DIVERS DÉTAILS DE MOEURS
Mendicité. ^Voleurs.— 7 Les condamnés au bagne. — Meurtre. — Séditions. — Exécutions capitales. — Suicide. — Duel.
*76. Mendicité. — Quoique le peuple ait toujours été misérable en Egypte, la mendicité n'y a jamais été très-répandue. Les besoins des Égyptiens sont si bor* nés, et il leur est si facile d'y subvenir, qu'il est bien rare qu'un homme se trouve dans l'impossibilité de gagner lui-même sa vie. L'Égyptien se garantit avec une simple chemise contre la fraîcheur des hivers qui n'est jamais bien rigoureuse. Il ne redouté pas les ardeurs du soleil qu'il brave depuis son en*^ fance. S'il n'a rien pour sa nourriture, il est sur dé recevoir du pain et quelque autre aliment de celui de ses compatriotes à qui il en demandera.
H y avait cependant autrefois dans la capitale deâ mendiants qui spéculaient sur les sentiments chari-« tables que l'islamisme entretient parmi sessectateursi Il arrivait que ces quêteurs d'aumônes réalisaient des sommes importantes. La plupart employaient leurs profits à prendra du haschicb; peadaat Vivressefié^
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vreuse qu'il procure, ils s'imaginaient être les hommes les plus heureux du monde, et ces délices idéales en faisaient les égaux de ceux qui vivent au milieu des jouissances réelles,
Depuis quelques années, Méhémet-Âli a créé un dépôt de mendicité où sont réunis plus de quatre cents mendiants,' hommes, femmes ou enfants.
77. Voleurs. — L'anarchie qui régnait en Egypte avant le gouvernement de Méhémet - Ali favorisait tous les désordres et avait permis à des bandes de voleurs de se former partout et principalement dans la Haute-Egypte. Des pirates s'étaient organisés sur le Nil ; ils poursuivaient les barques à la nage; c'était la nuit qu'ils choisissaient de préférence pour opérer leurs rapines. On raconte de leur adresse des choses incroyables. Du reste, ils étaient peu courageux, et fuyaient devant les Européens qui faisaient contre eux bonne contenance.
Méhémet^Mi a extirpé tous ces brigandages. La vigueur de son pouvoir, la sévérité de sa justice ont fait disparaître les pirateries des riverains du Nil , comme les pillages des Bédouins. Aujourd'hui les habitants du village dans la circonscription duquel un vol se commet contre un voyageur sont solidairement obligés de payer une indemnité à celui qui a été victime du crime; tous par conséquent sont intéressés au maintien du bon ordre et à faire une vigilante police.
Il y a en Egypte moins de vols qu'en Europe 5
nurtout de ceux qui ^nt accompagaéis de circoostan;
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ces aggravantes, à main armée, avec effraction, etc.
78. Les condamnés au bagne. ~ Depuis que l'arsenal d'Alexandrie a été fondé, on a créé un nouveau genre de peine que Ton a fait concourir à T utilité de ce magnifique établissement, je veux parler delà peine du bagne. Les coupables de certains crimes sont condamnés aujourd'hui, pendant un temps plus ou moins long, aux travaux forcés; mais le forçat égyptien n'est pas flétri : après avoir subi sa punition il rentre dans la société et y occupe le même rang qu'avant son séjour au bagne; s'il veut se marier, aucune famille de sa condition ne se croira souillée de son alliance. Les peines infligées par la loi ne sont jamais considérées par un musulman comme un déshonneur, comme une tache indélébile*
79. Meurtre. — L'assassinat, si commun chez les peuples civilisés , est très-rare en Orient. Encore le petit nombre de crimes de ce genre que l'on pourrait y relever n'ont-ils presque jamais pour motifs les basses passions, les instincts cupides et féroces qui arment en Europe le bras de la plupart des meurtriers. On sait que le fanatisme mit le poignard à la main de Soliman, l'assassin de Kléber. La môme exaltation farouche lit porter, par un Arabe étudiant en médecine, deux coups de poignard sur le directeur de l'école d'Abou-Zabel. Dans les moments de commotion publique ^ pendant les révolutions, de grands excès ont été commis ; les révoltes du Gaire^ lors de l'expédition française, sont de terribles exemples des horreurs auxquelles peuvent $e livrer
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des populations furieuses. Mais dans les circonstances ordinaires, l'Égyptien est doux et soumis ; il est presque impossible qu'alors là préméditation d'un crime sanglant entre dans son âtne naturellement paisible.
80. Séditions. — Ge caractère pacifique rend le peuple égyptien incapable de se soulever contre ceux qui le gouvernent. On a bien vu parfois quelques velléités d'émeute chez les fellahs, mais ces menaces de soulèvement se sont dissipées d'elles-mêmes avant d'être devenues sérieuses. Il n'y a en effet, ni dans la tète ni dans le cœur des Égyptiens, tout ce qu'une révolte implique de réflexion et d'esprit de suite et d'énergie. Des bandes de fellahs se réunissent, et jetant de la poussière au vent, s'écrient t Hiala! Hiala! mais lorsque le moment d'agir arrive, ssms armes, sans plan arrêté, sans chef déterminé, ils s'aperçoivent bientôt de leur faiblesse et fuient dans leurs demeures, effrayés de leur imprudence.
Avant le gouvernement de Méhémet-Ali, il y avait assez fréquemment au Caire des séditions. Elles étaient préparées et soutenues par l'esprit religieux ; elles se faisaient sous la conduite des cheiks et des ulémas. Le fanatisme est le seul mobile qui puisse provoquer les Égyptiens à la rébellion. On se souvient que, pendant l'expédition française, certains imposteurs, entre autres le fameux ange El-Modhy, parvinrent à réunir quelques milliers de fellahs contre nos troupes.
n y eut en 1^24 , dans la Haute*Égypte^ une t^
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voilé assea importante, qui s'étendit depuis Esné jusqu'à Assouan. La cause était la formation des troupes régulières; elle eut pour chef un cheik qui se disait inspiré. Une partie dés soldats du l*'' régi** ment, qui se trouvait dans ces lieux, se débanda, mais il en resta encore assez sous les drapeaux pour étouffer un soulèvement qui, chez tout autre peu« pie, serait devenu une véritable révolution.
81. Exécutions capitales. — Les criminels montrent une grande résignation à leur sort. Leur unique défense se borne à la répétition de cette phrase : a La fatalité Ta voulu ainsi ! » Se croyant mus par une puissance surnaturelle, ils accueillent avec impassibilité toutes les conséquences de leur faute, comme s'ils n'étaient pas eux-mêmes en jeu dans l'expiation qu'elles doivent amener. J'ai vu plusieurs fois des exécutions capitales. Les malheureux condamnés marchent au supplice sans donner aucun sigiie d'émotion et en s'entretenant tranquillement avec ceux qui les y conduisent. La foule ne se précipite pas après eux, avide comme chez nous du spectacle sanglant d'un supplice. C'est ordinairement sur une place où se tient le marché que les exécutions ont lieu. Mais peu de personnes se déran* gent de leurs affaires ; ou continue à vendre et à acheter, sans prêter attention au drame terrible qui se joue sur le lieu même. Les patients montent san^ hésiter sur le marche-pied de la potence, pronon-» cent la profession de foi musulmane, tendent le cou au cordon ou au sabre avec une froide résignation; et
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sans témoigner plus de préoccupation ou de crainte, que s'il se trouvait dans une circonstance ordinaire. 82. Suicide. — Le suicide est beaucoup plus rare encore que le meurtre. Cette épidémie morale ne s'abat que sur les sociétés où la foi religieuse n'est plus vivace; que là où les consolations que répandent la perspective d'une vie future et la résignation aux décrets providentiels viennent s' émousser contre un scepticisme qui n'a laissé debout que la croyance à la douleur. Mais la religion plonge encore des racines vigoureuses dans le cœur du musulman. 11 sait se soumettre à la volonté de Dieu, qu'il voit traduite dans tous les événements. Rien ne saurait l'ébranler, car ce qui est écrit est écrit , et les décrets de la Providence sont immuables. Appuyé sur cette foi robuste , il est prompt à se consoler des malheurs qui le frappent. Il apprend sans trouble la perte de ses dignités, de sa fortune, de ce qu'il a de plus cher au monde : sa femme , ses enfants, toute sa famille. A quelque degré de l'échelle sociale qu'un revers de fortune le fasse descendre, il ne se croira jamais humilié. On conçoit que sur une résignation aussi inébranlable, le désespoir n'ait pas de prise, ni par conséquent le suicide. Si l'on pouvait citer quelques exemples contraires, il faudrait les chercher dans la classe des musulmans qui se sont laissés corrompre par les vices de la civilisation européenne ; car, on doit le dire, les Orientaux ne prennent souvent au contact de nos mœurs que leurs traits les plus funestes.
83. Duel. — Le duel , cet usage chevaleresque produit et entretenu en Europe par la délicatesse excessive d'un sentiment qui joue un si grand rôle parmi nous^ Thonneur, est inconnu aux Orientaux. Leur langue même n'a pas de mots pour désigner cette sensibilité généreuse à laquelle nous avons voué un vrai culte. Les musulmans apprennent néanmoins à combattre contre un adversaire; ils s'exercent à manier le sabre et la lance ; nous avons vu qu'ils se poursuivent à cheval avec le djérid^ mais ils ne se mesurent qu'avec les ennemis de leur religion ou de leur patrie.
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