‹ Antonio Perez et Philippe IIChapitre 95 sur 192 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

le secret ecclésiastique 1 , tous les papiers qu'il avait en sa possession ; il lui avait fait voir les billets écrits de la main du roi qui l'autorisaient k correspondre avec don Juan et avec Escovedo sur les affaires les plus secrètes de l'État, k altérer leurs dépêches en les déchiffrant, k déjouer leurs projets par la mort d'Escovedo, k supporter les poursuites que cette mort avait suscitées contre lui sans rien avouer et sans se plaindre. 11 lui donna copie de la plupart de ces billets, ainsi que des lettres si clairement significatives de Diego de Chaves*. Il lui remit, de plus, des instructions très-détaillées et très-bien faites sur ce qu'il avait k exposer pour qu'on abandonnât a son égard la triple accusation de trahison, de meurtre, d'évasion 8 . « Sa Majesté, lui disait-il, doit apprendre de vous quels gages je possède pour ma décharge, afin qu'elle juge s'il convient de les produire en justice, en compromettant beaucoup de personnes considérables, en ébranlant l'affection de ses propres sujets, en scandalisant le monde entier, et faisant douter de sa prudence même et de sa piété 4 . 11 ne faut pas que la faute d'avoir si mal conduit une affaire si importante, et dont les consé-

* a El padre prior de Gotor lleva entendido my en parlicular en la coniiança de sacerdote, y visto por vista de ojos muchas de las prendas que yo lengo para my descargo. » (Mémorial, p. 276.)

. * Ibid. f p. 281,291.

4 « En desconfiança de sus mismos vassallos, en escandalo de todas las uaciones, en offensa de la gran prudencia y christiandad de Su Mages tad. r> (Vnd.y p. 288.)

quences peuvent être si grandes, paraisse imputable à Sa Majesté, quand elle appartient tout entière à des ministres ou dépourvus d'expérience ou aveuglés par la passion 1 . Comme ils se sont emparés de tous mes papiers et ont, pour ainsi dire, pris ma maison d'assaut avec des alguazils, ils ont cru mV voir enlevé tout moyen de justification et avoir mis en confusion toutes les ressources de ma cause... Mais Dieu, aux yeux de qui rien n'est caché, dans l'inépuisable trésor de sa miséricorde et de sa justice, tient en réserve, quand il le veut bien, un remède contre les venins de la méchanceté. Il a donc permis qu'il me soit resté, par un heureux hasard, quelques pièces si précieuses et si claires pour ma décharge. Cependant, malgré leur importance et bien qu'elles doivent non-seulement me justifier, mais mettre au grand jour la loyauté de mes services et la fidélité méritoire que j'y ai déployée, je préfère, comme toujours, me sacrifier au bien du service du roi, k l'honneur de ses affaires et a l'opinion que le monde a de lui*. »

Le père prieur de Gotor, auquel Perez remit de plus deux lettres conçues dans le même sens, pour le confesseur et pour le cardinal de Tolède, s'acquitta fidèlement de sa mission. Philippe H luiac-

* Mémorial, p. 288.

* « Con ser talcs, y que por ellos no solo me podré descargar, pero que parescerâ la limpieza de my servicio, y fidelidades y meritos délia, antepongo, como siempre, el respecto del servicio de Su WagesUd, y la auctoridad de sus negocios, y el juyzio del mundo. » [Ibid., p. 289.)

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