Exclamations ordinaires, jurons, serments
Les musulmans , tout imbus d’idées religieuses,
jettent souvent dans leur conversation des exclamations où Pieu, le prophète, le Coran, sont invoqués ou célébrés. Ils sont très-portés à faire des serments ; ce sont en général ces objets de leur respect qu’ils prennent à témoin. Ils prononcent souvent le mot ouallah (par Dieu). Avant de commencer quelque chose, ils s’écrient ordinairement: «Au nom de Dieu l’indulgent, le miséricordieux, >• et, après avoir terminé : « Honneur à Dieu. » «Dieu est bon, » disent-ils souvent, « Allah kerim. » Ils ne parlent jamais d’un événement futur sans dire d’abord : «Si c’est la volonté de Dieu, in-challali, » et d'un événement passé sans ajouter : «Dieu sait tout, Allaou dalem. »
Les musulmans ne blasphèment jamais ; les imprécations contre la Divinité les rempliraient d’horreur.
Le vocabulaire des injures est très-riche. Il en est qui sont trop obscènes pour pouvoir être citées. Ils se traitent souvent de hanzir (cochon), tliôr (bœuf). L’une de leurs fortes injures est : fds de chrétien ou fils de juif. Us feignent quelquefois , et c’est le plus violent des outrages, de cracher sur la personne qu’ils invectivent.
46. Domestiques. — Les musulmans ont toujours à leur service un grand nombre de domestiques; ceux-ci se divisent en plusieurs classes, dont chacune a sa spécialité; ce sont : les farrachs, auxquels est confié le soin de l’intérieur de la maison, qui lavent les habillements, etc.; les saklchas, ou porteurs d’eau; les tabbarhs, cuisiniers; les chiboukchi, qui ne s’occupent que de la pipe; les catedji, du café ; les sais, ou palefreniers; chaque logement a un portier, boivab.
C’est ordinairement le sakkha qui est le chef des domestiques. Dans les maisons même d’une médiocre aisance, il y a souvent un chef pour chaque classe de serviteurs.
Un domestique ne remplit jamais que les fonctions pour lesquelles il s’est placé et qu’il regarde comme constituant un métier, hors duquel il est tout à fait incompétent. C’est là un grave inconvénient pour les maîtres, qui sont sans cesse obligés d’avoir recours, même dans les plus petites choses , à des hommes différents. De plus, cet usage les force à entretenir un nombre démesuré de serviteurs, cl leur occasionne des dépenses disproportionnées avec leurs besoins. Aujourd’hui, grâce à l’exemple salutaire donné par le viceroi et Ibrahim-Pacha, le luxe des domestiques a beaucoup diminué ; on s’en tient au nécessaire.
Les musulmans ont des égards pour leurs domestiques ; ils les nourrissent, les habillent cl les payent. Il est vrai que le salaire qu’ils leur donnent est trèspeu considérable. Les domestiques s’acquittent assez bien de leur besogne, qui d’ailleurs, divisée comme elle l’est, n’est ni très-difficile ni très-fatigante. Un domestique, chez nous, fait sans efforts le travail de quatre ou cinq Égyptiens. Souvent néanmoins la crainte seule d’une punition est capable de dompter leur indolence.
Jamais les hommes n’ont à leur service des domestiques femmes, ni les femmes des domestiques hommes; cet usage européen est l’une des particularités de nos mœurs qui scandalise le plus les musulmans.
Les domestiques égyptiens sont très-avides d’argent;
ils ont l'habitude de demander des étrennes à toutes les personnes qui viennent visiter leurs maîtres, particulièrement les jours de fêle. A mesure que l’on sort d’une maison ils accourent pour vous aider à monter sur votre cheval ou votre baudet, et tendent la main pour demander le petit don , qu’ils appelent haschich. Le haschich est un usage aussi fatigant et aussi vexatoire que la buona mano dans certaines provinces de l’Italie. Les domestiques égyptiens poussent si loin leurs exigences, qu’ils réclament le haschich non-seulement pour les services qu’eux ou leurs maîtres vous ont rendus , mais aussi pour ceux que vous leur rendez. Avez-vous fait un cadeau, il faut donner l’étrenne à celui qui Aient le chercher. Recevez-vous à dîner, il faut gratifier du haschich les domestiques de vos hôtes. Moi-même, médecin, après avoir fait une visite gratuite , je suis assailli par les domestiques de la maison que je quitte et forcé de jeter quelques pièces de monnaie à ces effrontés mendiants, si je veux me débarrasser de leurs cris importuns. Le vice-roi a donné des ordres sévères pour faire cesser cet abus : mais il est tellement enraciné dans les mœurs, qu’il ne sera pas facile de le détruire.
Les domestiques égyptiens sont du reste peu fidèles et peu scrupuleux; il faut se méfier de leur penchant au larcin.
Dans aucun pays musulman, il n’était permis aux chrétiens d’avoir des domestiques mahométans. On aurait regardé une infraction à cette loi comme uri outrage à l’islamisme. L’Égypte seule a toujours fait exception à cet usage dicté par un grossier fanatisme.
ô8G MOEURS ET USAGES DES MUSULMANS.
Il (nul avouer que, sans la tolérance des Égyptiens à cet égard, les Européens qui habitent leur pays seraient fort embarrassés.