Féqétalion tirs déserts. Les véritables espèces
HISTOIRE NATURELLE
de l'Egypte sont presque toujours isolées dans les déserts arides; il y en a peu dans les vallées que forme la chaîne du Mokaltam. Les espèces particulières qui avoisinent les rives du Nil, les canaux, les lacs, les étangs de la basse Égypte sont plus rares encore.
Les plantes des champs n’offrent pas , au point de vue de la science, un grand intérêt; car, comparées à celles d’Europe, elles fournissent peu de variétés, tandis que les plantes des déserts et des vallées que forment les chaînes Arabique eL Libyque attirent l’attention de presque tous les naturalistes. Elles présentent d’ailleurs des caractères qui les rapprochent de celles des Alpes.
Les espèces répandues dans les sables sont presque toutes annuelles ou bisannuelles; celles qui persistent un temps plus long sont très-rares. Parmi ces dernières, on compte deux acacias épineux.
Les plantes du désert se trouvent dans de petites régions isolées, sensiblement plus basses que le reste du sol, semblables à de petites vallées d’une forme elliptique plus ou moins allongée, se dirigeant presque toujours de l’est à l’ouest et abritées au nord et au sud. Le désert apparaît à l’œil du botaniste comme une surface où se trouvent éparses de petites îles irrégulières, qui réunissent plusieurs genres et différentes espèces. L’est dans ces lieux qui se couvrent de quelque verdure que les gazelles vont chercher leur pâturage.
On rencontre dans le désert beaucoup de plantes aromatiques. 11 y en a qui sont si petites et d’une couleur si peu tranchée qu’elles semblent se confondre avec le sol. L’aspect des végétaux du désert produit
HISTOIRE NATURELLE
encore d’autres méprises. Aussi quelquefois on prend de loin pour un arbre un tout petit arbrisseau; sou- \ent, à cause des illusions du mirage, on croit voir les cimes des plantes dominer la surface des eaux.
En parcourant le sol, à l’époque des rares pluies de l’hiver, l’eau forme de petits sillons et porte en suspension un peu d’argile, de l’oxyde de fer et différentes semences. Ces diverses matières se ramassent dans de petites îles qui sont plus basses que le reste du sol. Les vents concourent aussi à réunir dans ces lieux d’autres semences qu’ils apportent souvent des régions éloignées. La saison de la végétation, qui commence au mois de février , arrivée, les germes se développent, les plantes bisannuelles poussent leurs feuilles, et tout est en fleurs aux mois de mars et avril. En mai, la végétation s’arrête; en juin et pendant tout l’été, on ne voit plus que des plaines arides.
Les plantes du désert sont d’un vert blanchâtre , leur tissu est ordinairement sec. Elles sont peu succulentes, presque toutes dicotylédones, plus ou moins couvertes de poils ou d’aspérités, peu élevées au-dessus du sol, pourvues d’une racine très-profonde, quelque fois filiforme et s’étendant très-loin.
L’arbrisseau qui se trouve le plus fréquemment dans le désert à l’état sauvage est le seyal des Arabes (acacia seyal de Delile, Flore égyptienne), qui est peu élevé , presque sans feuilles, armé de longues et fortes épines d’un blanc d’argent. Ses branches touffues sont cou vertes d’un épiderme rude , écailleux , d’un rouge foncé , et portent rarement des fleurs. Cel arbrisseau est ordinairement entouré de sable très-fin, qui s’ac-
HISTOIRE NATURELLE
cumule à son pied et finit par s’élever jusqu’à la moitié de sa tige. Il arrive que ces acacias sont entièrement recouverts, et alors ils servent de noyaux à des agglomérations de sables.
On voit rarement le palmier à l’état sauvage. On le rencontre cependant quelquefois dans le désert et dans les vallées du Mokattam. Il est peu élevé et couvert de vieilles frondes épineuses et permanentes, pliées et pendantes vers le sol. Du sommet nait une touffe de frondes d’un vert clair , très-rudes au tact. Ce palmier ne porte presque jamais de fleurs, et quand il en a, il ne produit que de mauvais fruits. Les corbeaux et une grosse espèce de charançon vont faire leurs nids dans ses frondes.
25. Végétation du sol cultivable de l’Egypte. — La fertilité de l’Égypte cl la richesse de ses produits ont été renommées dans tous les temps : la terre, le ciel et le travail de l’homme concourent à lui mériter celte réputation.
11 est inutile de s’appesantir sur les bienfaits dont le sol de l’Egypte est redevable à l’inondation du Nil; j’en ai déjà parlé. Il me suffit de dire que le limon, qui, à lui seul, ne formerait pas une très-bonne terre végétale, en compose, au contraire, d’excellente, lorsque le labour l’a mêlé avec le sable. Quant à la terre trop sablonneuse , elle ne convient qu’aux plantes dont les racines légères et déliées peuvent s’insinuer sans efforts dans celte sorte de terrain. La terre argileuse d'alluvion qui compose le sol cultivable de l’Égypte est presque partout mêlée de substances salines favorables à la végétation des plantes robustes.
HISTOIRE NATURELLE
Le climat de l’Egypte seconde puissamment par sa chaleur l’action fécondante des eaux du Nil. L’état atmosphérique, la lumière , etc., ont le même résultat; aussi voit-on d’immenses champs qui fleurissent d’eux-mêmes, et n’ont presque rien à réclamer des secours de l’art. Le travail des champs se fait avec la plus grande facilité, en très-peu de temps et exige peu de bras.
Servis par des agents naturels aussi heureux, les propriétaires du sol de l’Egypte sont donc entièrement responsables du plus ou moins de profit qu’ils en retirent. Sont-ils ignorants et paresseux, ils laissent se gaspiller les faveurs que la nature leur offre. Sont-ils, au contraire, industrieux et intelligents, ils en tirent un admirable parti, et c’est ce que nous voyons aujourd'hui. En effet, si l’Egypte se trouve couverte d’arbres de différentes espèces , qui forment comme des forêts aux environs du Caire et dans le Delta, elle le doit à l’homme de génie qui la gouverne. Le vice-roi a fait planter en très-peu d’années seize millions de pieds d’arbres dans la basse Égypte. Ibrahim-Pacha a doté lui aussi, à ses frais, la \ allée du Nil d’immenses plannations. Elle doit à ses soins cinq millions mille cinq cent trente-quatre arbres forestiers, de vingt-cinq espèces différentes ; cinq cent quatre vingt-six mille deux cent quinze arbres fruitiers de quarante et une espèces et de sept cent trente-quatre variétés. Il y a quelques années, le nombre des espèces d’arbres propres à cette contrée ne s’élevait pas à plus de douze. Il n’y avait guère que dix-huit espèces d’arbrisseaux au-dessus de deux pieds d’élévation. On
HISTOIRE NATURELLE
les trouvait éparses vers les rives du Nil et autour des sakiès.
24. Jardins de Clioubrah et de Raoudali. — C’est surtout par la création de magnifiques jardins que le vice-roi et son fils ont favorisé les progrès de l’agriculture et de l’horticulture. Les plus importants de ces jardins sont ceux de Choubrah et de Raoudah : le pre (nier est situé auprès du Nil, à environ une lieue audessus du Caire. Une très-belle allée d’arbres ombrage l’espace qui le sépare de cette ville , cl lui sert d’avenue. Ce jardin contient une maison de plaisance du vice-roi, joli édifice bâti dans le style byzantin et dont l’intérieur est très-remarquable par la richesse de l’ameublement et le goût qui a présidé au choix et à la distribution des ornements qui le parent. A l’extrémité du jardin opposée au palais, Méhémel-Ali a fait construire un élégant kiosque, bâtiment carre de près de mille pieds de tour, soutenu par des colonnes de marbre ou d’albâtre oriental , et dans l’intérieur duquel un large bassin en marbre de Carrare , alimenté par l’eau d’une sakiè, entretient constamment une délicieuse fraîcheur. Pendant la nuit, un appareil de gaz, dont la direction a été confiée à un Anglais, répand dans ce bel édifice ses abondantes clartés. I)u reste, le jardin est en harmonie avec les brillantes constructions qu’il renferme. Une riche végétation anime son enceinte ; on y voit de nombreuses espèces d’arbres fruitiers, d’arbres étrangers précieux par leur rareté , et de plantes odoriférantes qui composent un ensemble agréable et varié. 11 est traversé par des allées semblables à celles des jardins de l’Europe.
HISTOIRE NATURELLE
La petite Ile de Raoudah, dont la fertilité a été de tout temps célèbre, doit à Ibrahim-Pacha de nouveaux embellissements. Ce prince intelligent en a fait l’acquisition. Il l’a divisée en deux jardins, dont l’un dirigé d’après le système d’horticulture anglaise et l’autre d’après le système français. Deux habiles jardiniers sont à leur tète. Cette île réunit aujourd’hui la plupart des plantes de l’Europe, de l’Amérique et des Indes.
2d. Jardins d’’ Orient. — On connaît la renommée des jardins orientaux. Les Mille et une Nuits les ont rendus populaires parmi nous, et, dans le milieu fan- | tastique à travers lequel ils apparaisssent à notre ima- . gination, ils exhalent de tièdes parfums de poésie. L’espèce de culte idéal dont les Arabes les ont entourés est facile à comprendre : habitants de contrées arides, soumises à une température embrasée par les feux du soleil tropical, ils ontdù regarder la végétation puissante et l’épaisse verdure comme de splendides merveilles, les ombrages qu’elles prodiguent, l’eau qui les vivifie et entretient leur suave fraîcheur, comme un adorable bienfait de Dieu, et enfin, comme une céleste jouissance, le repos auquel invitent toutes ces délices aimées. Aussi ont-ils placé le paradis au milieu de ces objets de leurs rêves les plus doux, et ont-ils choisi un jardin pour théâtre éternel du bonheur qui ne finit pas.
Les jardins de l’Orient ne ressemblent en rien à ceux de l’Europe; chez eux, point de symétrie savante, rien qui rappelle nos parterres de fleurs artistement dessinés, ni les combinaisons non moins recherchées que
lof.
HISTOIRE NATHREEEE.
présentent les jardins anglais. Ils sont composés d’arbres fruitiers ou d’agrément, plantés sans régularité et confondant étroitement leurs rameaux, dont jamais la serpe ne diminue le nombre ou ne gène les capricieuses allures. Les bosquets que forment ces vergers touffus sont quelquefois si épais qu’on ne peut passer sous leur voûte qu’en penchant le corps jusqu’à terre. On dirait que les profondeurs attrayantes de ces retraites presque impénétrables ont été ménagées pour les mystères amoureux. Le citronnier, le limonier, l’oranger , le figuier , le sycomore, le dattier, etc., se pressent dans les jardins de l’Égypte; des fleurs forment souvent au milieu d’eux des berceaux odoriférants; des eaux nombreuses jaillissent dans les bassins , et vont, en se répandant en ruisseaux sinueux, baigner les pieds des arbres ; au milieu des groupes verdoyants s’élèvent les élégants pavillons, connus sous le nom de kiosques.
Tous les Turcs quelque peu riches ont des jardins de ce genre, quelquefois dans l’intérieur des villes, et c’est alors au milieu d’eux qu’ils placent leurs harems, mais plus souvent à la campagne. Les plus beaux de ces jardins se trouvent dans le Delta et surtout dans le Fayoum.
2G. Forêts. — On a prétendu que, dans l’antiquité , l’Égypte a contenu des forêts. Si on a entendu dire qu’elles se trouvaient sur le sol cultivable, cette opinion est peu probable; car ce terrain est trop fécond pour qu’on ait jamais pu songer, dans aucun cas et dans aucune de scs parties, à n’en retirer que du bois. Mais quelques écrivains ont avancé que les montagnes
HISTOIRE NATURELLE
qui encaissent le Nil ont jadis clé couvertes d’arbres; cette assertion n’est pas moins erronée. Il suffit en effet de jeter un coup d’œil sur ces montagnes pour se convaincre qu’en aucun temps elles n’ont été recouvertes de terre végétale; entièrement nues, on ne trouve pas même de broussailles sur leur aride surface. Or, si elles eussent jamais eu de la terre, elles devraient en avoir encore, car rien n’aurait pu l’enlever, puisqu’elles ne reçoivent presque pas de pluie; si d’ailleurs elles avaient été boisées, ces pluies n’auraient pas suffi à entretenir la végétation , et enfin les arbres qui les auraient ombragées auraient laissé quelques vestiges , quelques débris; mais les bois antiques qui ont été conservés sont ceux du sycomore et d’autres arbres qui ne peuvent vivre que dans les terres profondes et arrosées .
Il n’existe en Egypte d’autres forêts naturelles que celles de dattiers. On en trouve en assez grand nombre dans la partie orientale de la basse Égypte, dans la province de Charkyè, sur la route d’El-Arisch, à Salahyeh, à Belbeys. Les environs du Caire en contiennent quelques-unes, et entre autres celles qui sont situées au-dessus de Giseh, sur l’emplacement où fut Memphis, près de Moknan. On en rencontre une autre à Üirket-el-Haggi (étang des pèlerins), non loin de Kankah. Ce fut là que commença la défaite du grand vizir, qui valut à Kléber la grande victoire d’Héliopolis.
27. Acclimatation des plantes de l’Europe méridionale. - — La température et la nature du sol de l’Egypte conviennent parfaitement à l’acclimatation et à la naturalisation des plantes méridionales des deux
HISTOIRE NATERELI.E.
hémisphères. On pourra donc, en se servant de l'Égypte comme d’un point intermédiaire, parvenir à naturaliser facilement en Europe les plantes des Indes.
La végétation présente un précoce développement qui se fait remarquer principalement sur les plantes méridionales d’Europe. Aussi ces plantes vivent-elles moins de temps que dans leur propre pays. Leurs fruits sont très-abondants, mais petits et peu savoureux ; et, quoique la greffe les ait améliorés , il arrive toujours qu’ils finissent par dégénérer après quelques années.
Il en est de même pour les plantes potagères introduites dans l’horticulture d’Égypte, qui donnent presque toutes de mauvaises semences.
Ainsi, les pommes de terre d’Europe se reproduisent avec abondance; mais, la seconde année, la récolte faite avec les pommes de terre du pays est de beaucoup inférieure à la première.
Les graines de betterave d’Europe donnent, la première année, une récolte prodigieuse, et je puis affirmer que des betteraves du pays pèsent jusqu’à un kilogramme et qu’elles sont pourvues de beaucoup de substance sucrée. Mais la seconde année, les semences donnent une plante très-développée avec une racine presque nulle et peu sucrée.
Peut-être, avec le temps, obtiendra-t-on de meilleurs résultats, en faisant de nouvelles observations et en apportant des soins à celle sorte de culture.
U1ST0IÜE NATURELLE.