‹ Antonio Perez et Philippe IIChapitre 38 sur 192 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

covedo, c'est le langage et la conduite qu'elle tint après. Elle dit a Béatrix de Frias « qu'Escovedo était une mauvaise langue, qui parlait fort mal des grandes dames, et qui persuadait aux moines prêchant a Sainte-Marie de dire de3 choses fort malicieuses, dont elle-même pouvait recevoir beaucoup de déplaisir. » Béatrix de Frias déclara encore qu'aussitôt après le meurtre la princesse lui demanda ce qu'on en disait, ajoutant : « Ils prétendent que c'est moi qui l'ai tué ; » a quoi Béatrix ayant répondu : « Jésus ! comment Votre Excellence peut-elle dire une chose si étrange? » la princesse reprit : « Oui, je vous dis que les gens de sa femme prétendent que c'est moi qui l'ai fait 1 . »

Perez et la princesse d'Eboli prirent en effet le parti de se débarrasser d'Escovedo lorsque celui-ci, indigné, menaça la princesse de tout découvrir à Philippe II. La scène décisive qui se passa entre Escovedo et la princesse mérite d'être rapportée malgré ce qu'elle a de cynique ; elle a eu pour témoin Rodrigo de Morgado, qui était chez Antonio Perez comme écuyer, a qui sou maître ne cachait rien", et qui servait souvent d'intermédiaire entre lui et la princesse, 11 dit a son frère, André de Morgado, qui le déposa en justice, « qu'Escovedo avait vu entre

4 « ... Dicen que le maté yo. — Jésus! como dice V. E. cosa tan estrana ! — Pues yo os prometo (Jue la cuentona de su muger dice que yo lo bé h écho. » [Proceso, ms.)

* « ... Por su cavalerizo, y le quis<5 de manera que ningun secrelo le encubria. » (Ibid.)

Perez et la princesse des choses qui ne lui paraissaient pas bien, ce dont il «Hait vivement choqué, et il le laissa entendre. Une fois il les trouva tous deux juntos en la cama, o en el estrado en cosas deshonestas, et il s'écria : «Voilk qui ne peut plus se souf- « frir, et je suis obligé d'en rendre compte au roi. » La princesse lui répondit : « Escovedo , faites-le si « vous voulez, que mas quiero el trasero de Antonio « Perez que al rey l . » Après cette grossière et audacieuse réponse, que suggérèrent l'emportement de la passion et une sorte de bravade, la perte d'Escovedo, dont les indiscrétions devenaient redoutables, fut jurée par Perez et la princesse. Us durent craindre la vengeance de Philippe II si leur intimité lui était révélée.

C'est ce qui résulte des dispositions de plusieurs témoins qui servent a fixer le moment même où Perez, changeant de conduite a l'égard d'Escovedo, cessa d'être son soutien auprès de Philippe II pour devenir son meurtrier*. Geronimo Diaz assure que ce fut au commencement de 1578 qu'Escovedo s'étant mêlé des intrigues de Perez et de la princesse d'Eboli, l'amitié qui le liait a Perez se refroidit et que Perez songea a se défaire de lui 3 . Cette assertion

1 Proceso, ms.

* D'après sa déclaration, au mois de janvier 1577. Ce qui doit s'entendre janvier 1578, puisqu'en 1577 Escovedo était en Flandre, et qu'alors encore Tannée commençait à Pâques.

5 « Dixô que por el mes de benero de 1577, yendose à* despedir el testigo (porque se iba à Pastrana) de Escobedo, le dixô entre otras cosas como una duena de la princesa de Melito dona Ana de Mendoza

Page 1