‹ Aperçu des différentes méthodes de traitement employées à l'hôpital de l'université de Christiania contre la syphilis constitutionelleChapitre 2 sur 8 · I. La Syphilisation · texte numérisé non relu

I. La Syphilisation

Nous gardons encore ce nom, d’abord par jéstme pour son inventeur Monsieur Auzias Turenne et ensuite parce que ce nom décrit la méthode tout aussi bien que les autres qu’on a proposés.

Il y a, comme nous l’avons déjà dit, presque onze ans que Monsieur le professeur W. Boeck fit les premiers essais de cette méthode à l’hôpital de l’université de Christiania. Depuis ce temps elle s’est considérablement modifiée.

La persévérance avec laquelle ces expériences ont été faites, la ponctualité et l’impartialité avec lesquelles les résultats ont été observés et jugés; nous ont fait connaître les avantages et les défauts de cette méthode et ont fait substituer aux essais incertains des premiers syphilisateurs une méthode curative sûre et infaillible.

Indications.

Les cas de la syphilis qui semblent surtout propres à ce traitement, sont les symptômes constitutionnels récents. Plus la maladie est nouvelle quand le traitement commence, plus les résultats semblent favorables. Comme règle générale, on peut dire que le traitement ne doit commencer avant que les premiers signes de la maladie constitutionnelle ne se soient montrés, caries signes qui indiquent qu’une affection primitive passera en constitutionnelle ne sont pas toujours assez sûrs même pour le plus expérimenté.

Plus l’atfection constitutionnelle est vieille avant que le traitement ne soit commencé plus elle est d’ordinaire résistante et plus il semble se montrer de récidives. Ceci a surtout lieu pour les affections appelées tertiaires ; elles disparaissent certainement aussi pendant le traitement, quoique plus lentement. Dans ces cas on y joint d’ordinaire l’iodure de potasium. Du reste le nombre de malades traités pour cette affection a été peu considérable dans les dernières années.

^D’après les expériences de Monsieur Boeck tout traitement préalable de mercure dérange les effets de la syphilisation et rend la durée des inoculations irrégulière. C’est pour cette raison que ces cas n’ont pas été traités par la syphilisation dans ces dernières années.

La syphilisation est employée n’importe à quel âge, même pour les plus jeunes enfants; elle est employée pour tons les tempéraments, pour toutes les constitutions même les plus faibles; elle est employée encore dans les maladies aigues et dans les couches et il n’en arrive jamais d’accidents, mais il arrive parfois une autre circonstance qui empêche les effets du traitement, c’est que les inoculations ne prennent pas; ceci arrive souvent chez les enfants atrophiés, atteints d’une syphilis héréditaire efe-chez les adultes quand il intervient une maladie qui affaiblit l’organisme, par ex. la fièvre typhoïde et en

général toutes les maladies accompagnées de fièvre. Le traitement en est prolongé et on a également remarqué, qu’interrompu par une autre maladie, il est plus souvent suivi de récidive que s’il a eu son cours régulier.

L’état cachectique et les maladies qui attaquent la santé en général exercent une influence fâcheuse sur le développement des symptômes syphilitiques et la maladie prend quelquefois dans ces circonstances un caractère plus grave. C’est alors qu’il arrive que les inoculations ne prennent pas pendant longtemps. Ces complications ne sont pas regardées comme des contre indications, mais elles demandent naturellement outre le traitement contre la syphilis un traitement à part. Même les cas les plus graves de la syphilis, la syphilis aigue (maligne) ont été traités par la syphilisation avec succès.

Il est bien possible que certaines maladies, par ex. le scorbut, peuvent influencer le cours du traitement en occasionnant du phagédénisme dans les ulcères artificiels, mais ceci n’a pas été- observé dans les trois dernières années et dans les quelques cas qui ont été observés avant, on a vu qu’une continuation du traitement était le plus sûr moyen d’arrêter le phagédénisme et de faire cicati-ises les ulcères.

Manière dont on fait les inoculations.

Au commencement quand la méthode était nouvelle on faisait les inoculations sur les cuisses et les bras, en commençant par les cuisses. Les chancres qui se formaient obtinrent cependant souvent une grandeur considérable et laissèrent de grandes cicatrices. Dans les dernières années Monsieur Boeckaintroduit la règle d’appliquer les inoculations d’abord sur les côtés du thorax et sur l’abdomen et de- commencer sur les bras seulement quand les effets sur ces parties étaient devenus faibles et de finir sur les cuisses. Par ceci on obtient que les premières inoculations, qui sont toujours les plus grandes en circonférence ne dépassent pas une certaine grandeur (d’ordinaire six à dix millimètres de diamètre) et deviennent moins gênantes pour le malade. Les inoculations qui sont faites plus tard sur les bras et les jambes deviennent ordinairement petites et superficielles. Par prudence on éloigne au commencement les inoculations autant que possible les unes des autres pour qu’elles ne forment pas de plus grands ulcères en se joignant de manière que pendant les dernières années il n’est pas arrivé une seule fois qu’il se soit formé un ulcère gênant par sa grandeur.

Dans les circonstances ordinaires on fait six inoculations tous les trois jours c’est-à-dire trois de chaque côté du corps. La matière des inoculations nouvelles se prend toujours des dernières inoculations aussi longtemps que

celles-ci veulent prendre, et c’est seulement quand la matière ne montre plus

aucun effet qu’on a recours à une nouvelle.

Le plus souvent la première matière peut-être employée dans quinze à vingt générations, et quelquefois plus. Ce nombre est assez régulier dans les circonstances ordinaires, mais peut changer un peu en partie par des propriétés qui semblent inhérentes à la matière même et en partie par l’individualité de celui chez lequel elle est inoculée. Si la matière qui est introduite la première, s’est montrée inoculable pendant assez long-temps, alors une nouvelle matière fait peu d’effet et donne après un temps assez court des résultats négatifs.

Plus on contin-ue plus les effets de l’inoculation deviennent faibles jusqu’à ce qu’on arrive à un point où toute matière produit seulement des pustules avortées ou rien du tout. Ceci arrive ordinairement après trois mois, mais peut arriver plutôt. Rarement le temps est plus long quoique en certains casse prolonge jusqu’à quatre, cinq et même six mois. Ceci peut avoir sa raison ou dans une plus grande réceptivité chez l’organisme à recevoir la matière ou parce que les premières inoculations ont produit peu d’effet ayant été dérangées par des maladies débilitantes ou d’autres causes en partie inconnues.

Quand l’inoculation ne produit plus d’effet le traitement cesse naturellement de soi-même. D’ordinaire les symptômes syphilitiques sont aussi disparus, il reste seulement à faire cicatriser quelques ulcères artificiels qui pourraient encore rester. Ces ulcères sont ordinairement livrés à eux-même, les croûtes qui se sont formées restent et la guérison s’opère par-dessous. Quelquefois cependant l’ulcération devient si forte qu’on doit la modérer en otant les croûtes au moyen de compresses humides par lesquelles les ulcères restent couvertes. On fait bien de remarquer ceci à temps car autrement un ulcère non cicatrisé peut retenir le malade à l’hôpital plus longtemps qu’il en faut; car ici personne ne peut quitter l’hôpital avant que les ulcères artificiels soient guéris.

Parfois il arrive que le traitement étant fini il reste encore quelques symptômes syphilitiques. Ce sont ordinairement des tubercules muqueux aux organes génitaux ou des excoriations dans la bouche. Ces symptômes disparaissent ordinairement très-vite par un simple traitement local, le plus souvent par une faible application de- nitrate d’argent.

Les malades ne sont pas souvent visités pendant le cours du traitement et on laisse exprès les symptômes avoir leur cours pour observer l’influence que le traitement exerce sur eux, mais on fait bien vers le fin d’employer des moyens locaux pour éloigner ce qui pourrait rester. En cas contraire on s’expose à prolonger inutilement le traitement.

Pour éviter de vilaines cicatrices et pour rendre la guérison des ulcères artificiels plus prompte on les cautérisé quelquefois vers la fin du traitement avec le nitrate d’argent.

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Voilà la méthode régulière, mais il existe des cas, comme nous l’avons déjà dit, dans lesquels cette marche régulière des inoculations n’est pas obtenue et il faut alors modifier le traitement. Ceci est surtout le cas quand les inoculations des le commencement ou très-tôt pendant le traitement donnent un résultat négatif par ex. chez les enfants atrophiés.

Dans ces cas l’expérience a montrée qu’on doit inoculer avec des intervalles plus courts même tous les jours et alors naturellement avec de nouvelle matière jusqu’à ce qu’il se forme des pustules.

Quand on fait de cette façon, on observe qu’en effet les pustules commencent à se former après l’inoculation et souvent il arrive, ce qui est trèscurieux, que les inoculations faites pendant longtemps sans résultat se forment subitement en pustules qui mûrissent en même temps et obtiennent la même grandeur. Ce cas se présente souvent chez les enfants et quelquefois chez les adultes. Quelquefois les premières inoculations donnent peu d’effet et les pustules sèchent sans laisser d’ulcères pendant que les inoculations suivantes prennent peu à peu et se développent dans plusieures générations jusqu’à ce que la diminution ordinaire revienne; le traitement semble dans ces cas se prolonger un peu.

Quelquefois mais très rarement chez les personnes adultes et saines du reste, l’immunité pour les inoculations se montre après qu’elles ont produit peu d’effet ou des ulcères superficiels. Ce phénomène, qui arrive quelquefois sans que l’on puisse en découvrir la cause, est très difficile à expliquer au point ou en est la science actuellement, mais les phénomènes syphilitiques disparaissent cependant et demandent au plus un traitement local.

La matière qui est employée aux inoculations fut prise les premières années indistinctement des chancres infectants et non infectants et des bubons suppurants. Dans les dernières années après que les doctrines dualistes ont commencé à s’introduire entre les syphilidologues, la matière employée a été prise des chancres infectants. Cette matière s’est montrée toute aussi inoculable que la matière prise des chancres non infectants et elle parcourt autant de générations; peut-être même est elle plus sûre et plus régulière dans ces effets. Il est d’ailleurs trop tôt de juger si l’on en obtient un traitement plus prompt.

Nous remarquerons pour finir que le malade est très bien nourri et le plus souvent reste toute la journée levé.

Les phénomènes qui se montrent pendant la syphilisation.

Nous avons déjà parlé de quelques-uns de ces phénomènes comme la îdiminution graduelle des ulcères artificiels et l’immunité ou l’absence d’éff'et des inoculations.

Il sera cependant nécessaire de revoir ces phénomènes qui outre l’effet

curatif ont un grand intérêt physiologique, La diminution graduelle des * ulcères artificiels est, comme nous l’avons déjà dit, un phénomène constant qui se modifie très rarement et ordinairement alors par des causes très visibles.

Il est démontré par des expériences avec la matière chancreuse inoculable, que celle-ci quand elle est mélée avec une matière indifférente, de l’eau par ex., occasionne peu d’effet et que si l’on prend une plus grande proportion d’eau (une partie de matière sur dix d’eau) les pustules ne se forment ordinairement pas du tout par l’inoculation. Ce mélange de la matière chancreuse existe certainement souvent quand on prend la matière avec la lancette des ulcères naturels surtout quand ceux-ci ont été couvefts de compresses d’eau ou quand ils sont situés sous le pli d’un muqueuse par ex. sur le gland et se mêle avec la secrétion d’une balanite.

On observe quelquefois dans ces cas qu’une telle matière donneàla première génération des pustules très-petites ou même avortantes, mais la matière prise de celles-ci est cependant inoculable dans plusieures générations et occasionne des pustules et des ulcères de plus en plus grands. On remarque aussi souvent que les premières ulcères sont presque guéris sans laisser de cicatrices pendant que les ulcères postérieurs sont dévenues de plus en plus grands. Cette circonstance ne se continue cependant que dans quelques générations et la diminution régulière arrive comme toujours. Cette particularité est donc uniquement occasionnée par l’état de la matière.

Il arrive quelquefois que la matière employée débute très fortement, mais se perd très vite et cesse d’occasionner des pustules après avoir passé quelques générations. Ceci peut dépendre de la matière employée et peut-être de particularités chez l’organisme chez lequel on inocule.

Il n’est pas rare de voir arriver chez les personnes adultes des cas semblables à ceux dont nous avons déjà parlé comme se présentant chez les petits enfants ; les inoculations semblent pendant quelques temps ne pas donner de résultats et puis tout-à-coup toutes ces inoculations, qui ont cependant été faites avec plusieurs jours d’intervalle se développent simultanément en pustules, ce qui prouve certainement un état particulier chez l’organisme malade, mais nous ne sommes pas encore en état d’en expliquer les vraies causes.

Le grandeur des pustules et ulcères est assez différente chez les différentes personnes même si les inoculations ont été faites avec la même matière. Chez les uns les ulcères artificiels même les premiers deviennent assez petits, superficiels et se guérissent vite; chez les autres ils peuvent devenir très grands et très profonds, mais dans les deux cas ils suivent leur cours ordinaire quoique l'immunité puisse arriver plus vite chez les premiers. Il semble donc qu’il y ait dès le commencement une différence dans la réceptivité ou la faculté de multiplier le virus syphilitique chez les différents organismes.

Quelquefois ce peu de réceptivité se montre seulement comme un phénomène temporaire occasionné, ou par un affaiblissement de l'organisme par l’intervention d'une maladie passagère ou une mauvaise hygiène, ou même assez souvent par l'état chloro-anæmique qui est occasionné par l'éruption de la syphilis constitutionnelle.

Dans ces cas on doit faire cesser l’état d’immunité temporaire (par ex. par du quinine, du fer et une bonne nourriture); on remarque souvent alors que les inoculations, quand elles recommencent à prendre, donnent plus de résultat et peuvent se continuer pendant plus longtemps que d’ordinaire et prolonger le traitement.

Les ulcères artificiels affaiblissent peu le malade, même s’ils suppurent très fort et atteignent une grandeur considérable, il gagne au contraire meilleur mine, surtout, si le traitement est commencé après que le début de la maladie même a eu le temps d’exercer son influence affaiblissante ordinaire; mais s’il arrive que 1 abondance de la suppuration et la grandeur des ulcères exercent une certaine influence affaiblissante sur le corps, l’expérience nous a montré que le meilleur moyen de faire cesser cet état de chose et de faire cicatriser | les ulcères est de continuer les inoculations sans interruption.

Des bubons suppurants par suite des ulcères artificiels sont très rarement remarqués, n importe si la matière est prise des chancres moux ou indurés; ceci est une observation qui est si ancienne qu’elle fut déjà citée par Mr. Ricord dans sa première défense de la légalité de l’inoculation comme essai. D un autre côté j’ai remarqué dans ces derniers temps un autre phénomène qui mérite quelque attention. Des bubons indolents se montrent souvent après les premières inoculations que 1 on fait ordinairement sur les côtés. On remarque souvent ces petites glandes mobiles et indolentes suivjant le contour du muscle pectorale. Ils se forment ordinairement quelques centimètres au dessus des ulcères artificiels et souvent les vaisseaux lymphatiques montants durcissent. De nouvelles glandes se tumifient et à la tin on sent une série de noeuds comme un chapelet qui finit dans l’aisselle par une groupe de petites glandes indurées.

Rous ne savons pas encore si ces bubons peuvent résulter de l’inoculation de la matière d’un chancre non infectant, car dans les observations qui ont été faites la matière a été prise d un chancre infectant. Ils semblent se

Îldévelopper le plus souvent quand le traitement a commencé immédiatement après ue les symptômes de la syphilis constitutionnelle se sont montrés, c’est-à-dire uand la maladie est nouvelle. Ils réstent ordinairement sans changer pendant Dngtemps et disparaissent ou diminuent vers la fin du traitement.

On ne pourra guère démontrer une induration caractéristique des ulères artificiels. Il arrive sans doute de temps à autre que la base d’une

cicatrice dévient dure, on peut quelquefois la sentir comme un disque ou comme une balle aplatie, mais on ne peut pas dire si cette éspèce d'induration est la même que l’induration spécifique des chancres indurés ou seulement la suite d'une simple inflammation comme une furoncle ordinaire. Quelquefois cette dureté persiste cependant assez longtemps et même après que Tulcère est presque cicatrisé.

Quand on continue à inoculer pendant plusieures générations à l’endroit où on a commencé, par exemple sur la poitrine et l’abdomen, les pustules déviennent comme nous l’avons déjà dit assez petites et laissent des ulcères superficiels ; la matière qui en est prise donne alors pendant quelques générations d’assez grandes pustules sur les bras, et quand reflet ici a commencé à . diminuer on peut en prenant la matière des dernières inoculations encore produire des pustules et des ulcères sur les cuisses. Ces pustules n’atteignent cependant jamais la même grandeur que les premières inoculations sur la poitrine et sont encore beaucoup plus petites que si les inoculations étaient faites d’abord sur les cuisses.

La réceptivité du virus est donc plus grande sur les cuisses que sur les bras et plus grande sur ceux-ci que sur le corps.

Si la première matière qui est employée prend très fort et peut se continuer dans beaucoup de générations (plus de vingt par ex.) sans que l’on doive passer aux bras, alors l’efl'et sur ceux-ci devient très faible, même si l’on emploie une nouvelle matière ; et quand la matière finira d’agir aussi sur les bras elle produira seulement des petites pustules sur les cuisses et dans peu de gé- t nérations avant que toute action cesse.

Si l’on veut on peut aussi, en continuant les inoculations pendant

nouvelles matières à temps, obtenir que l'ettet sur les cuisses devienne presque nul, même avec la matière la plus intense ; on a remarqué souvent ceci même chez des malades chez lesquels la réceptivité se montrait très grande au commencement et qui semblaient avoir une santé florissante.

On remarque souvent que les inoculations vers la fin du traitement produisent des ulcères qui se distinguent des autres non seulement par leur étendue et leur profondeur peu considérable, mais aussi parce qu’ils sont entourés d’une aréole plus forte et plus foncée et parcequ’ils sont aussi plus douloureux. A la fin il ne se forme pas même de pustules, mais l’épiderme, s’étant elevé un peu à cause d’une matière liquide et limpide, se brise vite et laisse une excoriation qui se couvre d’une mince croûte adhérante. Cette excoriation se trouve alors sur une partie de la peau un peu infiltrée, très inflammée et très rouge, qui peut se lever un peu et ressemble à une papule plate. Cet éspèce d’ulcère, qui ne se montre d’ailleurs jamais qu’à la fin du

traitement ressemble très fort à certains chancres infectants, c’est-à-dire à ceux qui se forment après une incubation plus longue et qui sont peut-être occasionnés par l’inoculation de la matière des phéuomènes secondaires.

Quelquefois ces petites pustules qui arrivent vers la fin du traitement se développent seulement après une incubation de cinq à six jours et quelquefois plus. A la fin quand les inoculations ont été continuées pendent assez longtemps il arrive une période, dans laquelle on n’obtient aucun effet, même avec la matière la plus forte. On ne voit que la petite croûte de sang séché après le coup de lancette ou tout au plus une petite tache rouge qui disparait de suite.

Le temps nécessaire pour atteindre ce résultat, quand on inocule avec soin tous les trois jours comme nous l’avcns décrit, n’est que de trois mois ordinairement, mais peut devenir un peu plus long si le malade a une grande réceptivité. Il serait très rare de voir ce temps se doubler.

On ne peut pas encore dire avec certitude combien de temps cette immunité dure. C’est probable que le temps soit différent chez les différents individus, mais que la réceptivité revienne cependant chez la plupart quoique après très longtemps.

Chez quelques malades qui sont revenus avec des récidives après avoir été traités par la syphilisation on a essayé d’inoculer de nouveau, mais le plus souvent sans qu’il ait été possible de produire des ulcères. Les rares pustules qui se sont formées sont séchées sans ulcération, et on n’a pas réussi à produire que une série d’inoculations quelque peu longue.

Dans quelques cas rares on a vu que la réceptivité pouvait être plus grande, mais on a remarqué alors que les récidives ont été plus fortes et que le premier traitement n’a pas été complètement achevé.

C’est cette immunité constante qui est le phénomène le plus curieux de la syphilisation. Son existence ne peut pas être niée, mais elle est difficile à expliquer, quoiqu’on puisse montrer certaines analogies entre ce phénomène et d’autres bien connus, p. ex. les exanthèmes aigus qui développent une matière virulente.

Un organisme ayant été attaqué d’une variole, se trouve dans un état d’ans lequel une seconde introduction du virus ne produit pas les effets locaux ordinairs 0a formation de pustules); l’inoculation renouvelée ne produit point cette série, par laquelle l’organisme a déjà passé et qu’en analogie avec la syphilis nous pouvons appeler des symptômes constitutionnels.

On peut dire qu’il s’est développé dans l’organisme une diathèse qui le domine pendant longtemps et qui ne peut être doublée ni multipliée plus qu’une autre diathèse par l’inoculation renouvelée; elle peut cependant disparaître après quelque temps, et alors la réceptivité recommence,

Le virus syphilitique ayant été introduit dans l’organisme, il produit une série de symptômes dont l’un anticipe rarement l’autre si la maladie est laissée à elle-même. Ils se suivent ordinairement avec une certaine régularité mais traînent pendant un temps proportionellement très-long.

Il arrive de temps en temps quand l’organisme est d’ailleurs sain, que les symptômes constitutionnels disparaissent sans aucune espèce de traitement, après avoir parcouru les premiers degrés, et sans qu’il ne se montre plus tard aucun symptôme de la maladie. On est cependant autorisé à croire que la diathèse existe toujours, au moins pendant très longtemps, si toutefois comme la diathèse variolique elle puisse disparaître après un lapse de temps de plusieurs années.

Un tel organisme ressemble pour autant à celui qui a passé la variole, que les symptômes constitutionnels ne peuvent plus passer par la même sérié qu’ils ont déjà parcourue; mais c’est aussi là pour le moment les seules analogies entre ces maladies. Un organisme qui a passé la variole n’est pas exposé, qu’on sache, à une nouvelle éruption de la diathèse, donnant des symptômes, qui peuvent être considérés comme la continuation de la première série; la diathèse reste latente et le seul indice de sa présence est l’immunité, dont nous avons déjà parlé.

L’organisme au contraire, qui a passé la première série de symptômes de la syphilis constitutionelle n'est pas par là sauvé d’une continuation des effets de la diathèse ; il peut être attaqué de nouveaux symptômes, qui montrent a son tour, quand on ne les dérange pas par un traitement quelconque, une sériation assez régulière, et cette nouvelle série de symptômes est le plus souvent d’une nature beaucoup plus sérieuse que la première.

Ceci, en même temps que le cours plus lent des symptômes, est la différence essentielle entre les exanthèmes virulents aigus et la syphilis. Dans quelques cas, qui sont heureusement maintenant assez rares, mais qui semblent avoir été jadis plus fréquents, la syphilis prend un cours plus aigu et ces ressemblances et dissemblances se montrent alors avec plus de netteté. Après le temps ordinaire pour l'incubation du virus il se montre un exanthème, qui ressemble presque à l’exanthème variolique par sa régularité, et les autres symptômes constitutionnels se développent en même temps (tumeur des glandes, angine, iritis) mais la maladie ne s’arrête pas par là.

Après un temps assez court (un à deux mois) il se développe des ulcères serpigineuses ; les parties plus profondes sont attaquées, même le périoste, et on observe simultanément dans une série continue tous les symptômçs qui viennent habituellement plus tard, (vérole galoppante, la’syphilis aiguë).

Souvent la maladie, en prenant ce caractère, et en étant laissée a ellemême occasionne la mort. Sinon elle repasse ordinairement à un état plus chronique.

La diathèse syphilitique, outre cette tendence à recommencer par de nouveaux symptômes, montre encore une autre particularité par laquelle elle se distingue des exanthèmes aigus. C’est que l’organisme syphilitique conserve la réceptivité pour les effets locaux de la matière virulente. Ceci a été nié dans le dernier temps, par des auteurs qui semblent s’appuyer et sur les expériences et sur la théorie. C’est ainsi qu’on a conclu, après plusieurs expériences non réussies d’inoculer la matière d’un chancre infectant dans un organisme sous l’influence de la diathèse syphilitique, que les choses se passent ici comme pour les exanthèmes aigus, c'est à dire, que la reproduction locale du virus par l’inoculation est impossible.

Il a été complètement démontré par une masse d’expériences faites à l’hôpital de l’université, que la matière du chancre infectant se laisse parfaitement inoculer et multiplier pendant une longue série de générations dans l’organisme syphilitique, de manière que ceci doive être régardé comme une chose certaine, d’autant plus que nous employons tous les jours la secrétion des chancres qui sont dérivés de chancres infectants, pour la syphilisation.

Il se manifeste donc ici une différence encore plus grande entre le virus syphilitique et celui qui se produit par les exanthèmes aigus.

Cependant — et ceci est certainement le fait le plus important qui ait été découvert par la syphilisation — par inoculation méthodiquement continuée du même virus la réceptivité se perd à la fin, les inoculations restent sans résultat, comme celle de la matière variolique, sur un organisme qui est sous l’influence de cette diathèse, et on a au moins pour quelque temps parvenu à faire ressembler ces deux diathèses. Quand on remarque de plus, que les symptômes, par lesquels la diathèse se montre, disparaissent, sans autre traitement, par l’inoculation, la ressemblance paraît encore plus frappante.

Nous avons dans les deux cas une maladie spécifique, dont les symptômes disparaissent pendant le développement et la multiplication d’une matière virulente, pendent qu’il se développe en même temps une immunité, locale et universelle, d’une nouvelle action de ce virus.

La seule différence est donc que 'l’une se passe en quelques jours, l’autre en quelques mois, que l'une se passe d’elle-même, tandis que l’autre a besoin de l’assistance de l’art. Mais on ne peut pas blâmer ce fait. Au contraire, l’art célèbre ces plus grands triomphes en aidant la nature.

Nous venons d’essayer de montrer les analogies qui existent entre la syphilis, marchant régulièrement sous un traitement de syphilisation, et les exanthèmes aigus; en adoptant cette manière de voir, on ne trouvera rien d’extraordinaire et encore moins quelquechose d'irrationnel dans la syphilisation.

Nous avons encore une analogie sur laquelle nous pouvons nous appuyer, Pendant les premières périodes de la syphilis aiguë dont nous avons

déjà parlée, pendant que l’organisme est dominé par l’éruption violente des symptômes constitutionnels, l’inoculation des chancres ne réussit point. On peut faire tirer des vésicatoires et des emplâtres stibiés, et dans de pareilles circonstances ils tirent même plus qu’il ne soit désirable, mais la matière chancreuse ne montre aucun effet local, complètement en analogie avec la variole. La maladie étant plus avancée, et les symptômes prenant un charactère plus chronique, les inoculations reprennent leur effet et leur cours ordinaire, et nous pouvons ajouter, leur effet guérissant.

Il nous reste encore à traiter nne particularité importante de la diathèse syphilitique, qui n’a aucun rapport avec la syphilisation, mais dont il faut parler cependant pour ne pas occasionner des malentendus.

La diathèse syphilitique se distingue de celle produite par la variole par la faculté de se transmettre souvent, quoique pas toujours, aux enfants, après être restée latente pendant une longue série d’années.

Cette faculté est probablement conservé aussi longtemps que la diathèse existe encore, c’est à dire aussi longtemps que l’organisme n’est pas capable de reproduire d’après une nouvelle infection, la série de symptômes de la maladie depuis son commencement.

Si on vaccine une femme peu avant la conception, ou pendant la grossesse, l’enfant naîtra pourtant avec la même réceptivité pour la variole et la vaccine, que si on n’avait rien fait, et ce n’est que dans des cas très-rares que le fétus est attaqué de la variole en même temps que la mère, ce qui peut s’expliquer plutôt par la contagion que par l’héritage.

On voit au contraire que l’enfant hérite la diathèse syphilitique; il en est attaqué des symptômes ou dans l’état de fétus, ou plus ou moins longtemps après la naissance. Mais quelquefois il y a des exceptions et l’enfant reste sain.

Nous ignorons encore ce qui occasionne ces cas heureux dans lesquels les lois d’hérédité semblent dormir. Le traitement par lequel les symptômes ont été chassés chez les parents ne semble avoir grande influence. On voit souvent — et chacun qui a un peu d’expérience de ces choses en sera d’accord qL1e justement les femmes, qui souffrent des symptômes de la diathèse, mettent des enfants sains au monde, surtout quand ces symptômes appartiennent à la série appelée tertiaire, tandis que celles qui jouissent d une santé florissante, et chez lesquelles la diathèse est latente, mettent au monde des fétus pouris, ou bien des enfants qui sont plus tard attaqués de la syphilis héréditaire. ’ On ne peut donc pas- avec raison demander à la syphilisation qu’elle prévienne l’hérédité de la diathèse; celle-ci suivra les mêmes lois naturels malgré le traitement; mais on peut espérer, que si la diathèse peut disparaître après plusieurs années, les enfants peuvent aussi alors naître

sains. On a autant et peut-être plus de droit de supposer une disparition graduelle de la diathèse après le traitement par la syphilisation qu’ après tout autre.

II. La méthode par dérivation et les autres méthodes non spécifiques.

Nous pouvons traiter ces méthodes simultanément, car elles ont peu d’importance et laissent la maladie à elle-même. D’ailleurs on les combine et on les emploie simultanément.

La méthode par dérivation est fondue sur l’opinion que les ulcères suppurantes sur la surface du corps contribueraient à épuiser la matière malade qu’on suppose exister dans l'organisme syphilitique. On espérait de cette façon obtenir des résultats semblables à ceux qui se montrent après l’application d’ulcères spécifiques par la syphilisation. Cette opinion qui sort évidemment des doctrines de la pathologie humorale, ets d'ailleurs très vieille. Elle se retrouve déjà chez les auteurs les plus anciens qui ont traité la syphilis. Coradinus Gilinus (1497) recommende, le traitement fini, d’appliquer le cautère actuel sur la suture coronale pour extraire les derniers restes de la maladie.

Je ce crois pas qu’on ait employée la méthode par dérivation, au moins pas en grand, avant que Mr. le docteur Hjort l’introduisît comme essai à sa section de l’hôpital, ou elle a été employée pour un très grand nombre de cas, dans l’espace des dernières six années. Il a employé simultanément la diète, la décoction de salsepareille et des pilules de ciguë.

Enfin on a employé dans quelques cas la décoction de salsepareille seule, principalement comme moyen sudorifique.

Indications.

On ne peut pas en donner avec autant de sûreté pour cette méthode que pour la syphilisation, parce que les expériences ne sont pas encore assez nombreuses et variées pour en conclure avec certitude. Mais de l’expérience aquise on peut toujours se former une idée des cas qui doivent être traités par cette méthode avec quelque chance de succès.

Comme pour la syphilisation un traitement mercuriel préalable semble retarder la guérison, ou rendre le résultat incertain. Des cas vieux de la syphilis constitutionnelle ne sont probablement pas très influencés par ces méthodes au moins pas par la dérivation, plutôt peut-être par la diète et la décoction de salsepareille.

Chez les petits enfants, et chez les personnes faibles, surtout quand il y a complication par des maladies d’organes plus importants’ ce traitement ne peut guère être employé.

On ne peut pas non plus l’employer pour une syphilis plus ou moins aiguë, surtout quand les éruptions sont abondantes et accompagnées d’une forte suppuration.

L’expérience a démontré, que les cas neufs de syphilis constitutionnelle qui ne montre pas de symptômes trop forts, surtout quand le malade est sain d’ailleurs, disparaissent le plus facilement par l’application de ces méthodes, et on verra plus tard plusieurs de ces cas, dans lesquels la maladie semble complètement guérie.

La manière d’appliquer le traitement.

On applique ordinairement un emplâtre stibié de treize à quinze centimètres de longueur sur dix de largeur entre les épaules. Après un temps qui peut varier de quelques jours à une semaine ou plus, il se développe des vésicules et des pustules. Alors on ôte l’emplâtre et on applique un cataplasme. Quand les ulcères formés commencent à guérir, on les fait cicatriser complètement au moyen d’un onguent. On applique ensuite des emplâtres pareils, mais un peu plus petits, sur les deux bras. On les traite de la même façon et quand les ulcères sont cicatrisés, on commence sur les cuisses.

D’ici on repasse au dos et ainsi de suite jusqu’ à ce que les phénomènes syphilitiques ont disparus. Il passe ordinairement trois semaines entre chaque nouvelle application d’emplâtre. Comme on voit, ce traitement est excessivement simple, et demande peu d’attention.

Les malades sont très bien nourris quand ce traitement est appliqué seul.

On joint quelquefois à ce traitement une diète qui consiste à donner au malade, pendant une semaine journellement 200 grammes de pain, et 200 grammes de viande rôtie. Ensuite pendant six semaines 120 grammes de chaque sorte et à la fin pendant une semaine 200 grammes. En même temps on emploie la décoction de salsepareille et des pilules de ciguë.

Le traitement par la sueur consiste à donner journellement au malade vingt-quatre onces de décoction de salsepareille Le malade doit en boire la moitié chaude le matin après avoir été enveloppé dans des draps de laine, le reste pendant le courant de la journée. Il s’en suit une sueur abondante, surtout dans les mois d’été. On a voulu essayer, vers midi quand le malade se lève, d’émployer des douches froides; mais le manque de place et d’appareils à l’hôpital ont rendu et ces expériences incomplètes.

Le traitement par la sueur a été employé sans discontinuer pendant un mois, et plus tard répété, avec de courtes pauses, une ou plusieurs fois

selon les circonstances. Au même temps on a pris soin de rendre les selles abondantes avec des laxatives sil est nécessaire.

Les moyens locaux ordinairs, surtout la cautérisation avec le nitrate d’argent, ont été employés, principalement contre des tubercules muqeuses et des ulcères dans la gorge.

Les phénomènes qu’on observe pendant le cours de ces traitements.

On doit rémarquer d’abord, que ces traitements ne sont employés ni chez les petits entants ni pour les cas les plus violents de la syphilis.

Pour une grande partie des cas traités les symptômes ont disparus par l’application de l’une ou de l’autre de ces méthodes, sans qu’on n’ait remarqué de récidives après plusieurs années. Cela est arrivé le plus souvent dans les cas ou la méthode par dérivation a été employée seule.

La santé des malades s’améliore ordinairement pendant ce traitement et et ils ont très-bonne mine en quittant l’hôpital.

La diète et encore plus le traitement par la sueur, affaiblissent un peu les malades, et il arrive que l’état de faiblaisse qui accompagne les prémiers phénomènes constitutionnels se développe si fort, qu’on est forcé d’employer des moyens roborants.

Par un sage continué d’une forte décoction de salsepareille il résulte quelquefois un peu d’irritation dans les muqueuses des voies digestives, et surtout des gastrites ou des gastralgies, ce qui nécessite quelquefois une suspension au moins temporelle du traitement.

Les phénomènes syphilitiques disparaissent le plus souvent graduellementaussi par l’application de ces méthodes.

On rencontre cependant des cas plus opiniâtres, dans les quels les récidives se suivent, et on doit quelquefois avoir recours à d’autres ci moyens pour atteindre la guérison ; dans le dernier temps ces cas ont été traité par l’iodure de potassium ou par la syphilisation.

On comprendra bien que ces méthodes sont peu actifs, et que le traitement est surtout exspectative et symptomatique. La suppuration produite par les emplâtres stibiés n’est pas très abondante et ne peut certainement pas avoir grande influence sur une diathèse si enracinée dans l’organisme que la diathèse syphilitique. On ne peut pas non plus attribuer un grand effet à la diète ; c’est un moyen ancien, qui a été essayé assez souvent on peut dire le même de la salsepareille.

On peut en employant ces méthodes observer le développement et le cours de la maladie comme ils se montrent, quand elle est laissée à elle même, dans des circonstances favorables, et sous un traitement symptomatique.

Nous passons ensuite aüx résultats de ees différentes méthodes en donnant dabord un apperçu des cas traités. Nous avons donné lmo : les cas traités par Monsieur W. Boeck par la syphilisation et dans lesquels on n’a pas eu de traitement mercuriel préalable, 2do: les cas traités par Monsieur le docteur Hj ert, par la dérivation, la diète et la sueur, aussi sans traitement mercuriel préalable.

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