‹ Antonio Perez et Philippe IIChapitre 63 sur 192 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

fort supérieur aux deux autres. Ayant reçu, dès son arrivée, la présidence du conseil d'Italie 1 , Granvelle dirigea, tant qu'il vécut, c'est-k-dire jusqu'en 1586, la politique extérieure de Philippe II. Idiaquez et Moura, dont le premier succéda à Perez dans la confiance intime du roi, comme secrétaire du despacho universal, et dont le second eut surtout la charge des affaires intérieures, devinrent les grands conseillers de Philippe II, après la mort de Granvelle". C'étaient deux hommes d'une condition ordinaire et d'un esprit médiocre. Idiaquez se recommandait par une assez longue pratique des matières d'État et une extrême condescendance de volonté. Moura,

4 11 écrit, le 21 septembre 1579, au prieur de Belle-Fontaine, que le roi l'a occupé « aux affaires d'Italie, de France, d'Allemaigne et de Flandres, et en tout ce qui est Tenu de dehors de ces royaulmes (d'Espagne), desquels j'ai supplié que je ne me mesle, pour éviter l'envie et jalousie de ceulx d'icy ; et, oultre le lieu que je tiens en son conseil d'Estat, y estant le plus ancien après monseigneur le duc d'Âlbe, . qu'est encoires détenu à Uzeda, (le roi) m'a commandé que je le serre de président au conseil d'Italie, dont la place vacquoit par le décès de feu prince de MelHo, duc de Franqueville. »

* « Tutto il grave peso dell importantissimo governo di tutti H stati, nelle cose di maggior port a ta, riposa solamente nelle spalle di due persone, don Giov. Idiaquez e don Cbristoforo de Mora. Questi due soggetti sono di stato medio, non si servendo Sua Maesta di alcun di grandi per il dubbio che hâ de essi, e per non li accrescere autorité maggiore. Sono di ingegno mezzano e perciô più atti a suegliar il migliore partito, trâ moltî cbe ne siano proposti, che a ritrovarne de nuovi. L'uno ch'è don Giovani, è Biscaglio, Paltro è Portoghese. Quello hâ la cura délie cose di Italia, questo di Portogallo e dell' Indie. Quello, per esser slato per il mondo, dâ meglior sadisfattione a negotianti, questo, per non esser mai uscito di Spagna, è più austero e difficile, etc.... » (Contarini, Relazione,Mm.i59iï.)

au contraire, était ignorant et résolu; il rachetait, auprès de. Philippe H, ce qui lui manquait d'habileté par ce qu'il swait de caractère.

Ces ministres nouveaux, auxquels il faut joindre don Diego Fernandez de Cabrera, comte de Chinchon , qui était mayordomo mayor et favori du roi, entraînés par un zèle religieux outré, ou par une obéissance aveugle, ou par un esprit téméraire d'entreprise, vers les desseins extrêmes et les mesures violentes, portèrent jusqu'aux derniers excès le système de Philippe II, et affaiblirent a jamais la monarchie espagnole en voulant l'agrandir démesurément. La tête du prince d'Orange mise au prix de trente mille écus dès l'arrivée de Granvelle et sur son conseil 1 ; des conspirations secrètes ourdies contre la reine Éli-

1 « Tambiense podria al dicho principe (d'Orange) poner talla de 30 à 40 mil escudos, a quien le matase o dièse vivo, como hazen todos los potentados d'Italia. » (Lettre -manuscrite de Granvelle au roi, du 13 nov. 1579.) Philippe II répond en marge : « Bien me paresce esto de la talla. » Il écrit donc, le 30 novembre, à son neveu, le duc de Parme, qui commandait dans les Pays-Bas depuis la mort de don Juan : « Pour essayer de se faire quiète d'homme si malheureux et si pernicieux ja condamné, et lequel ses œuvres le condamnent journellement d'avantaige, si crimineux et méritant mille mortz et que aprèz tant de moyens procurés pour le réduyre ou de gré ou de force Ton n'en est encoires venu au bout, que Ton lui mect taille publiée partout, à l'exemple de ce que plusieurs princes usent pour cas non tant important, de xxx m escus ou aultre telles que pourrez ad viser, au proffit de celui qui ie livrera vif ou mort, asseurant de ladite somme celui qui le tuera ou le livrera vif, afin ou de parvenir à l'effect et de délivrer par ce moyen le pays d'homme si pernicieux comme dit est, ou desmoings le tenir en ceste crainte pour par icelle luy oster le moyen de se librement vacquer à l'exécution de ses desseins, »

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