ORGANISATION DU SERVICE MÉDICAL
ÉDUCATION 9 MANIÈRE DE VIVRE ET PRATIQUES DES ÉGYPTIENS CONSIDÉRÉES SOUS LE POINT DE VUE HYGIÉNIQUE.
Éducation des Égyptiens. — Leur genre de vie. — Abstinence du vin. ^- Usage du café, de l'opium, du haschisch. ^- Usage des bains. — * Conseils aux étrangers établis en Egypte.
d. Éducation. — En examinant l'Arabe dans les différentes phases de sa vie, on le trouve, au sortir du sein de sa mère, exposé nu, ou simplement enveloppé d'un lambeau de toile grossière, à toutes les intempéries des saisons. 11 devient ainsi , dès sa naissance , insensible à Faction des causes exté«
rieures qui influent plus ou moins sur l'organisation de tous les êtres. Il se développe promptement » sans être atteint -de scrofules, de rachîtis, etc. Quelquefois, il est vrai, il présente dans son bas âge des symptômes morbides du côté de Tabdomen^ qui se dénotent par la prédominance qu'acquiert cette partie de son corps. Cette disposition doit être attribuée au défaut de soins éclairés qui devraient entourer Tenfant dans ses jeunes années , à la manière dont on le nourrit , à la quantité de lait dont on le gorge en tout temps, à toute heure de la journée ; ce qui occasionne des digestions pénibles et produit, à la longue, le développement des vis-> cères abdominaux, ainsi que nous venons de le dire. Mais ces dispositions ne sont point générales, et, quand elles existent, elles se dissipent promptement. Â Tâge de six ou huit mois , Tenfant exerce ses premiers pas dans le monde , et , de sept à huit ans, précoce d'intelligence et de forces, il se suffît à lui-môme. Alors commence sa carrière gymnastique. Au Caire, à Alexandrie et dans toutes les villes, on le voit déjà , animé de l'amour du gain , offrir son baudet pour de longues et périlleuses courses. Quel est le voyageur qui n'a pas été assailli par la foule importune des hourriquiers ? quel est celui qui n a pas admiré leur agilité, leur adresse, leur nullité de besoins dans de longs trajets, faits au galop, sans chaussure, sur un sable enflammé et sous un ciel brûlant?
Le compagnon de ses premiers travaux ^ quoique
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fort et infatigable» ne lui suffit plus à mesure qu'il grandit. L'Arabe entre alors dans la classe des seyié Nous avons dit ce qu'étaient ces palefreniers qui contractent dès leur enfance Thabilude de courir presque aussi vite et plus longtemps que les che* vaux. Cet exercice^ qui serait trop violent pour tout autre peuple que le peuple arabe, ne produit point chez lui tous les inconvénients auxquels il donne naissance ailleurs : il n'en résulte, pour rAral>ef qu'un développement considérable des organes re&« piratoires et musculaires.
2. Genre de vie. ~ Une des causes puissantes de l'excellence de la constitution des Arabes et des Égyptiens en général est due à leur sobriété nato^ r^lleetila manière dont ils distribuent leurs repas. Le fellah y comme l'Arabe du désert, sait très-bien qu'une nourriture abondante et trop animalisée ne s^ accommode point avec le climat de l'Egypte et la chaleur intense du soleil. Il sait par instinct et par expérience que, quand l'estomac ne renferme qu^une petite quantité d'aliments de facile digestion, toutes les fonctions s'exécutent avec aisance et régularité , que la respiration n'est point gênée , que la tête est libre , les articulations souples , et que , dans cet état , on supporte facilement les fatigues les plus considérables. L'habitant du désert, quand il monte sur son dromadaire au lever du soleil pour parcourir de longues distances, n'emporte avec lui, pour toute provision du jour, qu'un petit sac de farine et une outre remplie d'eau. 11 pétrit dans une
6oape de bois y eomplément obligé de son équipe^, liient , cinq ou six boaleltes de pâte de la grosseur d'une noix qu'il fait dessécher au soleil, ou cuire sur la braise. Cette nourriture ^ accompagnée quel-* quefois de dattes sèches ^ suffît souvent à le soutenit pendant toute une journée.
Si les Égyptiens fellahs ne poussent pas la frugsh. lité aussi loin que les Arabes du désert, si les habitants des villes apportent dans le elH)ix de lemw aliments un certain luxef inconnu aux autres, ils n'en conservent pas moins la sobriété la plus grande; ilâf ne prennent jamais que la quantité de nourriture suffisante pour les soutenir^ et n'ont point recours^ pour se créer un appétit factice, à tous les me^ excitants dont les Européens usent avec tant d# profusion.
3. Ab^inence du vin* — L'abstinence du vin et des boissons alcooliques, -parmi les musulmans, es^ une autre cause qui tend à les préserver d' une fople de maladies auxquelles les habitants des climate chauds seraient sans ciesse exposés , sans cette sa00 précaution.^ La grande majorité des Égyptien» M connaît d'autre boisson que l'eau j les chrétiens ék les juifs seuls font iisage du vin^et plus particulier rement de l' eau-de-vie.
4. Du café el de l'opium. — Le café est un des stir mulants dont se servent les Égyptiens^ Quoiqiu'if soit loin de {Mroduire sur l'organisme les mêmes ett^Uk que les autres boissons excitantes, je crois eepee^M que son usage habituel parmi le» muenUnaoe^ ft'e«f piHif
sans influence funeste sur leur constitution , et qu'il doit occasionner de fâcheux effets sur les personnes à tempérament impressionnable. D'un autre côté, le café, comme tous les stimulants, finit par produire rinnervation , et je ne serais pas loin de croire que cette boisson ne soit une des causes de Timpuissance dont se plaignent beaucoup d'Orientaux. Mais une cause plus active encore que le café; qui occasionne Finfirmité que nous signalons, est l'usage de l'opium si répandu parmi les musulmans et surtout parmi les Turcs, et dont l'action excitante sur le système nerveux en produit secondairement une autre de prostration et d'abattement considérables. L'usage de l'opium est heureusement assez rare parmi les Égyptiens ; mais, en revanche, ils emploient fréquem^ ment le haschisch, autre substance dont nous avons parlé , et qui n'a pas moins d'inconvénient pour la santé que l'opium.
5. Usage des bains el du massage. — J'ai déjà parlé longuement de l'usage des bains de vapeur et de l'opération du massage , ainsi que des excellents effets qu'ils produisent autant comme mesures d'hy- \ giène que comme moyen thérapeutique. Je ne répé- '*• terai point ce que j'ai dit à cet égard, et je renvoie le lecteur aux détails que j'ai consignés à la fin du premier volume.
C'est aux différents usages que je viens d'indiquer, c'est à ces mœurs sobres, à ces goûts simples et aux diverses pratiques auxquelles il s'adonne, non moins qu'aux circonstances de climat, de localité ,
que l'Égyptien est redevable de rexcellence de sa constitution et de son tempérament. C'est pour ces motifs sans doute que le cadre des maladies est sî resserré en Egypte, et que, dans le Caire, on ne compte sur une population de trois cent mille âmes que dix-huit à vingt morts par jour.
Les Égyptiens s'avancent très -loin dans la carrière de la vie, et il n'est pas rare de rencontrer parmi eux des hommes qui ont dépassé l'époque sépulaire. J'ai vu un vieillard qui avait atteint l'âge de cent trente ans, sans autre infirmité qu'un œil atteint de cataracte. Il existe dans ce moment à Canerfigum, province de Cherkié, un homme décent vingt-trois ans, qui jouit d'une santé parfaite, ayant plusieurs enfants : le premier âgé de quatre-vingts ans, le second, de soixante-quatorze, le troisième, de trois, et un dernier âgé seulement de quelques mois. La pureté des mœurs de la femme du vieillard ne permet pas de douter que ce dernier rejeton ne lui appartienne. Cet homme présente en outre une autre singularité remarquable. A l'âge de qualrevingt-deux ans, il lui est poussé six dents nouvelles, qu'il a été obligé de faire arracher à cause de l'embarras et de la gêne qu'elles lui causaient dans la cavité buccale.
6. Conseils aux étrangers établis en Egypte. — Ce que j'ai dit des bons effets qui résultent pour la santé des Égyptiens de leur sobriété naturelle et de remploi des différentes pratiques d'hygiène qu'ils mettent en usage, m'engage à ajouter ici quelques
conseils pour les Européens qui habitent F Egypte ^ comme pour les voyageurs qui visitent ces contrées« Je placerai en première ligne la privation d'une nour** riture trop animalisée , trop réparatrice, trop exci'» tante , et celle du vin pur et des liqueurs alcooliques^ On ne saurait se faire une idée de toud les fudesle» efiets que produisent les boissons spiritueuses dans les pays cbaûds , et cependant l'expérience depuis long^entipâ devrait avoir convaincu tout le monde. Chacun sait l'effrayante mortalité qu'on observe en Egypte parmi les étrangers qui s'adonnent à là boisson. De tout temps on a remarqué que les Anglais établis dans le pays périssaient dans une proportion trés-^grande relativement au reste de la population franque; et celâ^ parce que ce peuple conserve en Egypte les usages et les coutume» de sa patrie, usages et coutumes qui ne sont plus compatibles avec te nouveau climat qu'il vient habiter.
Une autre chose que tout le monde doit observer en Egypte^ c'est de se préserver de l'action de l'biiniidité et des changements de température très-fréquents dans celte contrée. Pour cela, il faut avoir soin d'être toujours vêtu chaudement, de ne point dormir dans des appartements dont les fenêtres restent ouvertes pendant la nuit , de ne pas se laisser surprendre par le sommeil à l'abri d'un arbre ainsi que le font souvent les fellahs. La négligence de ces précautions occasionne souvent des courbatures, des rhumatismes, des ophthatmies, et toute espèce de
maladies suivant la constitution régnante et la prédisposition des individus.
Dès que les indigènes ressentent les premiers symptômes d'une indisposition, que généralement ils attribuent avec raison, selon nous, à une diminution des sécrétions de la peau, ils ont recours à un moyen très-efficace; ils vont prendre un bain de vapeur, et suscitent une transpiration abondante qui suffît ordinairement à dissiper tous les symptômes qui commençaient à paraitre. Je conseille ce moyen à tous ceux qui se trouveront dans le cas dont je parle, et je suis persuadé qu'il a souvent réussi à faire avorter dan$ leur principe une foule de maladies qui, sans cela, auraient acquis tout leili* développement.
L'usage des bains de vapeur et du massage, considérés comme moyens hygiéniques, doit être aussi adopté par les étrangers qui sont établis en Egypte* Nous avons parlé de tous les avantages qui résoltenl de <^ette pratique envisagée sous ses différents côtés#
§ II
MALADIES DE l'ÉOYPTE.
Peste. — Affections des organes digestif^ : dysenterie , — hépatite , — bénlorrholdes, etc. — Hernies. — Maladies de la peau : éléphanllasls, kabbenil, — lèpre, — variole , clc. — Dragonneau. — Maladies des yeux : Ophthalmie , — Ëntropion, — Trychiasis, etc. — Maladies des organes génito-urinaires : calculs vésicaux, — hydrocèîc, — syphilis. — Affections cancéreuses* — Affections de poitrine. — Affections cérébrales. — Affections mentales. — Affections nerveuses. — Rhumatisme, — goutte, — tétanos, — rage.
Avec leur tempérament, la constitution dont ils jouissent et le genre de \ie qui leur est propre , les Égyptiens, comme nous l'avons déjà fait entrevoir, ne doivent être exposés qu'à un petit nombre de maladies. Toutefois, s'ils ne connaissent pas cette foule d'affections qui attaquent les Européens et les peuples civilisés, ils sont sujets à plusieurs autres, dont les unes sont particulières au pays qu'ils habitent, et dont les autres leur sont communes avec différentes nations. Nous allons en parler dans ce paragraphe.
7. Peste. — Si la peste n'est point l'affection la plus commune de l'Egypte, elle en est au moins une des plus meurtrières; elle est en outre une de celles qui sont endémiques dans le Levant^ et surtout dans l'ancienne terre des Phaiaons.
L'Egypte est le berceau de la peste, et de tout temps, à l'époque de son ancienne splendeur comme à celle des siècles qui ont succédé, cette province a vu se développer la maladie dans son sein. Ce n'est donc point la chute de la civilisation , ce n'est point l'oubli des lois hygiéniques autrefois mises en vigueur qui ont donné naissance à ce fléau si redoutable. Mais aujourd'hui, comme aux âges passés, les causes de son développement sont encore un mystépe ; et comme celles d'une foule de maladies, elles semblent de longtemps vouloir se soustraire à toutes nos investiga* lions.
La peste qui est endémique , non-seulement en Egypte, mais sur tout le littoral oriental et méridional de la Méditerranée (bien qu'à des degrés différents), la peste se montre presque chaque année en Orient vers la même époque et présente généralement alors peu d'intensité. Quand la maladie se développe sous la forme épidémique, ce qui arrive à des intervalles de six, huit et dix années, elle occasionne d'horribles ravages, et moissonne, à l'exemple du choléra, les populations au milieu desquelles elle sévit.
La peste n'est point contagieuse, et la grande majorité des médecins qui ont étudié la maladie dans ces dernières années partagent notre opinion. Cette croyance d'ailleurs a toujours été celle des musulmans; jamais ils n'ont évité le contact des pestiférés, et il répugne de croire que leurs idées soient la conséquence d'un fatalisme ridicule, et que de tout temps un peuple entier se soit volontairement ex-
posé à un mal qu'ii aurait reconnu contagieux^ quand il pouvait facilement s'en garantir (1).
AFFECTlp^S DCS OEG^SES ÇIQ^STIFS.
8. Dysenterie. — La dysenterie est une malar die fréquente en Egypte, el^ c'est, après la peste ^ celle qui fait le plus grand nombre de victimes. Connue par les Arabes sous les divers noms de dq^seniariaj ensol-el-baln , sohlah^ cette aflTectîon, qui se. présente bien plus souvent dans la Basse que dansf la Moyenne et la Haute -Egypte, règne sporadiquement pendant la saison des chaleurs ; quelquefois elle semble prendre le caractère épîdémlque, et alor§ elle sévit avec une grande intensité.
Cette maladie, que les indigènes combattent par des moyens empiriques et souvent funestes, est traitée avec efficacité, parles médecins européens, par les anti-phlogistiques et la diète. — Ce dernier moyen surtout est la condition indispensable pour obtenir la guérison.
Les autres affections des organes digestifs se rencontrent rarement.
0. L'hépatite est une maladie qu'on a quelquefois occasion d'observer; mais elle est bien moins fréquente que ne pourrait le faire supposer la chaleur du climat. Ce sont surtout les Européens et les étrangers qui présentent cette affection.