Les prêtres. — Le gouvernement de l’Égypte
introduction historique.
lut d’abord théocralique : la caste sacerdotale avait le pouvoir ; plus lard elle dut le céder aux chefs de la classe militaire; mais elle conserva néanmoins la plus grande partie de ses attributions et de ses privilèges.
Ainsi, sous l’époque pharaonique, les prêtres, possesseurs de nombreuses propriétés territoriales, demeurèrent exempts de toute contribution. La considération dont ils jouissaient avait pour l’une de scs principales causes leurs immenses richesses. Celles-ci se composaient, outre leurs domaines, de revenus fixes qu’ils liraient de la piété populaire. Ces espèces de dunes leur étaient données en nature. Toutes les classes étaient soumises à les payer ; le roi lui-mcine ne se dispensait pas d’apporter son tribut. Blais les prêtres ne percevaient pas seulement des droits sur les vivants et les productions de la terre ; des redevances étaient établies sur les morts. Ils avaient la propriété des nécropoles : toute momie déposée dans ces vastes catacombes payait chaque année un droit fixe.
La caste sacerdotale était mêlée à toutes les affaires nationales ; sur la guerre et sur la paix, sur les travaux publics et sur l’agriculture, sur l’administration intérieure et enfin sur toutes les grandes mesures gouvernementales, elle était consultée, et son avis, promulgué par l’organe de ses chefs, était le plus souvent religieusement suivi. C’était dans l’assemblée des prêtres que le roi était intronisé ; après le monarque, le grand prêtre était le premier dignitaire de l’Égypte.
Les prêtres exerçaient la médecine, étudiaient l’astronomie, avaient dans leurs attributions la momification des corps ; ils étaient à peu près les seuls en
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Égypte qui fussent instruits. Ils s’adonnaient surtout à l’arithmétique et à la géométrie. Les opérations cadastrales durent en effet avoir de tout temps une trèsgrande importance dans un pays dont la surface est annuellement changée par l’inondation qui, déplaçant les limites des propriétés particulières, introduirait la confusion parmi elles, et susciterait des litiges incessants, si la géométrie ne fixait pas irrévocablement, avec l’infaillibilité de ses procédés, la part de chacun.
La corporation sacerdotale se composait de divers degrés. 11 y avait au-dessous des grands pontifes les hiérogrammates ou scribes sacrés, chargés de l’administration des revenus sacerdotaux; les archiprophètes, les prophètes, les gardiens des temples, les sphragistes ou scribes des victimes, qui marquaient d’un sceau spécial les victimes dévouées aux sacrifices ; les prêtres des villes, les hiéracophores, chargés de présenter les offrandes funéraires : les libanophores, qui brûlaient l’encens devant les dieux; les spondistes, qui répandaient les libations ; les surveillants des temples ; les fonctionnaires inférieurs : tabellifères, portiers, décorateurs, chanteurs; et les taricheules, les paraschistes et les colchytcs, qui embaumaient les corps.
Les prêtres soutenaient, par les soins qu’ils apportaient à leurs costumes, la dignité de leurs fonctions. Ils étaient vêtus de robes blanches ; les tissus de lin leur étaient seuls permis. Hérodote rapporte que c’était pour eux un devoir de se raser et de s’épiler tous les trois jours la tête et les autres parties velues du corps.
1 Caste militaire. — La classe des guerriers était
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la seconde dans le principe. Elle devint la première lorsque Mènes, son chef, détruisit la théocratie. Elle possédait de très-grandes propriétés. Le nombre de ses membres était considérable. Il parait qu’en temps de paix le chiffre de l’armée était d’à peu près deux cent mille soldats. Pendant qu’IIérodotc visita l’Égypte, elle en comptait plus de quatre cent mille, divisés en deux grandes sections d’après les nomes qu’ils habitaient. L’une de ces sections, celle des calisiries, comprenait deux cent cinquante mille hommes ; l’autre, celle des hermotybies, en comptait cent cinquante mille.
L’armée égyptienne se composait de grosse infanterie, d’infanterie légère et de combattants en chars. Il paraît, d’après les inscriptions des monuments, qu’elle n’avait pas de cavalerie. Les armes des fantassins étaient la lance, le sabre recourbé, la hache et les flèches ; un bouclier les protégeait. Les chars, dont les roues étaient garnies de faux, étaient traînés par deux chevaux, et montés par des guerriers armés d’une hache et qui lançaient des flèches.
Les troupes étaient divisées en plusieurs corps, qui suivaient chacun une enseigne spéciale. Le roi était le chef naturel de l’armée; il en déléguait le commandement à ses fils ou à des généraux de son choix.
1Î5. Caste populaire. — La caste populaire comprenait tous les hommes libres qui ne faisaient pas partie des deux premiers ordres de l’Etat. Elle était nombreuse. Ses membres vivaient dans l’aisance; ils cultivaient la terre, exploitaient l’industrie et faisaient le commerce.
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l.a caste populaire parait avoir joui à une certaine époque de droits politiques importants. Elle concourait d’abord à l’élection des rois ; plus tard elle n'intervint plus qu’à l’extinction des dynasties pour choisir la l'amille à laquelle devaient être transportés les honneurs royaux. Plus tard encore cette prérogative lui fut enlevée ; on ne lui laissa que le droit de prononcer ces jugements singuliers auxquels la mémoire des rois était soumise après leur mort.
16. Le roi. — A son avènement au trône, qui lui était transmis héréditairement d’après le principe de primogéniture, le roi était proclamé souverain et sacré comme tel par les prêtres convoqués à Memphis.
Il était le chef du pouvoir exécutif, chargé pendant la paix de faire observer les lois et de défendre la patrie en cas de guerre.
11 jurait aux lois une obéissance rigoureuse. Celles-ci réglaient l’emploi de toutes les heures de sa journée. A l’ouverture de l’année rurale, il creusait le premier sillon au milieu de cérémonies solennelles. Pendant la guerre, monté sur un char qu’il conduisait lui-même, il combattait au milieu de ses troupes.
En général, le peuple égyptien était attaché à ses rois. Lorsque le monarque mourait, la nation entière prenait le deuil pendant soixante et douze jours ; durant tout ce temps les temples étaient fermés cl les citoyens étaient obligés de faire pour lui des prières aux dieux. Celte période écoulée, la momie du roi était exposée en public à l’entrée de son tombeau, et chacun pouvail librement l’accuser de scs fautes. Cependant un prêtre
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luisait son oraison funèbre. Si elle était accueillie par l’approbation du peuple assemblé, le roi mort recevait les honneurs de la sépulture : il en était privé dans le cas contraire. On remarque encore, comme preuve de la force de cet usage, que sur quelques monuments les noms des souverains qui les élevèrent sont soigneusement effacés. On prétend que la crainte de ces jugements funéraires retenait les souverains dans les limites de la vertu et de la modération. Quant à moi, je ne sais pas jusqu’à quel point pouvaient craindre l’opinion de la postérité des hommes qui ne redoutaient pas la haine ou le mépris de leurs contemporains.
17. Gouvernement. — L’Egypte était divisée en départements ou nomes, à la tète desquels se trouvaient des chefs chargés de diriger l’administration religieuse, civile, militaire , financière. « On affirme , dit M. Champollion-Figeac dans son savant ouvrage sur Y Égypte ancienne, et avec une vraisemblance qui a pour elle quelques traditions anciennes , que des assemblées politiques et solennelles étaient convoquées par le roi ou par la loi , soit dans des circonstances extraordinaires, soit pour régulariser le taux et la nature des impôts , soit enfin lorsque les changements de règne et surtout les changements de dynasties les rendaient nécessaires. Chaque nome envoyait un nombre de députés à l’assemblée générale de ceux de la nation, et c’est dans le labyrinthe qu’elle se réunissait. »
18. Lois. — On ne sait rien de bien précis cl de bien méthodique sur la législation des anciens Egyptiens. Il parait qu’elle a été plusieurs fois modifiée à
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la suite des diverses invasions que ce pays subit. En voici les traits principaux, tels que nous les ont transmis Hérodote et Diodore de Sicile.
u Le parjure était puni de mort : le serment étant admis dans beaucoup de circonstances graves par la législation égyptienne, il fallait en assurer , autant qu'on le pouvait , la vérité à l’égard de Dieu et des hommes. — C’était un devoir pour tous les citoyens de prévenir les crimes, d’en poursuivre la punition , et celui qui voyant un homme en danger ne volait pas à son secours était assimilé à l’homicide et puni comme tel. — L’homme devait défendre son semblable contre un assaillant, le garantir de sa fureur; s’il prouvait qu’il ne l’avait pas pu , il n’en devait cas moins découvrir le coupable et le poursuivre en justice... L’exercice du droit de poursuite au nom des lois était donc mis au nombre des devoirs et déféré à tous les citoyens. — Le témoin d’un crime qui ne remplissait pas ce devoir était battu de verges et privé de nourriture pendant trois jours; et l’accusateur convaincu de calomnie subissait la peine réservée à l’accusé , s’il avait été déclaré coupable... Enfin, un coupable qui avait échappé à l’accusation durant sa vie , ne pouvait se soustraire à celle qui l’attendait à l’entrée même du tombeau : une voix qui l’accusait avec vérité le faisait priver des honneurs de la sépulture '. »
L’homicide était puni de mort , le parricide était condamné au bûcher; les parents qui tuaient un de leurs enfants étaient obligés de tenir son cadavre cm-
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brassé pendant trois jours et trois nuits; le viol était puni par la mutilation ; la femme adultère avait le nez coupé, son complice était battu de verges.
Une loi singulière de l’Egypte est celle qui autorisait le vol. Les voleurs formaient une corporation qui avait scs chefs ; ceux-ci recevaient le butin commun des lîlous , rendaient aux victimes les objets qu’on leur avait dérobés, moyennant la cession du quart de leur valeur. Ils partageaient ce bénéfice avec leurs collaborateurs. — Le mariage entre frère et sœur fut permis après la conquête des Grecs.