‹ Aperçu général sur l'ÉgypteChapitre 21 sur 110 · LES COPHTES · texte numérisé non relu

LES COPHTES

Conséquences de la conquête des musulmans sur leur situalion. — Leur caractère. — Leur costume. — Leur esprit religieux. — Leurs églises.

— Pèlerinage à Jérusalem.^ — Leur clergé. — Mariages et funérailles.

— Professions des cophles-

ff

21 . Conséquences de la conquête des musulmans sur leur sUuatùm. — Les cophtes sont les habitants les plus anciens de F Egypte. Ils diffèrent peu des Arabes au milieu desquels ils vivent depuis la conquête d'Amrou , et dont la plupart ne sont d'ailleurs que les descendants des Égyptiens^ qui se sont peu à peu convertis à Tislamisme. Leur caractère se ressent de Toppression sous laquelle ils ont vécu pendant douze siècles. Lorsque, par vengeance religieuse, ils appelèrent les sectateurs de Mahomet à venir les délivrer de la domination grecque, ils étaient loin de prévoir les tristes conséquences qu'aurait sur eux leur honteuse trahison. Ils crurent, en se livrant aux musulmans , se réserver par un traité des garanties, des droits, des avantages ; mais, à peine les nouveaux conquérants furent-ils maîtres de FÉgypte,

DES AUTRES HABITANTS DE l'ÉGYPTE. 133

qu'ils violèrent sans scrupule ces conventions, et tinrent sous le double joug politique et religieux ces sectaires bigots, qui avaient préféré à la domination de leurs coreligionnaires dissidents de £onstaniinople celle des ennemis du nom chrétien.

L'état d'abjection dans lequel ils ont végété pendant plusieurs siècles a fait chèrement payer aux cophtes la faute de leurs ancèlres.

22. Leur caraclère. — Le caractère des cophtes est peu propre à les faire aimer des Européens : ils sont mélancoliques, taciturnes, sombres, et c'est sans doute à la sévérité de leur éducation et de leurs pratiques religieuses qu'il faut en attribuer la cause. De même que toutes les races qui ont vécu sous l'oppression y les cophtes sont dissimulés ; bas , rampants , serviles devant ceux dont ils ont à ménager la supériorité, ils sont fiers, durs, sévères envers leurs subalternes. Us ont une aptitude particulière pour tout ce qui se rapporte au calcul et à la comptabilité. Aussi les Mamelouks^ ces vaillants guerriers qui^ comme nos anciens gentilshommes, n'estimaient que la science des armes et se faisaient un point d'honneur de leur ignorance, avaient-ils pris pour intendants de leurs maisons des cophtes, qui, seuls en Egypte, avaient conservé quelque instruction. Les fonctions administratives, que la force des choses obligeait les Mamelouks à leur céder, fournirent aux cophtes les moyens de se venger en quelque chose des vexations de tout genre que leurs dominateurs leur faisaient subir. Chargés de l'arpentage

des terres, du maniement des fonds, ils avaient de nombreuses occasions de fr^islrer ie trésor de ceux qui les employaient. Du reste , ils faisaient ces concussions sans scrupule. Ils persistaient à se considérer comme les légitimes maîtres de l'Egypte, et ne voyaient dans les musulmans que des conquérants usurpateurs. Ces chrétiens oubliaient le mot de Jésus : « Rendez à César ce qui est à César. » Us prétendaient, en détournant les fonds dont le maniement leur était confié, prendre Leur bien là où ils le trouvaient.

23. Leur costume. — Les cophtes sont vêtus comme lesouisulmans; ils porteni.de préférence des couleurs sombres; dans Les villes, ils aiment à se distinguer des musulmans p^r la couleur noire , bleue ou grise de krurs turbans. Les femmes cophtes vôiient soigneusement leur visage , non-sieulement en public ^ mtis encore chez elles, même devant leurs plus proches parenls*

24. Leur esprit religieux^ — Les cophtes sont trèsdévots, lis suivent des pratiques austères ; ils obser* vent très-rigidement plusieurs jeunes, dont voici les principaux : F un précède d'une semaine leur grand carême, appelé /{W; il dure trois jours en commémoration de celui deNînive, provoqué par la prédication de Jonas. Les plus fervents s'abstiennent^ pendant les^ trois jours et les trois nuits, de toute nourriture. Leur principal carême , api>elé es-soun-el-kebir ( ou grand jeûne), n'était autrefois que de quarante jours ; mais, plusieurs patriarches l'ont augmenté successivement

DES AUTRES HABITANTS DE l' EGYPTE. 435

jusqu'à cinquante-cinq. Durant cette période, ils s'abstiennent de toute nourriture animale, même du lait, des œufs, du beurre, du fromage, et ne se nourris-^ «ent que de végétaux. Ils célèbrent aussi Tavent , qui s'étend pendant les vingt-huit jours qui précèdent Noël. Un autre jeûne, appelé jeûne des apô* très, comprend la période qui s'écoule entre l'Ascension et le 5 du mois d'ébid (1), et célèbrent celui que firent les apôtres après la mort de Notre-Seîgneur. Un troisième, appelé le jeûne de la Vierge, jdure pendant les trois jours qui précèdent l'Assomptioa. En outre , les coplites jeûnent pendant toute l'année le vendredi et le samedi , excepté durant les cinquante jours qui séparent la Pâque de la Pente* cote. — Je ne rappellerai pas les nombreuses fêtes qu'ils célèbrent , ainsi que les cérémonies souvent bizanres qu'ils accomplissent pendant ces solennités. 25. Letsrs églises. — Nous avons vu (2) qu'ils ont lin tréfr-grand nombre d'églises et de couvents. Leurs teffî|ries sont en général divisés en quatre ou cinq fiOffifMH'tîments. La partie supérieure, le sanctuaire j Cûnteitônt l'autel, est appelée Hei/kel; elle est sé-^ parée du >reste de l'église par une barrière en bois , dans le miliea de laquelle est pratiquée une porte, que couvre un voile revêtu d'une large croix, hè compartiment qui vient ensuite est aflFecté aux prêtres, aux enfants qui servent d'acolytes, aux chan-

(1) Voir, pour le calendrier cpphte, le § sur les dimsions du temps , poids , mesures , monnaies usités en Egypte. («) ïmne 1 , page 245.

au Caire. Il est choisi parmi les moines du couvent de Saint-Aintoine , çilué près de la mer Rouge. Un patriarche peut être nommé par son prédécesseur; mais il est en général désigné par le sort.

Lorsque le siège suprême est vacant, le supérieur du couvent de Saint-Antoine choisit dix ou douze des cénobites qu'il dirige, parmi ceux qu'il juge les plus dignes de remplir cette haute position. Il écrit leurs noms sur de petits morceaux de papier, qu'il roule ^Jt jette dans un sac. Un prêtre retire un de ces iots. Celui dont le nom sort est proclamé patriar- Xihe. Les patriarches portent un turban plus larges que leurs coreligionnaires. Ils sont revêtus de ri« :QÏies étoffes^ néanmoins ils sont soumis à des rè- ;g)es cdaoniques trèssévèrâs : psHr exemple, ils ne pi^vent pas dormir sans être réveillés à chaque <<}ttart d'heure. Ils exercent une grande influence sur toute la nation cophte. Leur autorité est très*respectée. On a souvent recours , dans les afifoires civiles^ à leur décision.

28. Mariage el funérailles. — Les cophtes se marient entre eux et ne contractent pas d'union avec jdfis personnes d'une religion différente. Plusieurs des cérémanies du mariage sont les mêmes que celles que suivent les musulmans; comme eux^ les cophtes attachent une sorte de déshonneur à la stérilité d'une femme. — Leurs funérailles n'ont rien de remarquable, ils emploient comme les musulmans les pieu* reuses salariées. Une femme porte le deuil de son mari pendant un an , et le mari pendant six mois

DES AUTRES HABITANTS DE l'ÉGYPTE, A39-

celui de sa femme; durant la période du deuil l'époux survivant ne peut pas se remarier.

29. Professions des caphtes. — Les cophies ont beaucoup d'écoles, mais pour les garçons seulement ; très-peu de femmes parmi eux savent lire. On enseigne aux enfants les psaumes de David, les évangiles, les épitres des Apôtres. Les cophtes parlent arabe ; ils ne comprennent presque plus, surtout ceux de la Basse-Egypte, la langue de leurs ancêtres. De même que du temps des Mamelouks, beaucoup de cophtes sont employés dans l'administration, dans Farpenlage, dans la perception des impôts. Dans^^ les villes, ils exercent diverses industries; au Caire, ils sont tailleurs , orfèvres ; dans la province de Menouf, ils ioRt des nattes. Dans, le Fayoum, ils travaillent à la distillation de l'eau de rose: à Siout, ils tissent le lin dans les villages; ils s'adonnent en général, comme les fellahs égyptiens, aux travaux agricoles.

Page 1