‹ Aperçu général sur l'ÉgypteChapitre 38 sur 110 · OU TROUPES RÉGULIÈRES · texte numérisé non relu

OU TROUPES RÉGULIÈRES

Heureux résultats de la création de Tarmée égyptienne pour la civilisation.— M. Sète (Seliman-PadiB). — Déb«(« de rorganisatioii des troupes régalières. -^ Infanterie égyplieane. — Cavalerie. — Éc#le de cavalerie. — ArtiUerie. — École d^artillcrie. — Administration militaire. — Uniforme des troupes. — Grades.

2 1 . Heureux résultais de la création de Varmée e^ffp* tienne pour la civilisaUcm* — La guerre ^ Hialgréles

2i2 G^OUVERNEllENT, INSTITUTIONS,

malheurs particuliers qu'elle entraîne, a été jusqu'à présent le moteur le plus actif de la civilisation. II n'est pas une révolution heureuse qui n'ait été consacrée par les batailles et qui ne porte le nom d'un conquérant. Les grands hommes, ceux qui ont laissé les souvenirs les plus populaires et qui excitent le plus d'admiration et d'enthousiasme, Alexandre, César, Charlemagne, Napoléon, ont été, avant tout , de grands guerriers.

On ne peut mieux constater l'influence directe de la guerre sur toutes les branches de la civilisation que dans le cas de l'Egypte.

Là tout était à faire , et tout a commencé à être fait à la suite de l'organisation militaire.

Méhémet-Âii j qui avait combattu contre les Français , comprit tout de suite les avantages de la tactique. Il devait, avant tout, chercher à se maintenir; il vit qu'il ne le pouvait qu'avec la force des armes; toutes ses préoccupations durent donc se porter sur la formation d'une armée : c'est en effet son armée qui lui a assuré pleine sécurité au dedans, et puissance au dehors.

La formation d'une armée régulière a eu des résultats généraux très-utiles pour l'Egypte.

D'abord , elle accoutumait à un ordre sévère un pays qui n'avait connu jusqu'alors que l'anarchie, et qui était habituellement la proie d'une milice turque et albanaise, soldatesque indisciplinée, turbulente, oppressive.

Elle établissait l'unité, la hiérarchie, la régularité,

la force ^ là où tout se décomposait et s'affaiblissait.

Enfin elle relevait le peuple arabe ; elle le préparait à avoir un esprit national , à reprendre la fierté et la confiance en soi, sentiments nécessaires à une nation indépendante.

Mais les conséquences immédiates et pratiques sont bien plus nombreuses, bien plus frappantes encore; on peut dire qu'elle a été la cause de tous les progrès que rÉgy ptea vu s'accomplirpendantcesdernières années.

Pour organiser Tarmée il fallait des instructeurs : de là, la nécessité de recourir aux chrétiens , d'habituer les soldats à obéir à des infidèles , à apprendre d'eux la marche, le maniement des armes, les évolutions et la subordination, la discipline et la précision militaires. On a commencé par faire des soldats , il a fallu avoir des officiers pour les comman* der ; et cette nécessité a amené celle de fonder et de répandre l'enseignement des mathématiques, du dessin^ de la géographie, de la stratégie^ etc.

L'armée constituée, on a dû pourvoir à son entretien. On a senti qu'il fallait la soigner, la bien vêtir, construire des casernes pour la loger, avoir des médecins pour traiter les malades. L'armement et l'équipement ont exigé la création d'arsenaux, d'ateliers, de fabriques. Une armée comprend de l'artillerie, du génie, de la cavalerie; pour entretenir ces armes savantes , on a dû étendre progressivement l'instruction; on a envoyé déjeunes Turcs, de jeunes Arabes , faire leur éducation en Europe , et s'instruire non-seulement dans l'art militaire,

214 GOUVERWEMENT, INSTITUTIONS,

mats encore dans toutes les sciences et les professions industrielles qui, de près ou de loin, se rapportent à la guerre.

22. if. Sève {Saliman-Pacha). —Ce sont des officiers de l'empire, français et italiens, que les événements politiques avaient arrêtés dans leur carrière et amenés en Orient , qui ont présidé à la formation •de l'armée r^ulièrc du vice-roi. Parmi eux , se fit remarquer M. Sève , ancien aide-de-camp des marêehaux Ney et Grouchy. Tout en rendant Justice à beaucoup de braves militaires qui Tout secondé, il faut reconnaître que c'est lui qui , assurément, a le plus contribué à cette organisation. Né, en quelque sorte , avec le génie de la guerre , M. Sève entra de très-bonne heure au service, en 18041, et passa successivement dans les différentes armes. Ce fut pour lui un excellent apprentissage pendant lequel s'exercèrent et se développèrent son intelligence naturelle, son aptitude pour tous les exercices du corps, la vigueur de sa robuste constitution, son excellent caractère^ et qui le rendit plus que tout autre propre à se mettre à la tète d'une entreprise aussi difficile que la création d'une armée. Aussi fut41 promptemmit apprécié par le vice-roi et Ibrahim-Pacha. Il devînt successivement chef de bataillon , colonel , et c'est etk cette qualité qu'il fit la campagne de Morée, avec le titre de Sôliman-Bey ; au retour de cette expédition , il fut fait général de brigade , et enfin , après la campagne de Syrie, pacha et général de division»

Les brillantes qualités qu'il a manifestées. dans sa carrière ont été appréciées bautemeni par M. le duc de Raguse. J'aime à citer les termes dans lesquels l'illustre maréchal a formulé son jugement sur Sck iiman-Pacha t

c EIn s' élevant et en TOjant s'agrandir le cercde de son autorité j Soliman-Pacha a constamment ré* fléchi sur son métier. Il a beaucoup lu y beaucoup étudié y et il a fait les plus heureuses applications de son expérience et de ses méditalions. Il est devenu un homme d'un mérite supérieur : on peut dire de lui que ce que les circonstances de sa vie ne iui ont pas permis d'apprendr^ il l'a deviné. Car n'ajaat servi en France et combattu avec nous que da« des grades subalternes, il a deviné la grande guerre et l'a fistite avec succès en Egypte. Il en parle à merveille : il a les idées les plus saines sur tout ce qui tient à l'organisation des armées, & leurs mouvem^ftls et sur les principes qui doivent les régir. C'est enfin un général consommé , et qui serait reoiarqué dsM^s tous les étatsrmajors. *

23. Débuis de l'organisation des troupes régulières. — Voici quels Curent les commencements de l'organisation :

Méhémet-Âli fournit à M. Sève cinq cents de ses Mamelouks, pour Les faire instruire au maniement des armes et aux éooles du bataillon et du peloton. Tous •les grands du pays furent obligés de donner leur contingent, ce qui porta à mille le nombre de cçs jeunes gens. Ces Mamelouks devaient être le noyau

de rarmée égyptienne ; mais il n'était pas facile de les discipliner et de les instruire. Pour les éloigner de toute distraction , ou plutôt afin de dérober Fessai que l'on allait faire sur eux, aux soupçons du fanatisme et des préjugés, on assigna Âssouan, à la première cataracte, pour chef-lieu de l'instruction. Déjà le vice-roi y avait fait bâtir quatre casernes spacieuses, dans lesquelles ces mille élèves furent enfermés et dressés aux principes du métier. 11 fallut trois ans pour leur première instruction. De nombreux obs* tacles furent surmontés. L'un des principaux était la fierté de ces musulmans qui ne pouvaient obéir sans peine à des chrétiens. La régularité des évolutions , le silence qu'il fallait garder pendant les manœuvres, déplaisaient aussi à cette réunion déjeunes gens amoureux des jeux et des exercices bruyants. Plusieurs fois, des complots furent formés contre la vie de M. Sève; un jour même qu'il commandait l'exercice à feu, une balle dirigée contre lui siffla distinctement à ses oreilles; sans se déconcerter, il fit recommencer l'exercice, et commanda le feu une seconde fois. Dans une autre circonstance où sa vie avait été menacée par un soulèvement , il proposa aux Mamelouks de se battre au sabre successivement avec chacun d'eux, afin de leur épargner, disait-il, la honte d'un lâche assassinat. Tant de générosité et de courage fit taire tous les mécontentements , et lui valut l'afiection de ses élèves dont il eut achevé l'apprentissage au bout de trois ans.

Lorsque les premiers cadres furent formés, il s'agît

de trouver des soldats. Le vice-roi ne pouvait les prendre parmi les Turcs ou les Albanais qui déjà , sur quelques efforts que Ton avait faits pour les régulariser, s'étaient révoltés. Cette soldatesque n'aurait pas pu se plier à là discipline. Il n'osait pas hasarda encore de les prendre parmi la population égyptienne. La seule ressource qui lui restât était donc de faire venir des nègres du Kordofan et du Sennâr. Trente mille furent dirigés sur Benehali , près de Monfalout, sur la rive gauche du Nil, dans la Haute-Egypte. En même temps qu'ils arrivaient, les Mamelouks organisés descendaient d' Assouan et se rendaient à Benehali. Là se formèrent, en janvier 1823, les six premiers régiments dans lesquels les Mamelouks , déjà instruits au maniement des armes et à quelques manœuvres, furent placés comme officiers. On employa toute l'année 1823, et jusqu'au mois de juin 1824 , à perfectionner l'instruction. Ce fut à celte époque que le vice-roi expédia le premier de ces six régiments pour l'Arabie centrale, *le second pour le Sennâr, et les quatre derniers, sous lés ordres d'Ibrahim- Pacha, pour la Morée.

Au reste, les premiers essais furent loin d'être tous couronnés de succès. La plupart des nègres levés dans le Kordofan et le Sennâr périrent par plusieurs milliers, car les nègres vivent difficilement en Egypte et sont peu propres à y supporter les fatigues du service militaire. Le vice-roi , qui sentait chaque jour davantage le besoin d'une armée régulière, conçut et réalisa alors l'idée hardie de recruter ses troupes

218 GOU^'EHNEMENT^ INSTITUTIONS,

parmi les Égyptiens. La tentative était périlleuse, rien n'égala d'abord l'irritation des Arabes. Il y eut des soulèvements partiels ; ils furent réprimés ; puis, lorsque les fellalis se virent mieux nourris et mieciK vêtus sous les drapeaux qu'ils ne l'avaient jamais i^é, ils finirent par s'accoutumer à leur nouvelle condition.

Quand l'organisation de l'armée eut acquis quelque importance, on appela de France le général Boyer, le colonel Godin et plusieurs officiers supérieurs, qui concoururent à donner à l'œuvre la dernière main.

24. infanterie égyptienne. — L'infanterie égyptienne, qui a eu les premiers soins du gouvernement, a toujours vivement occupé sa sollicitude. Une école a été fondée à Damiette, de laquelle sortent des jeunes gens destinés à entrer , comme sous-officiers et officiers, dans les corps. Elle se compose de quatre cents élèves , auxquels on enseigne l'exercice et les manœuvres, l'administration militaire, les langues turque , arabe et persane. L'école est sous la direction d'un officier piémontais, ancien capitaine de l'empire > M. Bolognini, qui a été fait lieutenantcolonel en récompense des services qu'il a rendus comme instructeur et des succès qui ont couronné son zèle.

M. le duc de Raguse a vu manœuvrer un corps d'infanterie égyptienne; voici ce qu'il en dit :

« Une très-belle brigade d'infanterie ^ composée des neuvième et vingtième régiments , se mettait en

RVSSOORCES POLITIQUES. 310

roQle pour Saez , où elle devait s'embarquer pour aller renforcer Tarmée de l'Hedjaz. J'en passai la revue. Elle manœuvra pendant trois heures devant moi , dans la plaine de Lokoubéh , non loin des tombeaux des califes et près de celui de Malek-Adei, frère de Saladin. J'eus lieu d'être extrêmement content; quoique cette brigade fût composée de fort jeunes soldats , attendu que les cadres de ces régi* ments étaient revenus de l'armée pour recevoir des recrues , on pouvait remarquer que , dans cette formation , l'action du chef suprême se faisait sentir ; car il y avait à la fois bonne tenue , discipline et instruction. »

25. Ctwaierie. — Ce ne fut qu^au retour des troupes égyptiennes de la guerre de Morée que commença Forganisation de la cavalerie régulière.

Ibrahim-Pacha , qui eut occasion de voir en Gréoe la cavalerie française, comprit que les hommes à cheval 9 agissant en masses, par pelotons , par esc^ drons, par régiments, devaient avoir sur la cavalerie irrégulière les mêmes avantages qu'a l'infanterie disciplinée sur celle qui ne l'est pas. Dès sa rentrée en Egypte il s'occupa donc activement d'organiser une cavalerie : des instructeurs européens furent appelés , et Ton forma des régiments de chasseurs , de cuirassiers , de lanciers, de dragons, etc.

26. École de cavalerie. — Une école de cavalerie a été établie à Giseh, dans l'ancien palais de Mourad- Bey. On vient de lui donner, sauf quelques modilications exigées par les localités , la même organisa-

tion que celle de Saumur. On y apprend à de jeunes Turcs et Égyptiens mêlés, les manœuvres de la cavalerie, l'exercice à pied, le dessin, l'escrime , le manège et l'administration militaire. < Elle a déjà atteint la perfection , dit le duc de Raguse , et doit avoir la plus grande influence sur l'avenir de l'armée égyptienne. Cette école se compose de trois cent soixante jeunes gens , qui forment trois escadrons. C'est le lieutenant-colonel Yarin, ancien aidede-camp du maréchal de Gouvion-Saint-Cyr , qui l'a créée et la dirige. Le succès qu'il a obtenu lui fait le plus grand honneur. » Depuis le voyage de M. le duc de Raguse , M. Varin a été nommé bey et colonel. C'est une bien juste récompense de ses services auprès du vice-roi.

27, Artillerie. — L'artillerie régulière fut organisée en même temps que l'on forma l'infanterie. Ce furent des instructeurs européens qui la créèrent et d'anciens officiers de l'Empire qui furent mis à sa tête. Parmi les Turcs qui se sont adonnés à cette arme ont surgi quelques hommes très-remarquables, àlatête desquels s'est placé surtout Éthem-Bey (1). Cet officier distingué a fondé et dirige des manufactures d'armes et de pièces d'artillerie, qui se trouvent dans la citadelle du Caire et qui , d'après le maréchal de Raguse , dont l'autorité est si haute en ces matières, ne peuvent assez être louées. J'aime à citer le jugement porté sur Ethem-Bey par le maréchal : « Par la seule force de sa volonté , dit-il , Ethem-Bey

(1) Il est aujourd'hui ministre de l'instruction publique.

a appris, sans avoir de maître, le français, qu'il parle correctement; les mathématiques, qu'il connaît à merveille ; et la science de F artillerie , où il se place , à mes yeux , de pair avec les meilleurs officiers d'artillerie et les directeurs de matériels les plus habiles. C'est une des plus fortes tètes admi« nistratives que j'aie jamais rencontrées. Il y a eu du talent à Méhémet-Ali à deviner le mérite d'un pareil collaborateur, et du bonheur à l'avoir rencontré. »

28. École d'artillerie. — Une école d'artillerie est établie depuis quelques années à Torrah. Elle renferme de trois à quatre cents jeunes gens , auxquels on enseigne les langues arabe, turque; l'arithmétique, l'algèbre, la géométrie, la mécanique, le dessin, la fortification , et tout ce qui, dans les hautes sciences, est applicable à l'artillerie. Le colonel portugais Seguerra , qui a été pendant quelques années à la tête de cette école et qui fut fait général de brigade par le vice-roi , rendit de très-grands services à cet établissement.

On a joint à l'école un régiment d'artillerie à pied et un régiment d'artillerie à cheval , avec un polygone qui sert pour les troupes et pour les élèves. Voici comment le duc de Raguse , aux savantes et compétentes appréciations duquel je ne saurais me lasser de recourir, s'exprime sur ces corps :

« Le régiment d'artillerie à cheval , qui a six compagnies , a manœuvré devant moi avec vélocité et beaucoup d'ordre et de précision. Les hommes sont

223 GOUVEHNEMENT , lUSTiTUTIOifS,

beaux , instruits et d'une belle tournure militaire ^ les attelages exodients ^ quoique les chevaux soient de petite taille , mais tels que le pajs lé comporte. Les canonniers sont bien montés ; leur tir est vif et preste. C'est une arlillerie de guerre excellente et compiarable à celle des armées de TEurqie. Le colonel de ce corps est un homme trèsK^apable et plein de zèle.

» Le régiment d'artillerie à fÂed se compose de dix -huit compagnies ; il fit l'école, et le feu des pièces

de canon fut parfaitenent dirigé , celui des mortiers bien moins.

» En voyant cette artillerie, on ne peut qu'admi-* rer la puissance qui a transformé des fellahs en aussi bons soldats. »

Je demande la permission de cker une dernière phrase du duc de Raguse sur l'ensemble de l'armée, t Lorsque les écoles, dit le maréchal , auront donné deux à trois mille sujets, ce qui arrivera d'ici à trèsr peu d'années, Tarmée égyptienne sera parfaitement constituée. »

29. Administration mlitaire. — Les troupes égyptiennes ont été organisées toutes, infonterie, cavalerie, artillerie, sur le modèle des troupes françaises. On a adopté nos marches , nos musiques militaires. Le commandement seul est foit en tufc ; cette langue s'y prête d'ailleurs admirablement* Les règlements et les ordonnances qui ressent l'armée française ont été exactement suivis. Les grades qui ont été établis sont les mêmes que les nôtres.

RESSOURCES POLITIQUES. 2fô

Pour radmiûistration, on créa dès le principe tm ministère dont Torganisation fut bien moins complt* quée que chez nous, mais les attributions plus étea^ dues. C'est le ministère de la guerre qui est chargé de toutes les fournitures, armement, équipement , habillement. Il tire des magasins de TÉtat les munitions de guerre, les vivres , les médicaments , etc.

L'administration des corps est encore plus simple ; ils n'ont pas d'achats à faire, pas de marchés à pafk ser, partant point de maniement de fonds; dèslors aucune chance de dilapidation.

Le service de santé a eu aussi pour base Torganisation française; mais il a dû subir des modifications commandées par la difTérenœ des lieux. Chaque ré* giment a dû avoir le personnel et le matériel nécessaires pour former en toute occasion des hôpitaux régiraentaires. Nous titrerons dans plus de détails sur ce sujet, au chapitre qui fera connaître l'état de la médecine en Egypte.

La nourriture des soldats se compose de rations de pain , de viande, de riz, de lentilles , de beurre ^ d'huile, de savon, le tout d'assez bonne qualité et en quantité suffisante.

30. Uni/orme des troupes. — Elles sont vêtues simplement. Leur costume, assez commode, con* serve le caractère national. 11 se compose d'un bon* net rouge , car les préjugés n'ont pas permis encore d'adopter le shako, ou quelque chose qui resseiablê à la coiffure chrétienne; d'une veste justaucorps, agrafée sur la poitrine, et qui s'engage sous le pan>

talon. Celui-ci est une espèce de jupe, serrant à gaine, large jusqu'au genou, auquel se trouve adapté une sorte de guêtre. Le milieu du corps est serré par une ceinture. Les vêtements sont en drap pendant l'hiver, et en forte toile de coton pendant Tété. Pendant Fhiver, la garde, Tartillerie et la cavalerie ont la veste bleue ; celle de la ligne est rouge. Le costume d'été est blanc pour toute l'armée. Des souliers turcs en peau^ rouge forment la chaussure. La bufQeterie est blanche pour l'infanterie et la cavalerie, et jaune pour l'artillerie.

L'uniforme des officiers ne diffère de celui des soldats que par la qualité du drap et les broderies dont il est surchargé. C'est la couleur rouge qui est généralement adoptée pour les officiers. Voici comment les grades sont distingués : le caporal porte un brandebourg sur la poitrine; le sergent, deux; le sergent-major, trois. Le lieutenant porte sur la droite de la poitrine une étoile en argent; le capitaine, une étoile et un croissant du même métal ; l'adjudantmajor a la demi-lune en or et l'étoile en argent ; pour le chef de bataillon, la demi-lune et l'étoile sont en or; pour le lieulenant-colonel, la demi-lune en or, l'étoile en diamants; le colonel porte le même insigne en diamants. Le général de brigade a deux étoiles dans la demi-lune, le tout en diamants; le général de division a trois étoiles dans la demilune.

31. Grades. — Les grades sont dénommés de la manière suivante :

Caporal.

Sergent

Sergent-major.

Adjudant-sous-officier.

Sous-lieutenant.

Lieutenant.

Capitaine.

Adjudant-major.

(^hef de bataillon.

Lieutenant-colonel.

ColoneL

(général de brigade.

(Général de division.

(«énéralen chef.

Oun-bachi.

Chaouich.

Bachaouiclu

Soko!agassi.

Melasem sane.

Melasem evel.

lusbachi.

Sakologassi.

Bimbachi.

Kaimakan.

Mir allai.

Mir lioua.

Mir miran.

Séraskier.

Chef de dix.

Adjudant de gauche.

Second lieutenant.

Premier lieutenant.

Chef de cent.

Adjudant de droite.

Chef de mille.

Lieutenant.

Prince de régiment.

Prince du drapeau.

Prince des princes.

Les colonels et les généraux de brigade ont le titre de beys ; les généraux de division sont pachas à deux queues.

32. Traitemenls. — La solde du simple soldat est de 15 piastres par mois, ce qui fait deux sous et demi par jour. Le caporal a 25 piastres, le sergent 30, le sergent-major 40, Tadjudant sous-oflicier 60, le sous-lieutenant 250 , le lieutenant 350, le capitaine 500, Tadjudant-major 1200^ le chef de batail-* Ion 2^500, le lieutenant-colonel 3,000, le colonel 8,000, le général de brigade 11,000, le général de division 12,500.

Le traitement des officiers supérieurs est , comme on voit , très-considérable. Le vice-roi a eu en vue d'attacher par cet appât à la nouvelle organisation les Turcs, qui montraient pour elle une grande ré* pugnance. D'ailleura les chefs sont forcés de faire de grandes dépenses.

S90 GOUV EBI«£MLEI«T , INSTITUTIONS^

33. IHiciplwe. — La difictptkie est établie absolument comme dans notre armée : c'est le code mîlîtaire français qui a été traduit et mis en vigueur. Dan& le priacîpe, remploi die la bastonnade a été nécessaire. Mais le vh^nà et Ibrahim-Pach» Font beaucoup restreint, et on clierche à Fabolir entièrement.

34. EsprU mlilaire des Arabes. — Les Arabes sont peut-être les hommes les plus propres à devenir de bons soldats. Hs sont en général robustes, bien conformés^ sobres, supportant trèsbien la fatigue ; ils sont soumis, obéissants, intrépides dans le daiï^er ; ils supportent tes revers avec résignalioa; ifs vont a« feu sans eramtew On connaît beaucoup de traits qui leur font honneur; j'en cite ^uelquesmus»

A t» balaïHe ê» Homs, un scMàl dui T" <$e cavale- Bie, nommé Mansour, ne vouhit jamais se retirer du Qbamp de bataille, qtïoiqu'il eût eu un bras emporté. U chargea à 1» tète de son escadroit avec te plus grand courage et trouva la mort en combattant .

A la bataille^ ée Koniah , tous te» bliessés ^ficore eor état de porter mue armé* forcèrent là consigne qui les retenait dans leur hôpital, et volèrent sur le champ de bataillto partager h gloire oct la mort de leurs: camarades;.

€^esl} à cette même bataille qu'un soldat du 4* de cavalerie tomba blessé de son cheval. Le général Aebmet - Meneekiy , qui Ue vit ^ s'empressa- de lui offrir le sien ; mais l'intrépide soldM refusa en di-

KBSSODRGES POLITIQUES. 227

saut : qu'il aimait mieux mourir sur le champ de bataille et être témoia de la victoire de ses compagnons.

Dans une autre circonstance , un jeune tambour du 15* de ligne, déjà blessé, Tit toute sa compagnie dii^persée et mise en déroute. Malgré sa blessure et le feu le plus Tif qui faisait pleuvoir les balles autour de lui, il n'en continua pas moins à battre la charge sans reculer d'un seul pas. Ses compagnons unirent par rougir de voir un enfant leur donner l'exemple de la bravoure , et revinrent au combat pour venger leur honneur.

Mais parmi tous ces faits , il en est un plus remarquable et qui rappelle les traits nombreux de la valeur française. Soliman-Pacha , en faisant la revue d'un régiment nouvellement arrivé, aperçut au milieu des rangs un jeune homme âgé de 16 ans et d'assez chétive apparence, appelé Hadji-Ali. Soliman-Pacha voulut le renvoyer en disant qu'il ne ferait jamais qu'un mauvais soldat; mais Ali s'obstina à demeurer sous les drapeaux , ajoutant qu'à la première occasion il saurait donner un démenti éclatant à la parole du général. Quelque temps après , au siège d'Acre, la garnison fit une sortie, dispersa les tirailleurs et mit en fuite le 8* de ligne qui se trouvait en avant. Le S"" de cavalerie , dont faisait partie Hadji'Ali, s'avança pour le soutenir et fit une charge brillante. Les assiégés furent repoussés. Mais Ali,, non content de participer à la gloire de ses compagnons, délivra, de ses mains, un capitaine qui venait

iff.

228 GOUVERNEMExNT , INSTITUTIONS,

d'être pris, courut sur un officier turc qu'il fit prisonnier, et les amena tous deux à Soliman-Pacha ^n lui disant : Soutiendras-tu encore que je suis un mauvais soldat?

Les Turcs , qui avaient un profond mépris pour les Arabes, restèrent long-temps sans les croire capables de se mesurer avec eux. La guerre de Morée commença à leur prouver que ce peuple timide et avili par l'oppression pouvait reconquérir son ancienne glœre, et était digne de leur disputer le succès d'une bataille. La conquête de Syrie et les victoires d'Homs, de Beylan et de Koniah, leur démontrèrent sinon leur supériorité individuelle^ du moins la puis-* sance de leurs masses dirigées par la tactique.

Les Égyptiens qui se sont fait remarquer comme soldats ne méritent plus les mêmes éloges lorsqu'ils sont arrivés aux grades d'officiers. Ils ne sentent pas assez alors la dignité de leur nouvelle position. Ils n'ont pas, comme les Osmanlis et les Mamelouks, l'art du commandement. Us reviennent à leurs anciennes habitudes, et, malgré les bonnes intentions du vice-roi et de son fils, on n'a pu les faire avancer dans les grades supérieurs.

£n conséquence, tous les hauts grades sont remplis par des Osmanlis et des Mamelouks; peut-être même l'incapacité des Arabes à exercer le commandement est-elle chose heureuse , car ce peuple est si inconstant, si mobile, que si les soldats eussent été dirigés par des officiers sortis de leurs rangs et de leur race, ils se seraient fréquemment révoltés. Dans

rétat actuel des choses , les soldats sont trés*bien conlenus par leurs chefs. Les officiers , de leur côté, ne pouvant pas compter sur leurs soldats comme sur leurs compatriotes , sont forcés à une certaine réserve. C'est un contrôle réciproque qui assure la bonne discipline de Farinée.

Les Arabes ont te sentiment de la famille si profondément enraciné, et ils ont tellement besoin d'avoir des femmes^ qu'il a fallu leur permettre de tenir auprès d'eux quelques-uns de leurs parents et de se marier. Sans cela, il eût été difficile de les contenir et d'empêcher la désertion. Au reste, pour un pays qui a aussi* peu de population , il n'était pas indiffé* rent que cinquante ou soixante mille hommes vigoureux contribuassent à la reproduction. Mais lorsqu'il faut se mettre en campagne, les soldats partent seuls.

Le gouvernement s'est occupé des enfants de troupe ; on accorde à chacun d'eux la ration et la demi-solde.

35. Tableau des forces militaires du vice- roi ^ et de leur répartition. — Voici quelles étaient les forces militaires de l'Egypte avant la dernière guerre :

Garde de S. A. le vice-roi , composée d'un bataillon d'artillerie, de trois régiments d'infanterie et de deux régiments de cavalerie , environ 12,000 hommes.

Garde d'honneur du généralissime, 500 hommes.

Dépôt des officiers; un bataillon, 800 hommes.

230 GOUVEEffEMCNT, IBfSTlTtJTIONS ,

Ciniq régiments d'ardller ie y dont trois à pied et deux à cheval, 11,600 hommes.

Seize batteries de six pièces, 1800 hommes.

Uo régiment du traio , 1200 hommes.

Deux bataillons du génie , 1600 hommes.

Trente-six régimentsd'ioCanterie, 115,000 hommes.

Quinze régiments de cavalerie, 12,000 hommes.

Trojjpes irr^uli^es ( Candiotes , Albanais et Bédouins), 26,000 hommes.

En tout^ environ 180,000 hommes.

Voici quel est aujourd'hui le nombre de soldats que compte Mébémet-Ali , et comment ses troupes sont r^rties sur toutes ses possessions. *

TROUPES RÉGUUÈRES.

l*' régiment d'artillerie de la garde,

à Hama,

2« — à pied ,

à Alexandrie,

& Alep,

1« régiment d'artillerie à cheval ,

à Homs,

à Damas,

4 pelotons d'artillerie détachés,

à Acre,

i«' bataillon d'artilleurs,

dans l'Hedjaz,

±*t régiment d'infanterie de la garde,

à Anteb,

à Marach,

à Alep,

1" régiment d'infanterie (5' bataillon),

au Soudan,

i Anteb,

dans l'Yémçn,

à Marach,

à Adana,

à Kilis,

dans l'Hedjaz, J reporter.

Report ,

régiment dlnfanterie,

au âoudan^

à Alep,

à Alep,

â,OM

à Orfah,

à Anteb,

ift«

dans rHedjtz,

à Âlep,

à Deryeh,

eu Candie,

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àOff«b^

2,se9

à Acre,

ld«

dans VHedjaz^

à Jémen,

Si-

dans VÏL^Zy

àOrfah)

à Jambo,

à Antioche,

à Jérusalem,

au Caire,

à mudeidi,

à Pjudeidt,

à Adana,

à Hama,

à Alep,

au Caire,

à Alexandrie,

à Kélis,

au Caire,

IT

régiment de cavalerie de la garde,

à Latakie,

— de la garde,

cuirassiers,

à Elbezan,

1er

régiment de cavalerie.

à Orfah,

lie

à Zambé,

en marche poui

• Alexandrie,

à Adana,

en marche poui

• Alexandrie, A reporter.

Jteport, 110,930

€• régiment de cavalerie, à Damas, 770

^' — àTarsous, 742

^* — à Damas, jria

Ô* — en marche pour Alexandrie, 816

*0* — à Acre, 768

*i* — àKélis, 7»6

*2* — àTarsous, 662

15« — àOrfah, 806

Le bataillon de vétérans, au Caire, 5,980

1" régiment de sapeurs, à Acre, 812

1" bataillon de vétérans, à Alexandrie, 791

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