‹ Aperçu général sur l'Égypte (volume 2)Chapitre 87 sur 115 · RELIGIONS ET SECTES QUI EXISTENT EN ÉGYPTE. 2'J · texte numérisé non relu

RELIGIONS ET SECTES QUI EXISTENT EN ÉGYPTE. 2'J

Je ne veux qu’en exposer brièvement les dogmes, la morale , le culte. On ne pourrait pas porter de jugement sur un peuple aussi religieux que le peuple arabe, si l’on n’avait que des données erronées sur le mobile le plus puissant de sa vie publique et de sa vie privée.

2. Le Coran. — On sait que ce livre est regardé par les Arabes comme émané de Dieu. Il est écrit en arabe littéral. Les ulémas prétendent que son style est sublime et qu’on ne peut l’imiter en élégance, en beauté, en concision. Le Coran est donc pour les musulmans le livre par excellence. Ils le lisent ou l’entendent lire cinq fois par jour; quelques-uns l’apprennent par cœur ; tous en retiennent les versets ou les chapitres fondamentaux. Le Coran est composé de cent vingt fragments que les fidèles croient avoir été apportés à Mahomet par l’ange Gabriel , pendant les vingt-trois années qui s’écoulèrent depuis que ce prophète atteignit l’âge de quarante ans, époque à laquelle il commença à remplir sa mission religieuse, jusqu’à sa mort.

3. Unité de Dieu et mission de Mahomet. — Les principes élémentaires de l’islamisme sont simples ; ils se réduisent à deux : la croyance en l’unité de Dieu, exprimée par la formule : « Il n’y a de Dieu que Dieu; » et la foi en la mission de Mahomet : « Mahomet est le prophète de Dieu. » C’est autour du dogme de l’unité divine que Mahomet rallia les tribus de l’Arabie', plongées, avant lui, dans l’idolâtrie la plus grossière, et fonda à la fois leur religion et leur puissante nationalité.

Mahomet, en prêchant l’islamisme, annonçait qu’il

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n’y avait jamais eu qu’une seule religion véritable dont il se donnait pour le restaurateur inspiré. « Toutes les fois, disait-il , que celte religion a été négligée ou corrompue dans l’essentiel, Dieu, à des époques diverses, a envoyé du ciel des livres à différents prophètes : le Pentateuque à Moïse , le Psautier à David ; d’autres livres à d’autres prophètes, enfin l’Évangile à Jésus. Ces livres sont tous vrais, mais le Coran, descendu du ciel le dernier, doit être suivi, jusqu’au jour du jugement, dans les lois qu’il a établies; il est la parole, la lumière de Dieu ; il est éternel , incréé ; l’original en est entre les mains de Dieu et ne peut être changé ni abrogé. »

4. Les anges. — L’islamisme enseigne que Dieu a des anges, dont un certain nombre veillent sur les actions des hommes. L’ange Gabriel est le ministre des vengeances célestes; Azraël est chargé de recevoir l’âme des hommes à leur dernier soupir, et Israfil de sonner la trompette de la résurrection générale.

S5. Résurrection et jugement dernier. — Les musulmans croient à la résurrection générale. « Nous vous avons créés de terre, dit le Coran , vous y retournerez et nous vous en ferons sortir une seconde fois. » xx.

La résurrection sera suivie du jugement dernier. « Le jugement universel ne durera qu’un clin d'œil, ou sera plus prompt encore, parce que rien ne limite la puissance de Dieu, xvi... Ceux qui se présenteront avec de bonnes œuvres recevront un prix glorieux et seront exempts des frayeurs du grand jour. Ceux qui n’apporteront que des crimes seront précipités dans le feu, le visage prosterné. » xxvii.

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6. Parailis. — Celui qui fait loules les choses prescrites est placé au jour du jugement dans le paradis.

Les élus , s’écrie Mahomet, habiteront le jardin des délices; ils reposeront sur des lits enrichis d’or et de pierreries précieuses. Ils se regarderont avec bienveillance; ils seront servis par des enfants doués d'une éternelle jeunesse , qui leur présenteront du vin exquis, dans des coupes de différentes formes. La vapeur n’alourdira point leur tète et n’obscurcira point leur raison. Ils auront à souhait les fruits qu’ils désireront et la chair des oiseaux les plus rares. Près d’eux . seront des houris aux beaux yeux noirs. La blancheur de leur teint égale l’éclat des perles. »

Le paradis musulman n’est pas seulement un lieu de délices matérielles, comme on le croit généralement. Le bonheur de la vue de Dieu est infiniment supérieur aux autres biens qu’il renferme. Les trésors du ciel sont éternels : « Dieu les destine aux croyants qui ont mis en lui leur confiance; à ceux qui évitent i iniquité et le crime , et qui font taire leur colère pour pardonner; à ceux qui, soumis à Dieu, font la prière, règlent leurs actions par la prudence, et versent dans le sein de l'indigent une partie de leurs .richesses. i> xi.ii, 34-56.

7. Enfer. — Les méchants qui ne rachètent pas leurs méfaits par l’aumône et la prière souffrent en enfer dix fois tout ce qu’ils ont fait souffrir aux autres.

8. l'urrjatoire. — Mahomet, qui a fait tant d’emprunts aux christianisme que l’on a dit de sa religion qu’elle n’était au fond qu’un secte chrétienne, a suivi, relativement à la création et la chute de l’homme, les

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traditions bibliques. Placé sur la terre, l’homme doit y travailler à sa sanctification. « Dieu nous a mis sur la terre pour gagner le séjour éternel. » xxxix, 74. Il devient juste par la foi et les bonnes œuvres : « Je pardonnerai à ceux qui joindront au repentir la foi et les bonnes œuvres. Ils marcheront dans la voie du salut. » Dieu peut accorder le pardon à un croyant mort sans s’ètre repenti d’un grand péché , mais ce n’est qu’après une expiation de sa faute dans un lieu de souffrances qui ressemble assez au purgatoire chrétien.

§ II

MORALE UE l/lSLAMISME.

Vertu*. Prescriptions <lc In piété. — Le fatalisme — Rapports île l'homme avec la femme.

9. Vertus. — Le Coran recommande la pratique de toutes les vertus et condamne les vices et les crimes que la morale chrétienne a condamnés. La vertu qui est surtout en honneur dans l’islamisme est la bienfaisance. Le bon musulman doit donner aux indigents le dixième de son revenu. Il ne doit pas faire parade de ses bonnes œuvres. Le Coran prohibe l’usure. Il prêche l’oubli des injures, la franchise, la modestie, la générosité, la chasteté, la patience, etc.

10. Prescriptions de la piété. — Aux yeux des musulmans, la piété est la première des vertus; sans elle, les meilleures actions ne sont pas agréables à Dieu. Ceux qui veulent l’acquérir doivent garder de tout pé-

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ché leurs sept membres, de peur qu’ils ne deviennent pour eux les sept portes de l’enfer. Ces membres sont les oreilles, les yeux, la langue, les mains, les pieds, le ventre et les parties sexuelles.

1° Il ne faut écouter aucun instrument de musique ; ne point prêter l’oreille au mensonge , à la médisance , aux discours obscènes ; ne point entendre chanter, pas même le Coran ni aucune prière.

2° Il faut éloigner ses yeux des choses dont la vue est prohibée. Il est défendu à tout fidèle , de quelque sexe qu’il soit, de regarder un homme du nombril au genou , et à la femme, de regarder du nombril au genou une personne de son sexe.

Le musulman ne peut regarder du nombril au genou, ni même au dos et au ventre, les femmes avec lesquelles il ne peut se marier. Quant aux autres, il commet un crime s’il voit plus que leur visage , la paume de leurs mains ou leurs pieds , que ce soit la passion qui le guide ou non, n’importe la laideur ou là beauté de la personne regardée, son âge ou celui de l’homme qui regarde. Ces règles ne s’étendent pas à la femme légitime ou à l’esclave. Il faut encore s’abstenir d’épier, par les fentes des portes, l’intérieur de la maison d’autrui, et de regarder les musulmans d’un œil de mépris.

3° La langue doit se garder du mensonge, de la calornnie-et de la médisance. Il faut éviter de se louer soi-même, de reprendre quelqu’un hors de propos , de violer ses promesses et de ne pas garder la fidélité due au texte d’un traité.

Le blasphème est une faute énorme qui enlève à ce-

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lui qui s’en rend coupable le mérite de ses bonnes œuvres antérieures. S’il est marié, son mariage est dissous. Lorsqu’il se rcpent , il est considéré comme musulman néophyte.

4° Lever la main à tort sur quelqu’un, s’emparer de sa nourriture, toucher sans nécessité à ce qui est essentiellement immonde , par exemple à un animal mort , c’est enfreindre la loi religieuse.

b° 11 faut se garder d’aller dans de mauvais lieux, d’entrer dans la propriété d’autrui sans sa permission, de frapper sans sujet son prochain ; de gâter son tapis, sa natte, ou tout autre objet qui lui appartient.

6° Quant aux péchés dont le ventre est coupable . il faut s’abstenir des aliments prohibés, de la gourmandise et de tout excès.

7° Enfin , les péchés dont les parties sexuelles sont les instruments, et que la loi condamne encore plus que les autres , sont : la fornication , le péché contre nature, le commerce avec sa femme pendant le temps de ses infirmités périodiques ainsi que pendant ses couches.

11 .Le fatalisme. — On voit que le dogme de la fatalité n’enlève pas à la liberté humaine , dans le cercle de la morale, le mérite et le démérite. On a, du reste, beaucoup exagéré l’influence que l'on attribue à la prédestination sur la conduite et les sentiments du musulman. Sans doute cette croyance a du lui inspirer beaucoup de résignation aux vicissitudes (le la fortune, aux malheurs privés et publics 5 mais il est faux qu elle ait tué en lui. comme on l’a prétendu, toute sensibilité.

QUI EXISTER EX ÉGYPTE

Le fatalisme n’enchaîne pas les musulmans à une stupide immobilité. La loi religieuse, quoiqu’elle l’avertisse que fuir les maux que Dieu lui envoie , c'est prétendre à l'immortalité, lui recommande néanmoins d’éteindre l’incendie qui brille sa maison, d’en sortir lorsqu'elle menace ruine ou qu’elle est secouée par un tremblement de terre , de fuir devant l’inondation , en un mot de prendre toutes les précautions dictées par la sagesse humaine.

12. Rapports de l’homme avec la femme. — Les rapports de l’homme avec la femme ont été réglés par la morale de l’islamisme d’une manière plus sage qu’on ne le croit vulgairement. La polygamie est permise, il est vrai, comme dans toutes les religions de l’Orient; mais elle est restreinte. D’après les paroles expresses du Coran, un homme ne peut pas avoir plus de quatre épouses légitimes; et, s’il redoute quelque inconvénient de ce nombre de femmes libres, il lui est recommandé de ri’en prendre qu’une, ou bien de remplacer les épouses légitimes par des esclaves. La condition des femmes a été améliorée en Orient par la loi de Mahomet. On ne peut épouser une femme sans lui assurer une dot en cas de répudiation. Les sœurs héritent conjointement avec les frères, et reçoivent une demipart. L’esclave rendue mère obtient sa liberté. Le mariage, défendu avec les femmes idolâtres, est permis avec les juives et les chrétiennes. Le Coran proclame la supériorité de l’homme sur la femme; mais il veut que cette supériorité se constate par une bienveillante protection. ■ Les hommes, dit-il, sont supérieurs aux femmes parce que Dieu leur a donné la prééminence

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sur elles, et qu’ils les dotent de leurs biens. Les femmes doivent être obéissantes et taire les secrets de leurs epoux. Les maris qui ont à souffrir de leur désobéissance peuvent les punir, les laisser seules dans leur lit et même les frapper. La soumission des femmes doit les mettre à l’abri des mauvais traitements; attachez-les par des bienfaits. »

§ III

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