‹ Antonio Perez et Philippe IIChapitre 77 sur 192 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

la temporisation leur en fera trouver d'autres. Tout se prévient, au contraire, avec de la promptitude 1 . » Mais, au fond, Philippe II ne voulait rien prévenir. Il laissa Rodrigo Vasquez poursuivre l'affaire. Celui-ci confronta, dans la prison royale, Diego Martinez avec l'enseigne Antonio Enriquez, auquel un sauf-conduit avait été accordé. Diego Mariniez traita Enriquez avec une méprisante hauteur, comme un serviteur ingrat, un témoin suborné, et un odieux scélérat qui avait déjà commis des crimes, comme il saurait le prouver*. Entre les assertions de l'un et les dénégations de l'autre, le juge ne pouvait pas se décider. 11 fallait un témoin de plus, Vasquez le chercha. Le marmiton Juan Rubio était revenu en Aragon, où se trouvait aussi l'apothicaire 8 qui avait préparé le breuvage empoisonné pour Escovedo. Mais les juges du royaume de Castille ne pouvaient rien dans le royaume d'Aragon. Vasquez déploya tout son zèle pour amener l'apothicaire et le marmiton devant lui, et Perez, instruit du danger, mit

1 « El juicio y rigor de los jueces suele scr arrojado algunas veccs, y no conviene poner a Martinez en aprieto y aventura. Me atrevo à* decir que el remedio séria de tener la mano al juez ; pero sobre lodo no consentira que aya mas dilaciones en este negocio : porque si trahen un falsario complice con securidad de sus delitos, mejor con la dilacion hallaran otros : todo se ataja con la brevedad. » (Proceao, ms )

* « Y el dicho Diego Martinez se lo neg6 todo, y dixo era su enemigo capital, y sobornado del secretario Escobcdoy de sus amigos, y que era nombre facinoroso, y que ténia h écho s muebos delitos, y que era testigo f'also, lo quai se obligaba a probar. » {Ibid.)

5 « Dans une lettre du 15 février 1589, Juan de Mesa l'annonce à Perez. » (Ibid.)

toute son habileté k les empêcher d'y comparaître. Il les recommanda a Juan de Mesa, qui parvint à les retenir ; mais il n'en craignit pas moins qu'entraînés ou séduits ils n'échappassent, d'un moment a l'autre, k son influence, et ne vinssent le perdre par leur témoignage. Il écrivit donc au roi et lui demanda avec des supplications éloquentes de mettre tin a cette procédure et de le faire rentrer en grâce auprès de lui.

« On a essayé plusieurs fois, lui disait-il, de s'emparer de Juan Rubio et de le livrer a Escovedo. Je me suis donné mille peines, sans en ennuyer Votre Majesté, pour qu'on eûtlk-bas les yeux sur ce Rubio, et pour le faire retenir où il est par Juan de Mesa, ce serviteur k moi, qui est un homme de tête. Dieu sait les inquiétudes que j'ai eues, faute de savoir ce qu'était devenu ce Rubio, de qui Vasquez, qui est un Sinon, disait qu'il ne comprenait pas comment on ne s'en était pas emparé, et pourquoi il ne comparaissait pas comme l'autre 1 .... Si Votre Majesté ne cherche pas d'une main compatissante un remède k ce nouveau malheur, je ne vois pas de fin aux lenteurs de Vasquez, parce que Escovedo se prévaut de tous les délais dans l'intérêt de ses plans,

* « Han procurado algunas veccs coger a Juan Rubio, y entre-

garle â Escobedo, que es por lo que yo he tenido cuidado, sin cansar â V. M., para que miren alla por cl, y que le entretenga Juan de Mesa, que es aquel criado mio, y nombre de ebapa. Y sabe Dios los susios que yo hc padecido, por no saber del Juan Rubio, que es el picaro, y de quien decia Vasquez que era un Sinon, porque no le buviessen cogido, 6 el no se venga como estotro. » (Proceso, ms.)

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