CHAPITRE IV
rez, parlait d'elle injurieusement et allait jusqu'à proférer des menaces contre sa personne 1 .
L'ombrageux Philippe II, qui, de son côté, craignait la continuation de ses rapports, écrivit de Lisbonne même, le 17 avril 1581, à Antonio Pazos : « Il me semble avoir entrevu en quelque chose qu'il y a entre Perez et la princesse d'Eboli un échange de messages qui ne sauraient convenir ni à l'un ni à l'autre. Il faudra qu'en secret et en cachant votre jeu vous parveniez a savoir ce qui en est, et, si la chose est réelle, il faut la faire cesser*. » La durée de cette intimité offusquait sa jalousie a tel point, qu'il fit proposer a la princesse d'Eboli de lui rendre ses bonnes grâces et de la rétablir dans ses honneurs si elle donnait sa parole de n'avoir plus à tout jamais aucune relation avec Antonio Perez 8 . La prin-
1 Le président de Castiile rendait ainsi compte au roi, le 4 novembre 1581, de l'inimitié violente que nourrissait le duc de Pastrafia contre Perez : « Ayer veniô a decirme y afirmarme don Luis ronce de Léon, hermanodel duque de Arcos,que savia que andavadon Alonso mal intencionado contra Antonio Perez, y era el que encendia el fuego entre el duque y Antonio Perez y que el duque havia aqui ablado muy suelta y descompuestamente contra su madré y su lionrra... y que ella y la doua Bernard ina se entendian con Antonio Perez... » (Arch. Sim., Contadurias de Mercedes, n* 491.) « Hoy me dij6 una persona que el duque Ira lava matar a la madré. » (Ibid.)
* o Pareceme que hé entrevido algo de que todavia hay mensages entre él y la princesa de Eboli, que ni al uno ni al otro les esta bien ; sera bien que con secreto y disimulacion procureis saber lo que hay en ello, y, siendo asi, de atajarlo. » (Philippe au président de Caslille. Ibid.)
5 « Que el rey desseava ya alçar la mano y que la reslituiria en su estado y estados y en su gracia con que diesse la palabra de cavallero (assi se la pidiô siendo dama) que puesta en su libertad y estado
cesse ayant Tépondu d'une manière évasive, Philippe II ne se contenta pas de la promesse imparfaite qu'elle fit, et, comme dit énergiquement Perez, « il se remit à dormir dans sa vindicative léthargie et dans sa méfiance naturelle 1 . »
11 conserva donc contre Perez des ressentiments implacables, auxquels il donna cours avec une lenteur calculée. Le président Pazos, qu'attachai tau ministre déchu le souvenir dune vieille amitié et qui souffrait de le voir accablé par la mauvaise fortune, intercéda en sa faveur dans les termes les plus propres à toucher le roi. Il le conjurait d'user à son égard de la miséricorde qu'il montrait envers tout le monde, de lui accorder une entière liberté, ou tout au moins la permission de sortir et de voir qui il faudrait, afin de veiller, dansl'intérêt de sa femme et de ses enfants, a la conservation des biens qui lui restaient. Il lui représentait que toutes les fois qu'il revenait du conseil il avait la douleur de trouver chez lui doua Juana Coëllo en larmes et demandant justice 9 . Mais Philippe II resta sourd a ses supplications. L'honnête et excellent président de Castille ne se découragea point et il écrivit de nouveau, le 18 novembre 1581, au roi : « Si Antonio Perez a manqué assez gravement a Votre Majesté pour
primero no trataria mas ny jamas con Antonio Perez. » (Antonio Perez à un grand personnage, Obras, p. 392.)
* « Y assi se tornô A dormir en su lethargia de vengança y desfiança nalural. » (Ibid.)
* 22 juillet 1581, le président Pazos au roi. (Arch de Sim., Patr. eccl., leg. 12.)