personnes et aux dépens des institutions.
En apprenant ces heureuses nouvelles par les lettres qui lui étaient écrites d'Espagne, Perez se flattait que le pardon royal s'étendrait bientôt jusqu'à lui. Il attendait ce moment avec une impatience qu'il cherchait a déguiser quelquefois sous l'apparence d'une résignation philosophique bien étrangère k son âme passionnée. « Votre Seigneurie, disait-il a un de ses amis, m'a envoyé dans sa lettre des conseils ou des remèdes contre les coups de la fortune. Je les reçois avec plaisir, venant d'une main amie, et je suis heureux de voir que ce qui est un remède, au jugement de Votre Seigneurie, se trouve conforme a mon naturel... Dès mon jeune âge j'ai aperçu mon père et ses amis dans la haute mer des cours; aussitôt j'ai commencé a la craindre, j'ai voulu la fuir et sortir du navire où je venais a peine
* Historia de la vida y hechos de Felipe tercero, ibl. 76, col. i et 2.
* JWd., f. 76, col. 2.
5 Ibid., fol. 76, col. 2.
de mettre le pied 1 . » Il présentait, au sujet de la vie des courtisans et des faveurs des princes, des observations pleines d'esprit et de profondeur, qu'il tenait deRuy Gomez de Silva: «Ce grand favori, dit-il, ce maître des favoris, si versé dans la connaissance des rois, et qui est TAristote de la philosophie des cours*. » Il concluait en disant que la fortune n'était qu'une idée, qu'une vanité, qu'une fumée, se dissipant comme s'évanouissait la fumée. « Vous penserez que je parle ainsi comme le renard, parce que je ne peux pas l'atteindre;... mais ce que l'on a possédé, ce dont on a usé, ce qu'on a connu par expérience et avec de telles épreuves, il est facile de croire qu'on ne le désire plus. J'ajouterai un petit récit en confirmation de l'indifférence naturelle où je suis arrivé a cet égard. J'ai demeuré trois ans dans une maison de Paris, vis-a-vis de l'hôtel de Bourgogne, où se représente la comédie, et à côté de l'hôtel de Mendoza (voisinage que je n'avais pas cherché pour ce nom), dans lequel tout le monde allait voir un danseur de corde qui y faisait des tours et des sauts périlleux dont la vue causait encore plus d'étonnemeut que le récit. Cependant je n'ai jamais mis le pied dans ces deux hôtels, quoique j'y visse entrer tous les jours les princes, les dames, et des gens de tout état. La raison est que j'ai vu beaucoup de comédies originales représentées par
* Car tas, à un senor amigo, p. 636.
* « Aquel gran privado aquel maestro de privados y de conoscimiento de reyes... y ePAristoteles desta philosophia. » (Ibid.)