‹ Apercu de l'histoire ancienne d'Egypte pour l'intelligence des monuments exposes dans le temple du parc egyptienChapitre 10 sur 10 · XXXIV · texte numérisé non relu

XXXIV

Romains.

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Aprè»

Il n’y a persunne qui ne soit fiap]K5 de l'énomie total auquel l’addition des dynasties de Manfitlion nous fait arriver. Par la liste

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ilu prêtre ég>-piien, nous remonUtns en elTcl jus(iu'au.x temps nui passent pour ni\ lliiques chez tous les autres peuples, et qui Mint ici certainement déjà de l’hi.stoire.

Embarrassés par ce fait, et, d’ailleurs, ne trouvant en aucune fac;on à mettre en doute raulhenlicité et la véracité de Manéthon, quelques auteurs modernes ont suppose: que rfij;yptc a\ail été, à diverses périodes de son histoire, partagée en plusieurs rovaumes, et que Manéthon nous donne comme successires des familles royales dont le règne en définitive aurait été simuUani. Selon eux, la V'“' dMiastie, par exemple, aurait régné à Eléphantine en même temps que la VI"'' gouvernait à Memphis. — Les avantages de ce système n'ont pas besoin d’être démontrés. En nippnichant certains chiffres, en en corrigeant d’autres, on peut, avis; un arl'angement ingénieux et même savant des dynasties, raccourcir presque è volonté les listes de Manéthon, et c’est ainsi que là où, dans le tableau |)récédent , nous arrivons à l’année 5004 avant notre ère pour la fondation de la monarchie égyptienne, d’autres auteurs, coiiune M. Bunsen, ne font remonter le même événement qu’à l’année 3623.

De quel coté est la vérité? l’ius on étudie cette question, plus on s’aperçoit ipi’il est dillicilc d’y r«'|X)ndre. Le plus grand de tous les obstaclis à rétablissement d'une chronologie égy ptienne n'-gulière, c’est que les h'gyptiens eux-mêmes n'ont jamais eu de chronologie. L’usage d’une ère |»roprenient diteleurétait incomiu, et jusqu’ici on ne saurait prouver qu’ils aient jamais compté autrement que par les années du roi léguant. Or, ces années étaient loin d avoir elles-mêmes un point initial fixe, puisque tantôt elles parttiient du commencement de l’année pendant laquelle mourut le roi précédent, tantêt du jour des céiémonies du couronnement du roi. Ouelle que soit la précision apparente de .sc>s calculs, la science moderne échouera donc toujours dans s&s tentatives pour restituer ce que les Egyptiens ne possiklaient pas. — .\u milieu de ces doutes, je crois que ce qui nous éloigne encore le moins de la vérité, c’est I’ad<jption pure et simple des listes de Manéthon. Je

suis bien loin Je préleiulre que. Je Ménès aux empereurs, l’Kyyple ait toujours formé un royaume unk|ue, et peut-être Jes Jécouvertes inatlenJues prouveront-elles un jour que, |)eujunt toute la Jurée Je ce vaste empire, il y eut encore plus Je Jynasties collatérales que les partisans Je ce système n’en aJmettent aujour- J’hui. Mais tout porte à croire que le travail J’élimination est Jéjà fait Jans les listes Je Maiiéilion, telles qu'elles nous sont parvenues. Si en effet ces listescontenaient encore les Jyuastiescollatérales, nous y trouverions, avant ou après la \\l"', la dynastie Jes grauJs-prétres tiui R’gna à Thèbes pendant que cette XXI"’® occu|>ait Tanis ; nous aurions Je même à compter avant ou après la XX11I“'' les s*“pt ou huit iX)is indt-penjants qui furent ses contemporains, et qui devraient, si Mauétbou ne les avait éliminés, ajouter autant Je familles royales successives à la liste du prêtre égyptien ; Je même la JoJécarchie compterait au moins pour une dynastie qui se placerait entre la XXV““ et la XXV1“', et enlin les rois tliébains, rivaux Jes Pasteurs, prendraient leur rang avant ou après la XVII"'*, Il y eut donc incontesUJvIement en Égypte dus dynasties simultanées ; mais .Manétiion les a écartées pour n’admettre que celles qui furent réputées légitimes, et elles ne sont plus dans ses listes, .\ulremenl, ce n'est pas 31 dy nasties que nous aurions il compter dans la série des familles nivales antérieures à Alexandre ; c’est jusqu’à üO peut-être qu’il faudrait monter pour en exprimer le nombre. D’ailleurs, en sup|xisant même que .Manétiion n’ait pas voulu faire cette élimination, comment admettre que les abréviateurs de Manétiion, tous plus ou moins intéressés h raccourcir ses listes, ne l'aient point faite euxmêmes, alors que pur le texte de l’ouvrage qu’ils avaient sous les yeux ils en possiidaient les moyens? Tout se léunit donc contre le système des^lynasties collatérales, et j'attendrai pour y croire (|u’une seule fuis les monuments nous aient fait connaître comme simultanées deux des familles royales qui ligui'ent dans les listes de Manétiion comme successive.s. Je dirai plus : je regarderai l’introduction du système des dynasties partielles dans Manétiion

coimiio rinvciuirm U’ime ingénieuse éi udition tant qu’on n'aura pas renversé les preuves par lesquelles les inonunients eux-mêmes élablisscnl que celles de ces familles royales ((u’ou regarde le plus souvent comme collaU'rales ne le sont pas. J’en citerai deux exemples. Dans la plupart des systèmes, la V"'' dynastie règne à Élépliantine pendant que la VI”'' règne à Memphis. Si la vérité de ce fait liLsIoriquc était admise, chaque dyn,islie aurait eu aiasi son territoire propre, et il s’easuit (|u’aucun monument de la V™' dv iiaslie ne doit sc trouver sur le lei ritoirc de la Vl“', et récipi-o(|uemenl. Or, nos fouilles nous ont fait découvrir des monuments de la V" dynastie (Élépliantine) à la fois <i Élépliantine el .à Sakkarah , et des monuments de la Vl“‘* ( Memphis ) à la fois à Sakkartdi cl à Éli’phanline. Si l’on en croyait les auteurs de ces mêmes systèmes, la XIV"' dynastie, originaire de Xoïs ( Sakha, dans le Delta ) aurait été contemporaine de la .Xlll”'', originaire de Thèbes ( Haute-Égypte). Mais les colosses de la Xlll“* dynastie <]ue noiLs avons trouvés à San, à quelques kilomètres seulement de Sakha, ne prouvent-ils pas que la dynastie Thébaine qui les lit élev er pos-si-dait la Basse-Égypte ? Conunc ou le voit par ces détails, le système des dynasties collatérales a donc bien des présomptions contre lui. Je no donne pas pour ceta le tableau développé plus • haut comme le dernier mot de la science ; sans aucun doute, bien des chilTres de dét.ail sont à corriger; mais j’admels (pie les 31 dynasties de Manélhon nous présentent, sans juxtaposition de dynasties collatérales, le nombre des séries royales eni'cgislrées comme légitimes et successives dans les annales oflicielles de l’Égvpte avant .Mexandre.

Beste la question des dates pro|)rement dites. Sur ce [xiint, je ne puisque répéter ce que j’ai dit dans r/ntroduction delà Xotice soiiimatre du Musée de Boulaq : •

a Quant à la date absolue à assigner à chacune de ces familles royales el par suite aux monuments contemporains, je dois avertir que, pour toutes les dates antérieures à l’avénement de Psammilifhus I"' (665 avant J.-C., XXV1“' dynastie], il est impossible

de donner autre chose ([ue des approximations qui deviennent de plus en plus incertaines à mesure qu'on remonte le cours des à^es. La clironologie égyptienne présente en effet des difficultés (|ue personne jusqu'ici n’a réussi h vaincre. L’hahitudede compter par les années du roi régnant a toujours été un obstacle à rétablissement d’un calendrier fixe, et rien ne prouve que les Égyptiens aient jamais fait usage d’une ère proprement dite. Au milieu de ces ténèbres, c'est encore Manéthon qui est notre meilleur guide. Malheureusement, dès qu’on jette les yeux sur ce que certains écrivains chrétiens nous ont conservé de son ceuvre, on aperçoit des traces manifestes d’altération et de négligence. Les noms propres sont souvent défigurés, quelquefois transposés. Les chiffres* surtout manquent de précision, et varient selon que l’extrait consulté nous est fourni par Eusèbe ou par l'Africain. Bien plus, les totaux enregistrés è la fin de chaque dynastie ne représentent que bien rarement l’addition des règnes compris dans cette dynastie. Dans l’état où les listes de Manéthon nous sont parvenues, nous ne trouvons donc pas un moyen de fixer sûrement les dates dont nous avons besoin. Je sais qu’on a cherché h rendre aux listes de Manéthon le crédit qu’elles ont perdu comme instrument de chronologie en y rattachant quckiue synchronisme incontesté. Le moyen en effet serait infaillible. Étant donné un phénomène céleste, le lever héliaque de Sirius, par exemple, rapporté à une date de l’année d’un règne mentionné dans Manéthon, il est évident que, par un calcul rétrograde facile aux ;istronomes, on peut déterminer, en année julienne, la date du phénomène, et, par conséquent, celle du règne qui le vit s’accomplir. En ce point, les efforts de la science ont été aussi loin que possible, et les beaux mémoires de M. Biot et de M. de Bougé resteront comme des monuments de sagacité et de pénétration. Mais, pour qua ce résultat ne puisse être contesté, il faudrait, en premier lieu, qu’en mentionnant un lever d'étoile célébré comme une fête dans un temple, les Égyptiens aient votdu parler d'un lever effectivement observé ; en second lieu, que, le fait de fobser-

vation une fois reconnu, ils aient pu, à celte époque, se débarrasser de toutes les causes d’incertitudes qui s'attachent à une opération faite avec les yeux et sans le secours d’instruments. Or, sur cette dernière question, on lira les remarques que sugî^ére à M. Biot lui-même ce qu’il appelle son purilaniitme scienupque. Les syiifhronismes assyriens et bibliques, au moyen des juels on avait aussi espéré consolider les listes de Manétlion, ne se sont pas mieux prêtés à l’oeuvre dont nous parlons. Qut? .Moïse ait vécu sous Ramsès II et que Ménéplilali soit le Pharaon de l’Exode, c’est là un fait désormais acquis à la science, mais qui ne nous est d’aucun secours quant à la chronologie de la XIX"" dyna-tie, puisque la Bible ne nous donne que des renseignements contradictoires sur la durée de la période des juges et par suite sur l’époque qui vit .Moïse se mettre à la tête du peuple hébreu. Des diflicullés pres(|ue auisi insurmontables nous arrêtent dès que nous essayons d’assigner une date au synchronisme de la prise de Jérusalem parSésac, premier roi de la ,\X11”" dynastie. La chronologie des Rois n’est pas plus prisiise que l’année du règne de Sésac, qui fut celle de 1 envahis.seinent de la Judée, cl il nous faut descendre jusqu’au commencement de la XXVl"' dynastie pour rencontrer la limite des chiflres exacts (665 avant J.-C.) Restituer aux listes de ManiHlion l’élément chronologique que les alléo-alious des copistes leur ont enlevé est donc une œuvre impossible, et on voit par là q l’autanl la science se sent aujourd'hui a.ssez forte ponr affirmer qu'un monument appartient h telle ou telle dynastie, autant elle fait acte de conscience en refusant de se prononcer sur la date absolue à laquelle ce monument remonte. Le doute en pareille matière augmente h mesure que l’on s’éloigne des temps voisins de notre ère, au point que, selon les systèmes, H peut y avoir jusqu’à deux mille ans de différence dans la manière de compter l’age de la fondation de la monarchie égyptienne. »

U n’osl p.ns di‘ pays, en dnlini-s de Tfiftyptc, dont l'histoire puisse être dcrite sur le tdmotfpiase d’un plus Rratid noinhre de pretives vraiment originales. On trouve en elTet des monuments égyptiens, non-seulement en Égypte . mais encore en Nubie , au Soudan , et jusqu’à Beyrouth. A cette série déjà si nombreuse il faut ajouter la quantité considérable d’objets antiques qui, depuis 50 ans, sont pa.ssés en Eun);ie pour y former les Musées que presque toutes les capitales possèdent; Enlin, on eomptera comme une source non moins alton lante de matériaux à employer la collection conservée* dans le Must-e dont la libéralité de S. A. Ismaîl-Pacha a, depuis peu de temps, doté la science.

Kaire connaître les princi paux d'<*ntre ces monuments dans leurs rapports avec l’histoire d’Égypte est le but de ce paragraphe. Je pri^enterai donc ((uelquos détails : i" sur les monuments égyptiens qui ont un intérêt général pour ridsloiref î" sur les monuments c|ui se rattachent plus spécialement à une dynastie, nous la révèlent et servent pour ainsi dire à en certifier l’existence.

Los monuments principaux (jui ont un intérêt général pour rin.stoire sont les suivants :

1“ Le premier est un papynis consené au Musée de Turin, auquel il a été vendu par M. Drovetti, Consul Général de France. Si ce papyrus était intact, Tégyplologie ne poss(''dcrait |)as un monument plus ppteieux. On y trome en elîet une liste de tons les personnages mythirpieset hislorii|ues qui ont n’giié sur l'Égvfite depuis les temps fabuleux juscpt’à une épo<|ue que nous ne |vui-

\ims appnicier, puisque nous ne possédons pas la fin du p'apyrus. RédiKt''e sous Ramsès II , c’csl-à-dirc à l’une das belles époques de riiistoire d’Ivgypte, cette liste a tous les caractères d’un document officiel , et nous si'rail d’un secours d’aulant plus efficaco que chaque nom de roi y est suivi de la durée du rèpfne et (pi’après chaque dynastie intervient le total <les annétîs pendant lesquelles cette dynastie a gouverné les alTaires de l’iîgypte. Malheureusement, l'incurie des fellahs qui l’ont découvert, l’incurie plus grande encore de ceux qui l’ont envoyé en Europe , ont porté au Papyria royal de Turin le coup le plus funeste, et cet inappiéciable trésor, manié |wr des mains inhal)iles, n’existe i)lus qu’en minimes fragmenUs (on en compte 16^) qu’il est le plus souvent im|«)ssible de rapprocher. U'une incomparable valeur s’il était i-ntier, le papy nis de Turin a donc perdu presque tout crédit, et on ne le trouve que bien rarement cité dans les ouvrages ([ui traitent d’égyptologie.

2“ Un autre monument précieux a été enlevé du temple de Karnak par M. Prisse et donné à la Bibliothè([ue Impériale de Paris. Ce monument est une petite chambre sur les parois de la(|uclle on a représenté Thoutmès III faisant des offrandes devant les images de 01 de ses piédécesseurs ; on l’appelle la Salle des Ancêlres. Ici, nous n’avons plus affaire à une série ragulière et non inlerl'ompue; un choix a été fait par Thoulmès III panni ses prédécesseurs, et cl ceux-là .seuls il adresse ses hommages ; mais (piellc tst la raison de ce choix? A première vue, la Salle des Ancêtres ne peut donc être traitée que comme un extrait des listes royales d’Égypte. Le rédacteur, guidi'- par des motifs qui nous échappent, a pris çà et là queh|ues noms de rois, tantôt acceptant une dynastie entière, tantôt écartant absolument do longues périodes. Notons, en outre, que l’artiste chargé de l’ornementation de la salle en a conçu le plan au i»int de xme de la décoration, sans se Soucier de donner partout aux ligures qu’il employait un ordre strictement chronologique. En lin rappelons nous que de a*greltables mutilations (12 noms royaux manquent) font perdre à la liste de Paris une

partie üe son importance. Il s’ensuit que la Salle des .\ncêtres irappoite pas à la science tout le secours qu'on semble en dinit d'attendre d’elle. Elle nous a cependant rendu le ser\ice de préciser mieux qu'aucune autre liste les noms portés par les rois de la .Xlll"*' dynastie.

3“ Le monument appelé la Table d'Abydos est à ajouter h la série do ceux que nous énumérons ici. Comme son nom l'indique, ce monument provient d'Abydos, d’où il a été enlevé ^>arM. Mimaut, ('.onsul Général de France; il fait aujourd'hui partie des richessas ia>nservécs dans le Musée Britanni([uc. Il n’y a peut-être pas dans toute l’archéologie égyptienne un monument t|ui soit [tins célèbre, et qui mérite moins sa réputation. L'hommage aux ancêtres est fait cetle fois par Ramsès 11. OriginaireitKînt le.s cartouches cités (à part, ceux du dédicateur lui-meme qui sont répétés 28 fois) |■•taient au nombre de 50 ; il en reste 30 plu.s ou moins complets. Comme la Salle des Ancêta-s, la Table d’Abydos nous offre donc une liste qui est le résultat d’un choix fait sous l’inspiration de motifsque nousne connais.sons pas. L'ne autre cause nuit, d’qilleurs, au cn'îdit dont la Table il’Abydos pourrait jouir dans la science : nous n’en passt'slons pas le conmtencement. Après la .WHI"' ilynastic, cettp liste passe sans transition à la .Xll"'; mais à (|uelle dynastie- rattacher les 14 cartouches inconnus que le monument place au delà de la Xll"'? Appartieiment-ils aux plus anciennes familles royales, ou doit-on s’en servir pour combler une partie du vide moiiuinenlal (pi'on remarque entre la VI"" et la M"'? La Table d’Abydos n'est donc pas une de ces autorités qui , comme aurait pu l’étre le Papyrus de Turin, servent à placer une pierre solide dans les fondements do la science : à l’époque où l’égy ptologie naissait, elle a certainement aidé Champollion au classement des rois ilc la XVIII”' dynastie; plus tard elle a servi tie rc[)ère à M. Lep.sius pour mettre à leur rang respectif les Amcnemhaet les Ousertasen, et par suite identifier ces rois à la .XII"' dynastie de Manéthon ; mais la Table d’.Abydos a dit par là son dernier mot, et il n'est pas probable (|u'elle nous tienne encore en réserve une

de ces révélations qui servent si puissamment au progrès de nos «'•tudes (1).

4“ Le monument le plus complet et le plus intéressant que nous possédions en ce genre est celui qui provient de nos fouilles de Saqqarali et (|ui fait maintenant partie de la collection de Boulaq. Celui-ci n'a pas comme les autres une origine royale. Il a été découvert dans la tombe d'un prêtre égyptien ([ni vivait .sons Raiasés II, nommé Toiinor-i. Daas les croyances égyptiennes, un des biens laservés aux défunts qui avaient miMb' la vie éternelle était d'être admis dans la sœiété des rois. Tounar-i est ici représenté pénétrant dans l’auguste assemblée : cinquante-huit rois sont présents. Tons les doutes en présence desquels nous venons d’être annînés par la Table d’.Abydos se reproduisent pour In Table de Saqqarali. Pourquoi ces cinquante-huit rois plutôt que d’autres? Tant ([ue ce problème ne sera pas résolu , la Table do Saqqarali ne jouira dans la science que d’une autorité relative. 11 faut dire cependant que la liste du Musée de Boula(| a sur toutes li^s autres d’incontestables avauLiges : en premier lieu, nous en connaissons le commencement, et par là nous possédons au sommet de la liste un premier jalon fixe ; en second lieu, entre ce jalon et la fin de la série, s’ajoutent ejà et là, au moyen de cartouches antérieurement connus et classés, d’autres jalons intermé'diaires qui donnent aux grandes lignes de l'ensemble une précision inconnue aux autres documents. C’est ainsi qu’au delà de la .WIII"' dynastie, de la Xll"" eide la XI”", nous arrivons en face des six premières dynasties que, par une fortune inespérée, nous trouvons presque

(t) Il l■xistl' à deux ti'UipIi'S éli'Vi'.s, le pi-emicr jiar Sdi, le

coud ji.n- Hamst'ÿ, â 1.x diviiiitû du lieu, l'iic miuuo w'*ric de mis, deux fois répété.? .sjiiis ebangemeiit, oniait rrsi deux ti*mples. I.'nne est cHIe (tout je viens de [.arter; l'autre a été dérouverte i»ar nous depuis fimpros.siuu des lieues tpii po'Ti-deul. Cette seoude tat.Ie, prototype du iiioiimneut de l.nudri.s. bien «pi’.vtmiraMement conservée, n'.ijnnie pas jrr.iud' chose nos eniiuaissaiiees. Klle urnes révéle (|iielque.s rois nouveaux; elle lions eertitle le cl.xss4*iiiejit dyiiastiipie de quelques aiilivs; mais elle est loin eiienre île nous livrer une série répniliéiv et suivie de tous les mis qui ont tvpiié sur l'Kgypte, ilepiiis Mènes Jiisqu'.t .séri.

aussi complétés sur la Table qu’elles le sont dans Manéllion. l«i Table de Saqqarah est donc cette fois un monument hors ligne, sur lequel nous allons tout à l’heure fixer toute notre attention.

Tels sont les plus célèbres des monuments égxqitiens qui ont un intérêt g'-néral pour l'histoire. Je vais maintenant [irendre isolément les dynasties de Manéthon.en indiquant pour chacune d’elles les monuments principaux qui s’y rapportent.

Avant de procéder à ce nouvel inventaire, je dois rappeler que l’égç ptologic est une science née en (pielque sorte d’hier, et qu’on n’écrit pas une histoire d’figj’pte comme une histoire de la plupart des autres pays, c'esl-h-dire en suivant, les yeux presque fermés, une route depuis longiemps battue. Ici il faut reconnaître cette route à chaque pas, clieniiu faisant recueillir et contrôler tous les indices, puis assembler les matériaux qu’on aura rania.ssi'-i yîi et là, absolument comme un habile ouvrier rapproche les mille fragments d'un meuble depuis longtemps bris»'-. On ne s’étonnera donc pas de voir, dans les développements qui vont suivre, que nous n’allons pas toujours directement au but, et que nous entrons souvent dans des détails qui seraient tout autre part oiseux; on ne s’étonnera pas non plus si, dans rintention d’édifier le lecteur sur la valeur de nos moyens d’investigation, nous le faisons assister de temps en temps à l’une do ces lentes opérations par le.squelles nous es.sayonsde recomposer pièce à pièce l'hi'-loire de l’Kgypte ancienne.

I", II"' et III"’ Dynasties.

>olre guide principal pour la reconstruction de ces trois dynasties est Man 'ithon, guide, à la rigueur, un peu suspect à cause du prodigieux éloignement de la période à travers laquelle nous le suivons. La Table de Saqcjarab vient hcureu.sement prêter son appui à l’annaliste égyptien. Cette table ne pouvant nous donner qu’un clioix de souverains, il ne faut pas s’attendre à y rencontrer tous les non» que Manéthon énumère. Mais elle cite deux rois de

lit l" Jyiiaslie, six rois de la 11™*, huit de la III™'. Il n’en faut pas plus pour nous prouver que Manéthon est l'écho fidèle des annales éitypliennes. Désormais, nous pouvons affirmer que ses trois premières dynasties appartiennent à l’histoire authentique de l’Égypte; nous pouvons de même être certains qu’aucune d’elles ne fut contemporaine de l’autre. — Malgré leur antiquité, les monuments de ces dynasties (pii ont traversé les siècles pour venir jusqu’à nous .sont encore assez nombreux. Le plus ancien serait la Pyramide U degrés de Saqqarah, qui remonterait jusqu’au 4“' roidcla P'dynastie. Après elle, il faudrait jilacer le tombeau de Tot-hot»p, titmvé pendant nos fouilles à Sa(i(|arah et encore en place, les trois statues de la famille dos fonctionnaires Sepa, au Louvre, découvertes il y a 40 ans aux Pyramides, enfin le tombeau et la statue d’ .4 mien, transportés des Pyramides au Musée de Berlin |iar .M. Lepsius et contemporains de l’avant-dernier roi de la III™* dynastie. — Les fouilles que nous poursuivons en ce moment à Abydos nous livreront U)t ou tard d’autres monuments de ces vieilles familles, si elTectivemcnt les buttes au milieu desquelles nos ateliers fonclioniientsont, comme on le croit, celles de Ihinis, ca))itale des rois de la I" et de la II“" dynastie.

IV”' et V™* Dynasties.

Mariéihon et la Table de Saqqarah sont encore cette fois nos autorités principales pour l'arrangement des rois de cette période. Ua Table .suit ici l’historien national de si près que rien n’est plus évident que la communauté d’origine des deux listes. Nous enregistrons avec empressement ce résultat qui est le témoignage le plus allirmatif que les monuments aient porté jusqu’ici de la véracité de Manéthon eide ses Tables de l’Ancien-Empire. Les monuments de cette période sont peut-être les plus connus de toute l’Égypte : j’ai assez nommé les Pyramides. Les Pyramides de liyseh appartiennent en effet à la IV™' dynastie; parmi les autres on en compte, particulièrement h Abousyr, qui remontent à la V'”'.

Je citerai aussi comme d’importants vestiges de la civilisation sous CCS deux familles royales, les magnifiques tombes que les voyageurs vont visiter aux Pyramides et à Saq<(arah. Kniin, on ajoutera à cette liste le temple tout d’albâtre et de granit que nous avons découvert près du Grand Sphinx de Gyzeb, monument unique jusqu’à présent, puisqu'il est le seul spécimen que nous possédions de l’architecture monumentale de l’Ancien-Empire. — Cette énumération des monuments qui se rapportent à la 1V“' et h la V""' dynastie ne serait ptis complète si je ne mentionnais les principaux objets de cette époque que possède le Musée du Viee-lioi. Ce sont : 1" la statue de Chéphren, fondateur de la a"' Pyramide. Cette statue, t|ui n’a pas aujourd'hui moins de 00 siècles, n’est pas seulement remarquable par sa haute antiquité : le fini des détails, l’ampleur et la majesté de l’ensemble la rendent au-si un des morceaux les plus rares qu’on puisse rencontrer. Elle jette d’ailleurs sur l’histoire de l’art en Égypte un jour inattendu, cl nous montre qu’il y a six mille ans lesartisles égyptiens n’avaient déjà plus de progrès à faire (1). 2” Une inscription sur une pierre carrée, contemporaine de Khoufou, le fondateur de la 1" Pyramide, et relatant les oITratides faites à un temple par ce roi. Ces offrandes consistent en images divines travaillées avec la pierre, l’or, le bronze, rivoiro et le bois. Celte inscription, modèle précieux des formules monumentales usitées sous la IV"" dynastie, est à l’écriture et à la langue ce que la statue de Chéphren est h la sculpture ; elle détermine la limite que la civilisation égyptienne avait atteinte au commencement de la IV"* dynastie, cl nous fournit, en même temps, un terme de comparaison précicmx pour le classement des monuments <|ui se rapportent aux diverses époques de l’Ancien- Empire. 3* Cne grande stèle trouvée aux Pyramides do Gyseh et consacrée à la mémoire d’une princesse qui, après avoir été grande fatorile dans le sérail des deux rois Snéfrou II (Sèris de

(I) Elle est eu ce moment â P, arts, dans la salle intérieure du Temple. (Voy. la Desrrifitwn (tn Parc.)

Maiiétiioii) el kiwufou (Soupliis 1 du même historien), lut attachée à la maiïoii civile de Schafra (Souphis 11 de Mauêthon, Chéplireu des Grecs). Cette stèle as.sure ainsi, d’accord avec la Table de Saqqaiali, la place relative des ti'ois l'harauns que nous venons de nuimuei'. h” Due statue de bois. Jamais l'art égyptien n’a produit un portrait plus re>seiublant (1). Le personnage (pie celte statue représente vit en quelque sorte dans .‘-on itnage. La tète suriûut est étudiée avec une vérité frappante. C’est, dans toute sa pureté, ce type lin el rond qu'on rencontre aujourd'hui dans la plupart des villages de la Dasse-Égyple. Le monument devait d'ailleurs être encore bien plus l'emarquable quand il possédait ce polit enduit composé d'une gaze fine recouverte de stuc qui servait au sculpteur à compléter son œuvre, a" Plusieurs beaux sarcophages de granit l osc el noir. Les uns appartiennent à des princes de la IV""' dynastie ; les autres sont précieux par les orncinenls dont les quatre faces extérieures sont couvertes. On trouve la d’excellents modèles de celte architecture à graurles lignes, usitée sur les façades des édifices du temps. — Je rappellerai il'ailleurs que la IV“' el la V"" dynastie sont si riches eu monuments de tout genre (2) que la seule collection du Musée de Uoulaq compte une cinquanlabie de stèles monolithes de 2 à 3 mètres de hauteur, et autant de belles statues de toutes matières.

■^1“* Dynastie.

Quatre l’ois dans la Table de Saqqarah, six rois dans .Manéthorr. Depuis Ménès, la Table compte 36 noms, Marréthon Les six dynastie.s ont d’ailleurs leui's re|)résentants sur le monument de T'omiar-i. De ce fait, je conclus sans hésitation qu’il n’y a ici aucune dynastie collaluralc. — La VT“' dynastie a des monuraents

(1) \'ny, la tiu Porc.

(3; «reativ t>iL\ out place dans la sallu iutôrieuie du

Temj'le. (Voy. la D>‘«rripiion *iu Parr.)

à Éléphanüne, à El-Kab, à Kasr-es-Sayad, à Abydos, à Cheykb- Saïd, à Zaouyet-el-Maîün, à Meinpbis, à San, à Wadi-Maf'liara. Elle a ainsi occupé les bords du Nil de la Méditerranée à la Cataracte. Harini les monuments de cette dynastie (pie jriissède le Musée de lloulaq, je citerai ; 1“ une grande inscription de 50 lignes provenant d'un tombeau découvert à Abydos. Un fonctionnaire, nommé Oiina, y prend la parole et raconte sa vie. Après avoir obtenu diverses distinctions sous les rois J'eli et Pa/ji (Apappus), il servit encore sous un 3“' roi nommé Heri-en-Ha. Notre inscription, à la vérité, iulirme singulièrement la durèc de 1 00 ans attribuée au règne du second de ces Pharaons ; inaLs elle place les trois rois, Teti, Papi et Meri-en-Ra à leur rang chronologique. 2“ Une. seconde inscription relative à un autre fonctionnaire d'Abydos. Celui-ci passa sa vie sous Papi et Meri-cn-Ra, et mourut sous un quatrième pharaon nommé Sefcr-ké-lia. Comparées l’une à l’autre dans leurs éléments chronologiques, les deux inscriptions d’Alrydos certifient donc la succession de quatre rois de la VI** dynastie, et sont, pour les personnes qui n’ont pas l'habitude des études archéologiques, un bon exemple des procédés à l’aide desquels la science parvient i mettre patiemment à .sa place chacun des innombrables rois dont se compose le canon égyptien. — J’en finirai avec la période des trois dynasties que nous venons d’analyser en indiquant les traits principaux qui permettent de classer entre eux lesdivers monuments qui remontent à ces temps reculés. Ces monuments ont presque tous un caractère commun : ils sont funéraires. Les tombes elles-mêmes sont, dans l'ensemble, conçues sur un plan uniforme. Un édicule de forme massive et carrée, où, à certains anniversaires, les parents du mort se réuuis.-aieut, un puits creusé verticalement dans le sol, et au fond de ce puits des cliambres à jamais closes quand elles avaient reçu leur dé(>ùi funèbre, tel en est l’arrangement général. La manière d'orner cet ensemble était aussi à peu près uniforme. Plus de ligures que de textes, absence absolue d’imagos de divinités, scènes nombreuses tirées de la vie privée et particulièrement des travaux des champs.

titres des défunts plutôt religieux que civils, emplois des cartouches royaux dans ces titres très-fréquents, en général travail des sculptures en niCnie temps vigoureux et fin. En analysant ces monuments, on distingue cependant certaines différences qui les font ranger en trois classes. Les premiers a[)partiennent au tyiK' le plus ancien. Tel est le tombeau d'Ainten. On y sent un art et une écriture qui se forment. Les hiéroglyphes sont clair-semés et en relief. Les formes rudes y abondent. Les statues sont trapues ; les détails anatomiques y sont exagérés. Les seconds ont plus d'assiette. Les hiéroglyphes ont des formes moins heurtées ; l’œi/ du texte a plus d'harmonie. Ces textes eux-mômehse lisent mieux. L’élément alphabétique se substitue peu à peu à l’élément syllabique, qui prend une si large part dans les légendes du temps d’Amten. Du reste, peu de généalogies ascendantes. Au seul Aiiubis s’adressent les formules d’invocation. Le tombeau de Ti, à Sa(|qarah, découvert pendant nos fouilles il y a quelques années, est le plus beau spécimen que je connaisse des monuments de cette seconde épo(|ue. La troisième est contemporaine de la Vl"‘' dynastie. Le nom d'Osiris, jusqu'alors si rare, comn)ence à être plus usité. La formule le jusiifié se rencontre aussi en de rares occasions. Les textes s’allongent ; de belles formules de prières se montrent, et quckpies récits biographiques varient la monotonie des représentations. C’est dans les tombes de ce temps et dans celles qui sont contemporaines de Ti que se trouvent ces belles statues élancées, au visage rond, à la bouche souriante, au nez fin, aux épaules larges, aux jambes musculeuses, dont ou trouvera de si jolis spécimens dans notre Musée;!). C’est enfin dans ces mômes sépultures que l’antiquaire recueille ces énormes stèles monolithes taillées eu forme de façade d’édifice dont le Musée de Boulaq est également si riche. Jusqu'à quelle époque après la VI”' dynastie l’usage de ces monuments se maintint-il? Je ne

;t) La salle iiitcrieme du Temple en ]K)ss*’-(le une quinzaine. (Voy. lu Deieri/itton du Pn/x.)

saurais le dire. Depuis deux ans, je poursuis dans la nécropole de Saqqarah, avec des chances variées, la solution de ce double problème : faut-il regarder quelques-unes des tombes que je viens de décrire comme postérieures à la Vl““ dynastie et les faire même contemporaines de la Xll“*, qui, chose remarquable, n’est pas

I epréseiitée dans les cimetières de Memphis? Ou bien, en présence des monuments d’un tout autre style que nous offre à Thébes la M-* dynastie, faut-il supposer que les traditions funéraire.s de

■ rAncieu-Empire aient été tout à coup rompues au milieu des jierturbations encore inexpliquées, qui, après la Vl“", ont amené; le vide monumental dont je vais parler? Jusqu'ici aucun argunv iit ne nous permet de formuler un jugement définitif.

VII”', VIII"', IX"” et X”' Dynasties.

Le vide monumental qui distingue cotte période est déjà connu.

II n’y aurait rien d’étonnant cependant à ce que plusieurs des tombes portant les cartouches de Pépi, de Téii et des autres rois de ce temps appartinssent aux deux premières de ces quatre dynasties, lesquelles sont Meinphites. Quant à lu l.\"” et b la X”” dynastie que Manéthon place à Uéracléopolis, nous n’en avons encore trouvé aucune trace, peut-être parce que Meydoun, Licht, Ahnas-el-Medyneh, et en général toute la zone de terrain qui barre l’entrée du Fayoum, ont été négligés des fouilleurs. 11 ne faudrait pas croire d'ailleurs que l'absence des monuments soit aussi absolue qu’on serait tenté de le supposer, l’eut-étre, en eftot, les quatorze cartouches placés à la rangée supérieure de la Table d’Abydos représentent-ils des rois de l'époque dont nous nous occupons. De son côté, la Salle des Ancêtres fait connaître quelques personnages de sang royal qui auront pu profiter des discordes du temps pour préparer ravénement do la Xr* dynastie, et qui, par conséquent, seraient deslontemporains de la X“'. Enfin de nouveaux monuments seraient indispensables pour éclaircir la que.stion de savoir si, comme je le crois, quelques-uns des rois nommés

Sebekhotf.p n'appartiennent pas aussi à l’une de nos VII'"', VIII'“, IX"" ou X'"” dynasties. En résumé, cette période est à étudier dans . de nouvelles fouilles.

XI“* Dynastie.

Manéthon ne donne pas les noms des rois qui composèrent celte dynastie. L’étude des monuments révèle une demi-douzaine de rois qui forment sans aucun doute une même famille et qui sont restés longtemps sans classement. On doit à une stèle du Musée de Leyde un renseignement qui permet de donner à cette famille sa place dans les annales égyptiennes. 11 résulte en effet de la traduction du texte gravé sur cette stèle qu’un personnage qui mourut sous un roi déjà classé de la XII"' dynastie aurait eu pour bisaïeul un autre personnage qui vivait sous l’un des rois de notre groupe. Le doute n’est donc pas possible, et ces rois, précédant la XII"', forment incontestablement la XI“”. — La partie du Tbèbes ap|)elée ürah-abou’l-neggah est le lieu qu’il faudra fouiller toutes les fois qu’on voudra obtenir des renseignements sur la XI"' dynastie. A plusieurs reprises, les fellabs y ont trouvé, depuis quarante ans, des sépultures de rois aussi précieuses que rares. Malheureusement, ces découvertes faites par des mains ignorantes n’ont rien donné h la science. Drab-abou’I-neggah a été, du reste, l’objet de toute notre attention pendant nos dernières fouilles, et d’heureux résultats nous sont restés entre les mains. C’est en effet de Draliabou’l-neggab que viennent plusieurs stèles du Musée, et presque tous les vases, fruits, pains, vêtements, meubles, armes, ustensiles que notre collection possède. En faisant l’histoire de la XI"' dynastie, j’ai parlé du style rude qui caractérise cette époque. Je reviens sur cette question pour faire remarquer que les objets qui s’y rapportent n’ont avec les dynasties antérieures aucune de ces ressemblances qui trahissent des liens de parenté. Quelle qu’en ait été la cause, la XI"' dynastie est une renaissance. De carrées qu’elles étaient, les stèles sont devenues arrondies par le haut.

Les hiéroglyphes y ont une gaucherie particulière qui ne ressemble en rien à celles des tombes de la III"' dynastie. Les sarcophages de ce temps ont aussi un caractère particulier qui les fait reconnaître à première vue. Par allusion à la déesse Isis, qui protège son frère Osiris, auquel le mort est assimilé, en étendant sur lui ses bras armés d’ailes, les cercueils sont couverts d’un système d’ailes peintes en couleurs variées et éclatantes. — Comme je l’ai dit plus haut, Manéthou ne mentionne la Xl“* dynastie que brièvement et sans nous donner les noms de ses rois. Sur la Table de Saqqarah cette famille royale est représentée par deux seuls cartouches. Quant à la Salle des Ancêtres, elle serait de beaucoup la plus complète si le rédacteur de la liste n’avait pas rangé péleméle les cartouches de la XI"' dynastie au milieu d’autres noms appartenant h la VT“”, à la XII"' et même à la XVII"'. En somme, tout n’est pas dit sur cette intéressante famille royale, et il n’est pas douteux que nos fouilles de Drah-abou’I-neggah ne nous livrent encore quelques renseignements précieux.

XII"' Dynastie.

C'est la famille des Ousertasen et des Amencmha. On en trouve la liste, non-seulement dans Manélhon, mais dans la Table d’Abydos, la Table de Saqqarah et la Salle des Ancêtres. De Ouady- Maghara h Kumneh et à Semneh (au delà du Ouady-Halfa) ses traces se rencontrent. C’est à elle qu’on doit l’oliélisque de Ma- Lirieh, l’obélisque de Begyg (Fayoum), les magnifiques hypogées de Beni-llassan, quelques-unes des grottes de Syout, et plusieurs beaux colosses trouvés pendant nos fouilles à San et à Abydos. Tous ces monuments se font remarquer par leur grand style, et nous prouvent que l’une des plus brillantes époques de l’art égyptien est celle qui fut contemporaine de la XII”' dynastie. — La place que doit prendre cette famille dans la série sucœssive des dynasties a été longtemps incertaine. Au début des études égyptiennes, la Table d’ Abydos était le seul document qui pût nous

amener à distinguer quelle était cette place. Mais la Table d’Abydos, sans qu’on s’en douUit alors, saute cinq dynasties, et met ainsi les Ousertasen en contact immédiat avec les Thoutmcs Wlll"” dynastie). Longtemps on a donc cm, avec une appareille raison, que les Ousertasen formaient la XVII"' dynastie. C’est à .\I. Lopsius qu’on doit d’avoir le premier reconnu la fausseté do de cette attribution. Manéthon nomme dans la Xll"' dynastie dos rois parmi lesquels dominent les noms d’Amenemès et de Scsortosis: mais la Table nomme de son côté des souverains qui s’appellent toas Amenemba et Ousertasen : ajoutons que la série lies noms d’Abydos s’adapte (après correction toutefois) à la série des noms de l’historien national. Les Ousertasen ne sont donc pas de la XVll"" dynastie, et on voit par ces courtes explications que leur pKice est indubitablement dans la Xll"'. — J’ai un dernier renseignement à ajouter. Manéthon compte la durée de la Xll"' dynastie pour 160 ans, et la durée de la XI"' pour 43, en tout 203 ans. De son côté, le Papyrus de Turin donne le chilTre 213 pour le total de la durée d’une famille royale qui se termine par les deux derniers rois de la Xll"' dynastie, mais dont le point initial a disparu avec les mutilations subies par ce monument. Faut-il corriger une erreur de 10 ans dans Manéthon, et faire porter les 213 ans du Papyms sur la XI"' et la Xll"' dynastie, comme si le Papyrus, de ces deux familles n’en faisait qu’une? La question est d’autant plus douteu.se que j’ai trouvé à Drabatwu’l-neggah une stèle sur laquelle on lit déjà l’an 50 de l’un des rois de cette dynastie à laquelle Manéthon n’aiiribue que 43 ans de rfîgne.

XIII”' et XrV"' Dynasties.

Les noms des rois de ces deux dynasties ne sont pas cités dans .Manéthon, ce qui est toujours un embarras quand il s’agit de retrouver la série monumentale correspondante. Les monuments sont venus ici à notre aide. Au côté droit de la Salle des Ancêtres

et sur des objets de diverse nature conservés dans les Musées, on lit les notns de plusieurs Pharaons qui se sont généralement appelés Sebekhotep et Nofriholep et qui à eux seuls fonnent une , famille nombreuse. Où classer celte famille? Une inscription de Semneh, signalée par M. de Rongé, mentionne à la fois Sebekhotep 1 riront et Ousertasen 111 mort : donc les Sebekhotep sont postérieurs h la Xll“* dynastie. Un renseignement du même genre est fourni par le Papyrus de Turin. Un grand fragment a heureusement conservé la lôte de deux colonnes : à la première colonne se voient des cartouches bien connius de la ,\11“' dynastie; mais la seconde commence précisément par le caiTouche-prénom de Sebekhotep IV. Encore une fois la grande famille où domine le nom de ce dernier prince ne peut donc être rangée qu’après celle des Amenemlia et des Ousertasen. Mais on se rappellera : 1” que .les Sebekhotep sont antérieurs à la XVIIl"” dynastie, puisqu’ils nous sont révélés principalement par un monument du régne de Thoutmès 111 ; 2“ qu’ils furent des rois indépendants, puisqu’ils possédèrent l'Égypte du fond de la Nubie à la Méditerranée, ce qui empêche qu’ils soient contemporains des Pasteurs auxquels , on attribue les XV“', XVI'"* et XV11“* dynasties. La marge des erreurs possibles se rétrécit donc de plus en plus, et on voit par ces détails que nous n’avons à hésiter qu’entre ta Xlll“* et la X1V“* dynastie. Or la X11I“' dynastie eut une durée de 453 ans, et comme elle eut Thèbes pour siège officiel de son gouvernement, il est plus naturel de lui attribuer les beaux monuments des Sebekhotep que de supposer que ces monuments soient dus à la XIV*'* qui, pendant 184 ans, régna dans une localité obscure du Delta (Xoïs).

C’est donc en vain que Manéthon aura passé sous silence les noms des rois qui succédèrent aux Araenemès et aux Sesortosis : on vient de voir comment la science, par une suite d’inductions ingénieuses et délicates , a su les retrouver. — On rencontre , du reste, les cartouches des deux dynasties qui nous occupent, nonseulement au Papyrus de Turin et au côté droit de la Salle des Ancêtres, mais encore sur des stèles répandues dans les divers

Musées, sur des colosses de Sàn, sur les parois de quelques hypogées de Syout, ainsi qu’à Asouan et à Ilamaniât. — Je dois ajouter que plusieurs rois, cntr’aulres Skhaï-het, dont les car- * touches figurent dansles collections du Musée Vice-Royal, ne sont classés que conjecturalemcnt dans la XIV"” dynastie, et que rien ne m’étonnerait si des recherches nouvelles, aidées de monuments encore à découvrir, nous forçaient à reporter ces rois à la période qui s’étend de la VI”' à la Xl““.

XV"* et XVI”' Dyrnasties.

Ici vide monumental qui a pour cause la présence des Hyesos. Ceux-ci ne nous ont laissé aucune trace directe de leur passage sur les bords du Ml. Peut-être les rois égyptiens, expulsés des provinces septentrionales, ont-ils régné sur quelques points encore ignorés de la Haute-Égy'ptc ; mais, pas jilus que les Pasteurs, ils ne sont représentés dans la série des monuments égyptiens.

XVII"' Dynastie.

Dynastie double. Une dynastie de rois Pasteurs règne à Sàn, tandis qu’une dynastie de rois Égyptiens règne à Thèbes. La renaissance qui se manifeste à Thèbes offre des analogies singulières avec celles qu'on constate au commencement de la XI"' dynastie.

A ce moment Drab-abou’l-neggah devient de nouveau le cimetière de Thèbes. Les cercueils riclii (c'est-à-dire à plumes), et les mauvaises momies qui les emplissent, reparaissent. Les mémos vases, les mêmes armes, les mômes meubles se retrouvent dans les tombes. Quelques cercueils de princes et de personnages élevés, sans négliger l’ornement traditionnel des ailes, sont dorés des pieds à la tête, autre manière de rappeler, par le chatoiement de l’or dans les parties saillantes, mi des titres d’isis protégeant Osiris : « KUe a fait de la lumière avec ses plumes. » En outre les morts s’appellent comme autrefois Entef, Améni,Ahmfs, Aaft-

hotep, si bien qu’aujourd’hui l’œil le plus exercé a peine à lUslinguer entre eux des monuments que plusieurs dynasties et une longue invasion séparent. Quant aux rois et aux princes de cette XVII"’ dynastie thébaine, ou les trouve mentionnés dansdes listes gravées sur les murs de certains hypogées de Qournah, sur ime table à libations du Musée de Marseille, et sur quelques objets conservés dans les collections publiques de l’Europe et de Boulaq. Les abréviateurs de Manétlion nous ont laissé, d’après l'annaliste égyptien, diverses listes des rois qui formèrent la XVII’"’ dynastie de San. Dans ces noms propres (Saïté*, Staan, Assit, Asseth, Sethos) le nom du dieu Set, en honneur parmi les peuples dont les Khétas ont été le rameau le plus distingué, parait avoir dominé. Deux seuls des noms royaux de la XVII"' dynastie de San ont été jusqu’ici retrouvés sur les monuments : celui du premier roi de la dynastie, Saïtés {écrit sur une stèle de notre Musée SH aa pelui youbti}, et celui du dernier roi Apophis, dont l’orthographe égyptienne Apapi est exactement celle de l’.Xpappus de la VI"” dynastie. Les monuments se rapportant aux Pasteurs de la XVII"” dynastie sont d’ailleurs : 1’ quatre grands sphinx de granit (Musée de Boulaq) trouvés h Sàn; au lieu de la coiffure ordinaire ils ont la tête couverte d’une épaisse crinière de lion ; les traits du visage sont anguleux, sévères, vivement accentués et rappellent ceux des pêcheurs actuels du lac Menzaleh ; sur l’épaule droite de chacun d’eux Apophis a fait graver ses cartouches avec le titre aime' de Set; plus tard ils ont été usurpés de nouveau par Ménephtah (XIX'"’ dynastie) et Psousennès (.XXI"’j ; 2° un groupe de granit (Musée de Poulaq) représentant deux personnages debout, tenant sur leurs mains étendues une table d’offrandes chargée de poissons et de fleurs; ce magnifique morceau n’a aucune légende contemporaine de l’époque de son érection ; mais le travail des têtes, identique à celui des quatre sphinx, assure la date du monument; 3* mie tête de roi Pasteur (Musée de Boulaq; trouvée à IHyi-Faris Tayoum], découverte importante en ce qu’elle prouve que les Pasteurs se sont avancés jusque-là et par conséquent ont occupé

Memphis; 4” un papyrus du Musée de Londres ; selon le récit dont ce papyrus conserve le texte, le Roi /îas*enen gouvernait à Thèbes tandis que notre Apopliis était établi i Sén ; le papyrus parle d’une querelle et laisse entrevoir des hostilités prochaines entre les deux souverains; 5* un second récit gravé sur les parois de l'uudes tombeaux d’El-Kab appartenant à un fonctionnaire nommé Mimes; ici encore l’inscription raconte les principaux événements de la vie du défunt : Ahinès passa son enfance sous Raskenen, et prit ensuite part aux campagnes du roi Amosiscontre les Pasteurs, campagnes qui eurent pour résultat la définitive expulsion de ces Asiatiques; 6’ enfin je mentionnerai, comme se rapportant indirectement à notre XVll”' dynastie des Hyesos, la grande stèle de granit trouvée pendant nos fouilles à San et dont le vrai sens échappe encore à nos investigations ; elle est du règne de Ramsès 1 1 (X1X“* dyn.) et datée de l’an 400 du roi Set aa pehti Noubti. Si ce roi est le Saltès de Manéthon, il semblerait, quel que soit le motif de l’érection de la stèle, que 400 ans se sont écoulés entre l’avénement de la XVll"" dynastie et l’année de Ramsès II pendant laquelle notre texte a été gravé, renseignement dont l’importance chronologique n’échappe à personne. L'année du règne de Ramsès H est à la vérité inconnue; mais comme la stèle contient une invocation à Set, et que le culte de Set (ou Sutekh) ne fut rétabli à S:m qu’après la paix conclue entre les Khélas et Ramsès, l’an 23 du règne de ce dernier prince, il s’ensuit que la date cherchée est postérieure à celle que nous venons d’énoncer.

XTIII"" Dynastie.

Le classement des rois de la XVlll"' dynastie ne s’établit pas sans discussion. Des altérations regrettables ont en elTet porté atteinte à l’intégrité des listes de Manéthon. Non-seulement les noms propres y sont mal transcrits, mais on y trouve aussi certains règnes transposés. D’un autre côté, la Table d’Abydos, qui, seule des monuments hiéroglyphiques, a conserv é une liste suivie

(les rois de ce temps, n’est pas complète, et de parti pris saute par-dessus quelques porsonnases royaux qu'elle a sans doute regardés comme illégitimes. Quant à la Table de Saqqarali, des 1 2 cartouches qu’elle place entre Ramsès 11 et Amnsis, dix sont à jamais perdus. Nous devons donc renoncer h obtenir, soit de Manéthon, soit des monuntents, une liste déjà faite de la XVlll"* dynastie, et pour avoir cette liste, il faut la demandci aux éclaircissements ((u’on pourra tirer çh et Ih de l’étude dc“ , »

textes. — Les monuments principaux qui, après la Table d’Abydos, servent h amener cet important résultat, sont : 1“ Timseriplion d’El-Kab, dont nous avons déjà parlé. On y trouve la mention chronologique des quatre rois sous lestpiels Ahmès vécut :

Raskenen (1), Amosis, Aménopbis 1 et Thoutmès I. Le premier de ces rois appartenant h la XVI1“* dynastie, on rangera les trois autres en tête de la XVlll”*; 2“ une autre inscription tirée d’un tombeau d'El-Kab, et la base d’une statue, aujourd'liui au Louvre, découverte dans le même tombeau. Ici le personnage auquel ces monuments se rapportent vécut successivement sous Amosis,

Aménopbis I, Thoutmès I, Thoutmès II et Thoutmès III. Dans le courant du même texte est nommée la régente Hatasou, sans rang chronologique; mais comme Thoutmès III fit marteler ses cartouches, et qu'elle-même usurpa souvent ceux de 1'houtmès II, il s’ensuit qu’elle se place entre ces deux princes. l.a premièresérie d’El-Kab est donc augmentée par la seconde de trois nouveaux cartouches. l.a parenté de ces rois, et en particulier celle des Thoutmès, est d'ailleurs établie par divers autres inonumenLparmi lesquels on distinguo les obélisques de Kaniak, lu grande inscription commémorative des campagnes de Thoutmès III dan.'le même temple, et des statues que possèdent les Musées de Londres et do Rerlin ; 3° une stèle du Musée de Boula q^ consacrée à un personnage nommé Neb-oun. Thoutmès III et Aménopbis II

fij l.'ctmle tl(?s liijoux ilf la roiiie Aali-liote]> ferait sujtposer qu'itii i-"'. ie-»)inuê ilnit Afre |ilacê eiitri' Raski’lïcn et Anitpis.

y sont placés dans leur ordre ; 4” une inscription du tombeau de Hor-em-lleb à Abd-el-Qournah [prov. de Qéneh). Ilor-em-Ileb fut successivement le serviteur des rois Aniénophis H, Thoutmès IV et Aniénophis 111. La série se continue donc sans interruption, et déjà nous possédons la presque totalité des rois de la XVllI"' dynastie. Si l'on en croyait la Table d’Abydos et Manéthon, le dernier de res rois, Aniénophis 111, aurait en pour succe.sseur immédiat Horus. Cependant si Tou étudie les monuments, on s’apercevra qu'Horus a fait construire à Karnak un pylône avec les matérian.x d’un édifice détruit portant les cartouches de Khou-en-Aten (aussi nommé Araénophis), lequel Khou-en-Aten lui est par conséquent antérieur; que ce Khou-en-Aten a fait exécuter des martelaqes dont les traces se reconnaissent sur les inscriptions jusqu’à la fin du ri'gne d’.Aniénophis 111, preuve qu’à son tour Aniénopliis 11! était antérieur au roi fanatique de Tell-el- \marna. Le doute n’&st donc pas possible, et entre l’Aménophis et l’Horus de la Table d'.Vbydos, prendra place celui que nous appelons avec raison Aniénophis IV. Je ne pousserai pas plus loin ces démonstrations : je ne ferai pas voir par quelle suite d'observations on a découvert qu’Aménophis IV ne fut pas le seul de sa lignée, et qu’il eut pour successeurs deux ou trois souverains exclus coniiiie lui de la série des Pharaons légitimes. Ce que j’ai voulu prouver, c’est que les monuments à eux seuls nous ont rendu la XVlll”' dynastie tout entière, et que nous n’avons en définitive rien perdu aux altérations du texte de Mauétlion et aux lacunes de la Table d’Abydos. — .Avec la XVIir' dynastie, nous entrons du reste dans la période monumentale. A Gebel-liarkal, près d’Abou-Hammed et de la /(”• cataracte, Araénophis 111 fonda un temple dont les avenues sont précédées de sphinx en forme de béliers accroupis. .A Soleb entre la 2"' et la 3’“* cataracte, à Semneh, un peu au-dessus de Wadi-Halfa, à Amada en Nubie, des lemples sont bâtis par Tboutniés 111. Un des plus jolis temples de l’Cgypte, détruit il y a trente ans par le vandalisme des habitants d’Asouan, avait été fondé dans l’ile d’Éléphantine par Aniéno-

phis III. Une porte de granit, encastrée dans la cour d’enceinte du temple d’Ombos, rappelle le souvenir de la régente Hatasou. A Gebel-Silsileh apparaissent des bas-reliefs qui relatent les campagnes d’ilorus. Thébes est en quelque sorte toute resplendissante encore des belles constructions qu'y a laissées la XVIII"* dynastie. Sur la rive gauche, c’est le temple de Deir-el-Bahari, c'est la partie septentrionale de Méslinet-Abou, oeuvre des Thoutmès, ce sont les colosses d’Aniénopliis III, ce sont les magniliques hypogées d’Abd-c:l-Oournah, ce sont les trois ou quatre tombeaux de rois qu’on visite dans la vallée de l’Ouest; sur la rive droite, les grosses constructions de Karnak sont dues à la XVlll" dynastie, et Aménophis III fut le fondateur du temple de l.nuqsur, à rembellisscment duquel .ses successeurs jusqu’à la XXVI"' dynastie travaillèrent. Dans les autres parties de l’Égypte, la XVIII"* dynastie n’a pas laissé moins de traces. On en trouve à Ui-Kab, à ïell-el-.\marna, à Gebel Touneb, à Memphis, à Saqqarah, aux Pyramides, à Héliopolis, h Serbut el-Kadim, à Wadi- Maghara. — Enfin, je rappellerai que la XVIll"' dynastie est de celles qui ont le plus enrichi les Mmsées d’Europe et du Caire. Les belles statues de Turin sont en effet de la XVIII"' dynastie. Le Musée du Vice-Roi posst^de un buste colossal repré.-entant Thoutmés 111, qui certes égale ces statues comme œuvre d'art. C’est aussi au Musée de Boulaq qu’appartient la stèle de granit qui, bien que nouvelle dans la science, est déjà cependant célèbre. Sur cette stèle est gravé un poënie composé en l’honneur des victoires de Thoutmôs 111. L’iii.^piration la plus pure a guidé l’auteur de ce beau chant poétique qui, bien qu’antérieur de plusieurs siècles à Homère et à la Bible, n'en est pas moins un des plus pré-cieux échantillons de la littérature ancienne. C’est aussi à la XVIII" dyna.stie, et au premier de scs rois, que remontent les beaux bijoux découverts sur la momie de la reine Aah- Hotep, mère du roi Amosis, et aujourd'hui conservés dans la collection de Boulak. Parmi les plus remarquables d’entre eux, il faut citer :

1" Une hache, symbole ordinaire de la Divinité. Le tranchant est d’or massif. On y voit d'an cftté des représentations symboliques; de l'autre est une image du roi Amosis lui-même, les jambes écartées et levant le bras pour frapper un barbare. Le manche de cette hache est en l>ois recouvert d’une feuille d’or. Une légende hiéroglyphique, découpée dans la feuille d'or, laisse lire toute la st;rie des litres royaux d' Amosis.

2* Un pectoral en or massif découpé à jour. Ce monument, unique jusqu’ici el d’un prix inestimable, a la forme générale d’une chapelle égyptienne. Au centre, Amosis est représenté debout dans une Iwrque et naviguant sur l’Océan céleste. Deux divinités sont près du roi et lui versent sur la tête l’eau de purificalion. On remarquera le fini d’exécution qui distingue ce rare monument. Les couleurs ne sont pas obtenues, comme on le pense généralement, par des émaux, mais par des platpietles de pierres précieuses arrangé-es dans des cloisons d’or. Les pierres, qu’on \ remarque sont ; la turquoise, le lapis lazuli, la cornaline rouge. Au revers le monument offre une série de gravures à la pointe qui forment un ensemble peut-être plus harmonieux encore que la face principale.

3“ line barque en or massif portée sur un chariot à roues de bronze. La forme de celte barque rappelle celle des caiks de Constantinople et des gondoles de Venise. Les rameurs sont en argent ma.ssif. Au centre se lient assis un petit personnage arun'' d’une hache et d’un bâton recourbé. A l’arrière est le timoniei' qui dirige la barque au moyen du seul gouvernail connu alors, c’est-;i-dire par une rame à large palette. A l’avant est debout le chanteur, chargé de régler la cadence des rameurs. Près de lui sont gravés les cartouches du roi Kamès. Quant à la signification de ce monument, elle était toute symbolique. Les Égyptiens rroyaient qu’avant d’arriver à sa dernière demeure. Pâme devait traverser des espaces éthéa-s où se rencontraient des champs, des fleuves, des canaux. La barque symbolisait ce voyage dans l’autre u'onde.

il* Un bracelet en or massif avec ligures en or sur fond de lapis-lazuli. Ce bracelet est encore un clief-d’neuvrc de gravure. Ues représentations qu'on y voit sont celles de divinités funèbres.

5° Trois abeilles découpées dans des plaques d’or massif et réunies par une chaîne commune. On pense que ces trois abeilles formaient une décoration. L’usage des décorations dans l’ancienne Kgypte est constant. El-Kab un fonctionnaire, nommé .\hmès comme le roi et contemporain des bijoux dont nous nous occupons, raconte sa biographie sur les parois du tombeau où il a été enseveli. On y voit qu’.\hmés servit successivement sons plusieurs souverains, et que, pour les actes île bravoure dont il s’honora, il fut décoré jusqu’à sept fois. Mais il ne parait pas que cette décoration militaire ait été l’abeille retrouvée dans le tombeau de la reine .\ah-botep. Il est plus probable que l’insigne était le lion, dont on a d’ailleurs quelques exemples dans les peinture^ des hypogées.

6“ Un diadème en or qui servait à retenir dans sa partie circulaire les cheveux qui y étaient réunis en tresses. Il est orné de deux petits sphinx accroupis à chaque extrémité d’une sorte de boite en forme de cartouche. Le nom du roi Arnosis, en lettres d’or sur fond de lapis, se lit au milieu de ce cartouche.

7* Un poignard à lame d’or. Rien de plus gracieux que ce monument. La poignée est ornée de dessins en triangle de diverses couleurs. Elle est terminée par quatre têtes de femmes du style le plus pur. Au milieu de la lame court une bande de métal foncé sur laquelle se détachent vivement des ornemenis en or damasquiné. Les légendes d’Amosis y sont encore reproduites. D'un côté, elles sont accompagnées par une suite de sauterelles qui vont en s’amincissant jusqu'à l’extrémité du poignard. De l’autre côté, én voit la représentation très-singulière d’un lion qui se précipite sur un taureau. Ce sujet, d’un caractère tout asiatique , est d’autant plus à remaixpier qu’on le trouve sur un monument contemporain d’un roi qui avait été relégué dans la Haute-Égypte pendant la majeure partie de son règne.

8” Un miroir qui rappelle la forme élégante du palmier. Le manche est de bois rehaussé d’or. Quant au disque, le poli en a disparu avec le vernis d’or qui le recoutTait. Ce disque est aussi pesant que l'or, et il est formé d'un alliage dont la chimie moderne devrait chercher à retrouver la composition.

9” Deux bracelets. Le fermoir consiste en une bande d’or ornée des cartouches d’ Vmosis. Le corps des bracelets est formé de fils d’or sur lesquels sont enfilées de perles de lapis, de turquoise, de cornaline et d’or.

1(1° Un poignard à lame de bronze. Le manche est formé d’un disque d’argent. On se servait de cette arme en laissant sortir la lame enti e l’index et le medium, et en appuyant le manche contre la paume de la main.

1 1“ Un collier qui était formé d’une multitude de petites pièces cousues sur le linge de la momie. On y voit des éperviers, des vautours, des chacals, des lions, au milieu d’autres ornements empruntés au règne végétal.

12° Une chaîne tressée en fils d’or de plus d’un mètre de longueur. Elle est terminée par deux fermoirs formés de tètes d’oies. Ici encore se lisent les légendes d’Amosis. Un scarabée d’un travail digne d’être remarqué y est suspendu. Les pattes sont repliées sous le ventre et imitées de la nature avec une rigoureuse exactitude. Les ornements du dos sont formés de minces cloisons d’or dans lesquelles on a introduit une pâte du bleu le plus tendre. Le scarabée ligure ici comme symbole de la puissance créatrice qui doit donner à l’âme une vie nouvelle.

13° Un bracelet destiné à être porté non pas au poignet, mais au haut du bras. L’ornementation se compose, comme motit principal, d’un vautour les ailes déployées. Ce monument est im spécimen heureux du travail qu’exécutaient le plus ordinairement les bijoutiers de l’antique Égypte.

14’’ Une série de dix gros bracelets sous forme d’anneaux épais. Ces bracelets se portaient aux jambes.

1 5° Un bâton recouvert en bois noir entouré d'une feuille d’or

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en spirale. Ce bAton devait être dans l’antique Égypte un signe de commandement. Il est encore usité aujourd’hui en Nubie, où on le voit communément au.v’mains des habitants de ce pays.

XI2"' Dynastie.

Les sept rois nommés par Manéthon comme formant cette famille royale ont été retrouvés sur les monuments et coordonnés au moyen de certains indices qu’il serait trop long d’énumérer ici. k>s roi.s delaXl.X”' dynastie ont d'ailleurs laissé leurs traces : 1“ sur des monuments antérieurement bâtis dont ils ont continué l’cnlification ; 2’ sur des monuments sortis directement de leur initiative. Les premiers sont nombreux. On ne trouve pres(|ue pas un temple élevé par la XVlll"’' dynastie où les rois de la XIX"', et particulièrement Ramsès 11, n’aient gravé leurs noms. Ce fait a surtout son importance à Thèbes. Louqsor est certes un temple dû à la piété d’Amenophis III ; cependant les deux olxilisques (l’un d’entr’eux a été transporté à Pari,s) c[u’on y voit sont de Ramsès 11, ainsi que les quatre colosses élevés eu avant du pylône principal. Ce pylône lui-même, bien que construit par Améiiopbis 111 , n'est orné que de sculptures du temps de Ramsès 11. .A Karnak, même observation. Sur le second pylône, sur les splendides colonnes de la salle hypostyle, sur l'extérieur des murs d’enceinte, les cartouches deSétietde Ramsès se voient seuls. Enfin, Ramsès 11 a commis en plusieurs occa.sions les plus singulières usurpations. Sur desstatues et des sphinx représentant des rois de la XII"* et de la XIII"* dynastie, il a souvent fait effacer les noms qui constatent l’origine et la date de ces monuments, et y a fait inscrire ses propres cartouches. Faite avec un soin minutieux, cette opération trompe l’archéologue le plus exercé, et il est ainsi bien des monuments qu'on attribue au conquérant de la XIX"* dynastie, et qui lui sont antérieurs de mille ans. Quant aux constructions dues à l’initiative directe des rois de cette famille, on noiera en premier lieu les tombes de Bab-el-Molouk, et parti-

9ti

ciilièretnuil celle de Sdti l",,le plus magnifique des souterrains que poss»'de l’Égypte. On notera aussi le monument d'Ibsamboul creusé tout entier dans le flanc d'uneinontagnc, et destiné à perp<-luer le souvenir des victorieuses campagnes de Ramsès contre les Soudaniens et les Kliétas. Les temples do Derr et de Beit- OualK, en Nubie, sont d'autres édifices dus à l’aclixité de ce roi. Vis-à-vis Kdfou, sur la route qui conduit du village de Radasieh aux mines d'or de ( iebel- àtoky , on trouve une station monumentale élevée par Séti 1". L'interprétation des nombreuses légendes liiiiroglypliiques dont cette station est couverte, a permis de reconnaître l’intention qui avait présidé à l'érection de ce monument au milieu du désert. Deqiuis longtemps les mines d’or étaient improductives, parce que les caravanes qui y transportaient les hommes et les animaux périssaient de soif sur la route. Séti I'' fit creuser un puits d’eau jaillissante, et, en souvenir de révénemeni, le temple dont nous parlons, et qui a subsisté jusqu’à nos jours, a été bâti. J’ai à peine besoin de dire que ïhèbes prolita également de la munificence des rois de la XL\'"' dynastie. Karnak comprend dans son immense enceinte deux ou trois petits temples de Ramsès 11, malheureusement très-mutilés. Sur la rive gauche, le Ramesséuni est l’œuvre colossale du même roi, et Séti lit élever à la mémoire de son père Ramsès L' le temple de Oouraah. A \bydos, le petit temple célèbre par la 'J’ablc qu’on y a découverte est de Ramsès 11. C’est Séti l'’ et son fils Ramsès 11 qui firent élever le grand temple que nous déblayons en ce moment au profit des études égyptiennes. .Nul doute que Memphis n’ait aussi été l’objet de l’attention des Pharaons dq la Xl.\"' dynastie. A la vérité, il ne reste de celle ville illustre que des monceaux de décombres; mais les beaux colosses qu’on voit à .Myt-Rahyneli, et dont la tête olïre un portrait si ressemblant de Ramsès II, témoignent assez, du soin que ce roi avait pris d'embellir la capitale septentrionale de l'Égypte. Enfin, comme dernier monument de la XIX”’ dynastie, on comptera le temple de Sùii, qui, probablement mutilé à la suite du siège que supporta la ville sous Amosis,

lut rebâti tout entier sous Itanisès il, Méneplitali et Séti 11. Les travaux que, par ordre ilu Vice-Roi, nous y poursuivons et qui ont déjà eu pour résultat la mise au jour de tant de morceaux contemporains des Pasteurs, sont encore eu voie d’exécution ; mais déjà onze obélisques, de nombreuses colonnes monolithes de Kranit, des stèles colossales ont été retirés des décombres, el prouvent que ce temple fut un des plus considérables de ceux que la \1X™' dynastie éleva sur les bords du Nil.

XX"" Dynastie.

Tous les rois de la .X.X”' dynastie se sont appelés Ramsès, comme plus tard tous les rois de la XXXlll”* s’appelleront Ptolémée. On n’a pour aider au classement de ces souverains que ((uniques monuments épars et les tombeaux de Thèbes, particulièrement ceux de Uab-el-Molouk. — Cette dynastie, occupée de ses divisions intestines, a peu bâti. On lui doit cependant le (lavillon et le temple de Medinet- Vbou, constructions ((ui ne le cèdent en rien aux plus magnifiques de l'Égypte; on lui doit encore l’édillce appelé le temple de Chons, situé au sud de Kamnk, près de la grande allée de sphinx à tète de bélier. Quoiqu’il porte presque partout les cartouches des rois de la .XXl”'’ dynastie, ce temple n’en a pas moins été construit par les derniers Ramsès. — La belle stèle donnée à la Bibliothè(|ue Impériale de Paris par M. Prisse est aussi un monument de la XX“* dynastie et provient du temple de Chons. Cette stèle est intéressante sous bien des rapports; on y lit le récit officiel d’un événement ([ui se passa dans les circonstances suivantes ; un de nos Ramsès faisait sa tourn.'e dans la Mésopotamie, alors soumise à la domination égyptienne, quand il rencontra la lille d’un chef qu’il épousa. Quelques années plus lard, Ramsès étant à Thèbes, ou vint lui dire qu’un envoyé de son beau-père se présentait, sollicitant du roi que celui-ci envoyât un médecin de son choix auprès de la sœur de la reine, atteinte d’un mal inconnu, l'r.

médecin égyptien partit en effet avec le messager. La jeune rille souffrait d'une maladie nerveuse, et, selon la croyance du temps, on pensait qu’un esprit demeurait en elle. Eu vain, le médecin eut-il recours à toutes les ressources de l’art ; l’esprit, dit la stèle, refusa d’obéir, et le médecin dut revenir à Thèbes sans avoir guéri la belle-sœur du roi. Ceci se passait en l’an 15 du règne de Ramsès. Onze ans plus tard, c’est-ii-dire en l’an 26, un nouvel envoyé se présenta. Celte fois l’allié du roi d’Égy pte ne demandait plus un médecin : selon lui, c’était l’intervention directe de l’un des dieux de Thèbes qui amènerait la guérison de la princesse. Comme la première fois, Ramsès consentit à la demande du père de la reine, et un dieu de Thèbes, nommé Citons, partit effectivement. Le voyage fut long : il dura un an et six mois. Enfin le dieu thébain arriva en Mésopotamie, et l’esprit vaincu fut chassé du corps de la jeune fille qui recouvra immédiatement la santé. Mais à ce dénoiimenl ne s’arrête pas le récit gravé sur la stèle de la Bibliothèque Impériale de Paris. Un dieu dont la seule présence amenait des guérisons si miraculeuses était précieux à bien des titres, et au risque de se brouiller avec son puissant allié, le père de la jeune fille résolut de le garder dans son palais. Effectivement, pendant trois ans et neuf mois Citons fut retenu en Mésopotamie. .Mais, au bout de ce temps, le chef qui avait ordonné cette mesure violente eut un songe. Il lui sembla voir le dieu captif qui s’envolait vers l’Égypte sous la fonne d’un épervier d’or, et, en même temps, il fut attaqué d’un mal subit. Le beau-père de Ramsès, selon l’usage du temps, prit-il ce songe pour un avertissement 7 C’est ce que laisserait penser l’ordre qu’il donna immédiatement de renvoyer le dieu qui, en l’an 33 du règne de Ramsès, était de retour dans son temple de Thèbes.

XXI“° Dynastie.

Les Graiids-l’rètres qui régnaient à Thélies ont adievé le temple situé entre Karnaket Louqsor, et c’est là qu’on trouve leurs noms. La dynastie légitime a laissé des traces principalement à Sèn. Quelques architraves et des lames d’or, qui sont en ce moment conservées dans la collection du Musée de lioulaq, nous ont donné quelques cartouches nouveaux de cette famille royale.

XXII"" Dynastie.

Manéthon nomme les neuf rois de cette famille qui fut originaire do Tell-Basta. La généalogie de quelques-uns de ces rois est également cerüQée par les inscriptions gravées sur une statue du dieu Nil appartenant au .Musée du Londres, par de longues légendes dont un des murs extérieurs de Karnak est couvert, enfin par les inappréciables textes que nous avons découverLs il y a douze ans dans la tombe d’.tpis à Saqqarah et qui font maintenant partie des richesses conservées dans le Musée du Louvre à Paris. On ne connaît, du reste, aucun grand édifice fondé par cette famille royale. Il n’est pas douteux que des fouilles persévérantes dans les buttes de Tell-Basta nous feraient cependant trouver quelques restes des monuments dont les rois de la X.\ll“" dynastie embellirent la ville qui fut de leur temps le siège du gouvernement.

XXIII"* Dynastie.

La XXllI"' dynastie fut une épo(|ue de troubles. Toute l’histoire de ce temps est écrite sur une stèle de granit que nous avons trouvée dans les fouilles récentes de Gebel-liarkal. Il est à remarquer que ce monument n’est pas égyptien, mais couschite. Les Couschites, en formant un royaume séparé, adoptèrent la religion, l’éiTiture, la langue des Kgyptiens; leur civilisation est ainsi fille lie la civilisation égyptienne, et la stele du Musée, en nous mon-

irant les Klliiopieos imposant leur domination à l'Égjpte, nous font ainsi assister au spectacle d'un neuve qui s’insurge contre sa source.

Je viens de dire que la XX!!!”' dynastie fut une époque de troubles. L’Égypte fut en effet partagée alors en plusieurs dynasties collatérales. Manéthon a enregistré celle de ces dynasties qui, plus tard, fut officiellement reconnue comme légitime : elle se compose de trois rois et était originaire de San. Les stèles de la tombe d’Apis nous en révèlent une autre qui, comme la ilyna.stie de .Sàn, compte trois règnes : c’est celle qui régnait à Memphis. Enfin la stèle de Gebel Bakal nous montre que quelques autres provinces de l’Égypte obéi.ssaicnt à des rois partiels, qui n’étaient ni ceu\ de Manéthon ni ceux des stèles de la tombe d’Apis.

XXIV"' Dynastie.

Bocchoris est, selon Manéthon, l’unique roi de la \X1\ dy nas-

lie. Son nom égy ptien est resté longtemps inronnu. Nous l’avons découvert enfin sur quelques-unes des pierres de la tombe d’Apis. Jusqu’à présent ce sont là les seules indications monumentales que nous possédions de l’existence de ce roi. Bien ne prouve que, sous son règne, les Éthiopiens n’aient pas occupé l’Égy pte méridionale.

XXV"” Dynastie.

Celte dynastie fut le triomphe définitif des Couschites sur le> Égyptiens. Aussi doit-on peu s’étonner do voir les noms des souverains qui la composent à la fois au Soudan et en Égy pte. Manéthon ne lui donne que trois rois. Évidemment c’est la manière égyptienne de compter. A Tahraka, 3“' roi de cette famille, sucréda effectivement, selon les stèles d’Apis, Psammitichus, 1" roi de la XXVI"'. Mais si les Éthiopiens ont, comme les Égyptieas, rédigé des annales historiques, on doit y rencontrer un nom de plus, celui du mari de la reine dont le Musée de Boulaq iwssède une statue. Ce roi (Piankhi) succéda à Tahraka et occupa la

llauie-Égyple pendant que les douze rois confédérés se parta- ^'eaient les autres parties du royaume. Mais Psammilichus. en montant siu" le trône 15 ans après la chute de Tahraka, ne tint pas compte de ces compétitions et se regarda comme souverain du pays, à partir du jour où le troisième roi Ctouscliite cessa de régner.

XXTI'"* Dynastie.

Avec la X.Wl™' dynastie nous arrivons à une époque où les Grecs ont commencé h avoir un plus libre accès sur les bords du Ml, et où l’Égvpte est plus fréquemment mentionnée dans leurs écrits. On trouvera donc dans les écrivains de la tradition classique une liste suQLsamment exacte des rois de la XXVI"’ dynastie, üii peut aussi étudier cette famille royale dans Manélhon. Enfin les stèles de la tombe d’Apis forment un ensemble imposant de monuments contemporains des Psamniiticlwis. Parmi ces stèles on citera particulièrement les épitaphes oflicielles des Apis. Rédigées sur un modèle 5 peu près uniforme, elles mentionnent la date de la naissance du taureau, la date de sa mort, la durée de sa vie par an, mois et jour, le tout rapporté selon l’usage à l’èrc du roi régnant. Il n’est personne qui ne comprenne l’utilité dfe pareils renseignements. Si l’une de ces épitaphes, par exemple, mentionne un Apis qui, né l'an 53 d’un règne, mourut l’an 10 d’un autre roi h l’àge de 17 ans, ne saurons-nous pas en premier lieu que les deux rois cités se suivent chronologiquement, en second lieu que le premier a occupé le trône pendant 54 ans et le second au moins pendant 16 ans? Appliquées successivement à tous les rois de la XXVI"’ dynastie, les épitaphes de la tombe d’Apis nous donnent le moyen de reconnaître tout à la foi-', et l'ordre dynastique de ces rois et la durée chronologique de toute la famille royale. — En dehors de la tombe d’Apis, à Saqqarah, les monuments de la XXVI"' dynastie sont assez rares. Plusieurs belles tombes de l’Assassif, h Thèbes, remarquables par leur étendue et le fini des bas-

relie& qui les décorent sont de cette époque. Sur les rochers d’Asouan et d'Ilamamat, à Thèbes, à Abydos, à Saqqarab, on voit encore çà et là quelques souvenirs des princes qui à ce moment ont occupé le trône égyptien. Ce n'est pas que la XXVI"' dynastie ait été, moins que d’autres, portée à laisser après elle des souvenirs durables de sa grandeur et de son autorité ; mais tout nous prouve qu’à ce moment la civilisation s’élait portée entièrement vers le Nord et que toutes les forces de la XXVI"* dynastie s’étaient concentrées sur la ville (Sais) qu’elle s’élait choisie pour siège oflicicl du gouvernement. Il résulte, en elfet, du témoignage d'Hé-rodole que Sais élail devenue, sous les rois de la XXVI"' dynastie, une des villes les plus florissantes du royaume. Apriès y avait construit un temple qui ne le cédait en magniliccnce à aucun des autres édifices de l’Égypte. Amosis y fit élever un portique qui était digne d'admiration et qui surpassait de beaucoup tous les aulies ouvrages de ce genre, tant par sa hauteur et son étendue, que par la qualité et la grandeur des pierres qu’on y avait employées. Ce prince y avait placé des statues et des sphinx de proportions gigantesques. On voyait aussi à. Sais un colosse énorme de 75 pieds do hauteur, semblable à celui qu’Amosis avait érigé à Memphis. Ce roi ne s’était pas seulement borné à la coastruclion des portiques, mais il avait encore fait arriver des pierres d’une grosseur démesurée pour réparer le temple. Une partie de ces pierres était sortie des carrières de Tourah : les plus grosses avaient été tirées d’Asouan. .Mais ce qu’il y avait de plus admirable à Sais, c’était la chapelle monolithe qu’Amosis avait fait venir des carrières d’Éléphantine. Deux mille bateliers avaient été occupés pendant trois mois à la transporter. Elle avait extérieurement environ 12 mètres de long, 7 mètres de large, et h mètres de hauteur. Avec l’évidement intérieur, le poids total de cette gigaule.sque masse était de près de 1|80 mille kilogrammes. Le récit d’Hérodote ne laisse donc pas do doute sur la magnificence de la ville élevée par les rois Saîtes, et il est évident que ceux-ci avaient fait pour leur capitale ce que, dix siècles auparavant, les XVlll"' et XIX"'

djuaslies avaient fait pour Thél)cs. Mallieuretisement Sais a disparu sans retour, et d’une ville célèbre dans les fastes des arts et de la civilisation il ne reste que des ruines confuses. Des fouilles sur remplacement de ces ruines nous rendraicnt-çlles au moins quelques vestiges de la grandeur de la XWI-* dynastie? Je n’ose l’espérer.

Dynastie.

’ Les Perses occupent les rives du Nil. Cambyse, humilié par trois défaites, traite l’Égypte en pays conquis. L’Égypte de son côté subit avec répugnance le joug des étrangers. De là des révoltes successives pendant lesquelles on ne songe guère à élever des monuments. Le nom de Cambyse se trouve cependant sur quelques stèles de la tombe d’Apis. Darius laisse aussi des traces de son passage à Hamamàt , et. il bâtit même dans l’oasis de Khargth un temple à Ammon. Artaxercès lui-même est cité dans plusieurs légendes, et son nom se lit sur deux beaux vases conservés à la Bibliothèque de Paris et dans le trésor de Saint-Marc à Venise. En dehors de ces rares monuments, les Perses n’ont laissé d'autre empreinte sur le sol égyptien que les mines amoncelées par les fureurs de Cambyse. Nous devons à Manéthon la liste des rois de cette XXV 11"' dynastie.

xrrai-, XÏIX"' et XXX- Dynasties.

Autre période de troubles. L’Égypte est rendue à elle-même ; mais l’ennemi est toujours à ses portes. Ces dynasties travaillées . par tant de germes de dissolution ont pourtant laissé des monuments dignes d’une époque plus florissante. A Philoe, le grand temple est commencé par Nechmébo II ; Nectanébo I ajoute quelques parties aux temples de Médynct-Abou et de Karnak. A •

Memphis, la tombe d’Apis est complétée par ce dernier prince, et un beau pylène est b&ti en avant des souterrains. Acoris , Néphé-

:'.;ès sont des princes qui tiennent aussi à honneur d’embellir de leurs statues et de leurs bas-reliefs les édifices sacrés. Les grands et beau,\ sarcophages de granit que possèdent les Musées de Berlin, fie Paris et de Boulaq sont encore de ce temi)s, et parmi eux on remarquera le sarcophage de Nectanebo 1, enlevé d’ Alexandrie pour être transporté à Londres. Chose remarquable, sous ces dynasties déchues de leur rang politique , rien ne laisse apercevoir encore les traces de cette rapide décadence qui, quelques années après l’occupation des Grecs, va frapper toutes les œuvres de l’art Égyptien.

XXXI'"’ Dynastie.

Les Perses sont de nouveau maîtres de l’Égypte. Cette seconde dynastie persane n’est nommée que dans Manéthon. C’est à peine SI les monuments égy ptiens nous font connaître les noms des rois qui la formèrent.

XXXII°“ Dynastie.

Dynastie macédonienne qui eut pour chef Alexandre le Grand. Ici s’arrêtent les listes de Manéthon, et nous n’avons plus à compter maintenant, pour la formation du tableau chronologique des’ rois, que sur les monuments éclairis et complétés par les récits des écrivains de la tradition clas.siqiie. On trouve dans Pile d’Eléphantine deux montants d’une porte en granit sur lesquels t)ii lit les cartouches d’Alexandre 1. Philippe Aridée, son frère, construisit à Karnak la belle chambre de granit qui occupe, au milieu d’une autre chambre élevée par Thoutmès 111 , la place principale en avant du sanctuaire. Enfin Me.xandre 11 figure comme souverain légitime sur quehiues bas-reliefs qui décorent les murs des temples de Karnak et de Louqsor.

XXXIII*' Dynastie.

. Depuis la XIX™* dynastie, aucune famille royale n’a plus bàli sur les rives du Nil. Non-seulement les Ptolémées ont restauré et complété les anciens sanctuaires, mais ils ont élevé à nouveau des temples.nonibreiix. En Nubie, c’est Dakkeh, Kalabscheh, Deboud, Dandour: c’est surtout Philœ, Ile charmante dont ils ont fait un site peut-être unique au monde. En Ivgypte, on citera Oinbos, modèle d'architecture puissrnte, gâté malheureusement par le mauvais style du temps; Esneh qui serait moins détestable si nous en connaissions les parties enfouies sous la ville moderne; Erment maintenant presque tout entier détruit. Tout en ornant Uexandrie d’édifices somptueux dont nous ne pouvons plus juger aujourd’hui, les Ptolémées n’oublièrent pas non plus Thèbes. Sur la rive gauche, Deir-el-Médyneh et le petit temple situé sur le Itirket-Abou sont do leur lemps; .sur la rive droite, ils fir«it |'•lever la grande porte isolée (jui est tout à fait au nord de Karnak, l’autre porte de même modèle sous laquelle on passe en arrivant de Louqsor au temple de Chons, et enfin le petit édifice situé à côté de ce temple. Que dire de Denderah ? Que dire surtout d'Edfou? Là mûrissent pour la science des moissons de textes inédits, et l’on peut dire avec vérité que les inscriptions qui seront une sorte de résurrection de la mythologie et de la géographie de l'Égypte sous la domination des Ptolémées s'y comptent par centaines de mètres. Enfin, je rappellerai qu’à El-kab, à Môtanah (province d’Esneh), à Akhmin, à Behhit (près de Mahalleh-el-Kebir) et en bien d’autres localités, les noms des Ptolémées se montrent, et qu'il faut aussi leur attribuer la partie la plus belle de la tombe d’Apis à Saqqarah, ainsi que les gigantesques sarcophages qui s’y trouvent. On ne peut parler des monuments qui se rapportent à ces rois sans mentionner le fragmen célébré connu sous le nom de Pierre de RoseUe. Découverte, il y a 65 ans environ, par des soldats français qui creusaient un retranchement près d’une redoute située à Rosette, la pierre qui

porte ce nom a joué le plus grand rôle dans l’archéologie égyptienne. Sur la face principale sont gravées trois inscriptions. Les deux premières sont en langue égyptienne et écrites dans les deux écritures qui avaient cours à cette époque. L'une est en écriture hiéroglyphique réservée aux prêtres : elle ne compte plus que

I !i lignes tronquées par la brisure de la pierre. L'autre est en une écriture cursive appliquée principalement aux usages du peuple et comprise par lui : celle-ci oITre 32 lignes de texte. Enfin, la troisii-me inscription de la stèle &st en langue grecque et comprend 54 lignes. C’est dans cette dernière partie que réside l’intérêt du monument trouvé à Rosette. 11 rtisulte en effet de l’interprétation du texte grec de la stèle que ce texte n’est qu’une version de l’original transcrit plus haut dans les deux écritures égyptiennes. La Pierre de Rosette nous donne donc, dans une langue parfaitement connue (le grec), la traduction d’un texte conçu dans une autre langue encore ignorée au moment où la stèle était découverte. Qui ne voit l’utilité de cette mention? Remonter du connu à l’inconnu n’est pas une opération en dehors des moyens d’une critique prudente, et déjà l'on devine que si la Pierre de Rosette a acquis dans la science la célébrité dont elle jouit aujourd’hui, c’est qu’elle a fourni la vraie clef de cette mystérieuse écriture dont l'Egypte a si longtemps gardé le secret.

II ne faudrait pas croire cependant que le déchillrement des hiéroglyphes au moyen do la Pierre de Rosette ait été obtenu du premier coup et sans tûtonnements. Bien au contraire, les savants s’y essayèrent sans succès pendant 20 ans. Enfin, Chainpollion parut. Jasqu’à lui, on avait cru qtie chacune des lettres qui composent l’écriture hiéroglyphique était un symbole, c'est-à-dire que dans une seule de ces lettres était exprimée une idée complète. Le mérite de Chainpollion a été de prouver qu’au contraire l'écriture égyptienne contient des signes qui expriment véritablement dee son», en d’autres termes qu’elle est alphabétique. Il remarqua, par exemple, que partout où dans le texte grec de Rosette se trouve le nom propre Piolémée, on rencontre à l’en-

droit correspoudant du texte .ég\'plien un certain nombre de signes enfermés dans un encadrement elliptique. Il en conclut : 1° que les noms des rois étaient dans le système hiéroglyphique signalés à l'atloniion par une sorte d'écusson qu’il appela cartouche; 2” que les signes contenus dans cet écusson devaient ^ être lettre pour lettre le nom de Ploléraée. Déjà ddnc, en supposant les voyelles omises, Champollion était en possession de cinq lettres, P, T, L, M, S. D'un autre côté, Champollion savait, d’après une seconde inscription grecque gravée sur un obélisque de Philœ, que sur cet obélisque un cartouche hiéroglyphique qu’on y voit devait être celui de Cléopétre. Si sa première lecture était juste, le P, le L et le T de Ptoléniée devaient se retrouver dans le second nom propre; mais en même temps ce second nom propre fournissait un K et un R nouveaux. Enfin, appliqué à d’autres cartouches, l’alphabet encore très-imparfait révélé à Champollion par les noms de Cléopitre et de Ptolémée le mit en possession d’i peu près toutes les autres consonnes. Comme prononciation des signes, Cham|X)llion n’avait donc pas à hésiter, et dès le jour où cette constatation eut lieu, il put certifier qu’il était en possession de l’alphabet égyptien. Mais restait la langue, car prononcer des mots n’est rien si l’on ne sait pas ce que ces mots veulent dire. Ici le génie de Champollion se donna libre cours. Il s’aperçut en effet que son alphabet tiré des noms propres et appliqué aux mots de la langue donnait tout simplement du copte. Or, le copte h son tour est une langue qui, sans être aussi explorée que le grec, n’en était pas moins depuis longtemps accessible. Cette fois le voile était donc complètement levé. La langue égyptienne n’est que du copte écrit en hiéroglyphes, ou, pour parler plus exactement, le copte n’est que la langue des anciens Pharaons, écrite, comme nous l’avons dit plus haut, en lettres grecques. Le reste se devine. D’indices en indices, Chauipollion procé-da véritablement du connu à l'inconnu, et bienlût l’illustre fondateur de l'égyptologie put poser les fondements de cette belle science qui a pour objet l’interprétation des hiéro-

ijl> plies. Telle est la Pierre tleRost lle. C’est grâce à elle que les iiionumenLs égyptiens ne sont plus aujourd’Inii des objets de vaine curiosité ; c’est par elle que l’Égypte ancienne a repris ■lans l’histoire générale du inonde la place qui lui convient. — l’achèverai l’histoire de la Pierre de lîosette en deux mots. Transportée aussitôt après sa découverte à Alexandrie, elle tomba, , qucique.s mois après, entre les mains des Anglais, qui à leur tour venaient de s’emparer de l’Égi pte, et de là elle fut transportée à Londres, où, avec un grand nombre d’autres monuments pris à l'année françai.se, elle forma le noyau du Musée Britannique.

XXXIV*' Dynastie.

A prés cinq mille quatre cents ans do durée, Ttmpire de .Méiiès succombe, et l’Égypte n’est plus désormais qu’une province de l’Empire Bomain. Les préfets élèveront bien encore à Alexandrie quelques monuments parmi les<iuels on comptera la colonne de Pompée; à Antinoë (aujourd’hui Cheykh-Abâdeh, province de Minyeli), Adrien bâtira toute une ville; il construira à \ntinoiis, son favori, un tombeau digne des anciens rois; il fera pivcéder '•e tombeau de sphinx et d'obélisques (l’un de ces olx'lisques est maintenant à Home sous le nom d’obélisque Barberini) ; à Kalabscheh, à Dandour, h Dakkcli, à Philœ même, à Edfou, à Esneh, à Ermeiit, à Denderah, les empereurs feront bien continuer l’œuvre des Ptolémées. .\ travers celte apparente prospérité, mille signes de décadence s’aperçoivent déjà. Le bel art des Khoufou, des Ousertasen, des 'nioutniès, des Ramsès, des Psammitichus, devient de jour en jour plus grossier : les coutumes, la langue, l’écriture, tout se modifie. Comme un vieillard que la décrépitude a frappé, l’Égy|)te s’avance en chancelant vers son dernier jour, et sous Théodose elle finit par succomber.

Le but que nous nous sommes proposé dans cet Appendics sera atteint si, après les détails que nous venons de donner, le

lecleur rosie bien convaincu d’une chose : que l'hisloire d'Égypte, si longue, si iiuércssanie, si traversée 'd'accidents divers qu’elle soit, est une histoire vraiment digne de ce nom, cl que nulle peut-être n’a pour elle un ensemble plus complet de preuves monumentales.

l'IN

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