‹ Aperçu général sur l'ÉgypteChapitre 34 sur 103 · État des dépenses pendant l’année · texte numérisé non relu

État des dépenses pendant l’année

Envoi d’argent à Constantinople. . . . 1,500,000 Budget de l’armée '. . ne. n TO-OUUU Traitement des grands te chefs d’ad-

ministration. . . ne sen af dr UIRT-FRES Solde de la cavalerie agi irrégulière. 812,000 Solde des Arabes bédouins. . . . . 650,000 Pour le matériel de la guerre. . . . . 1,750,000 Montant des rations de fourrages , mules,

7 +0 à. 512,000 École militaire. . . AA 200,000 Budget du personnel de re marine. . . 71,500,000 Construction des bâtiments de guerre. . 1,875,000 Frais pour chantiers de construction des

barques , à Boulac. . . . ee 412,500 Entretien des fabriques et salaires dés ou-

NUS: het . 2,750,000

Entretien des nIoyEs admises top. 2,500,000 Rations de bouche accordées aux em-

mn ui ve 625,000 Pensions aux anciens moullezims. . . 440,000

accordées à plusieurs Arabes. . 750,000 Dépenses pour les constructions de palais,

de fabriques, ponts, digues, etc. . . 2,250,000

Objets tirés d'Europe pour les fabriques. 1,875,000 A reporter, fr. 46.,201,500

Fr L'armée se composait alors de 139.998 hoinmes,

Report, fr. 46,201,500 Dépenses pour l'entretien des palais du PAGE FOI. 2 5 0 OS COM Dépenses de bouche du vice-roi. . . . 500,000 Pour l'administration des achats de cachemires, étoffes de soie, bijoux. . . . 1,750,000 Dépenses pour les caravanes des pèlerins. 250,000

Total. . . . 49,951,500 a

L'ARMÉE ÉGYPTIENNE . CRÉATION ET ORGANISATION DU NIZAM OU TROUPES RÉGULIÈRES.

Heureux résultats de la création de l'armée égyptienne pour la civilisa-

tion. — M. Sève (Soliman-Pacha). — Débuts de l'organisation des troupes régulières. — Infanterie égyptienne. — Cavalerie. — École de cavalerie. — Artillerie, — École d'artillerie, — Administration militaire. — Uniforme des troupes. — Grades.

21. Heureux résultat de la création de l’armée égyptienne pour la civilisation. — La guerre, malgré les malheurs particuliers qu’elle entraine, a été jusqu’à présent le moteur le plus actif de la civilisation. Il n’est pas une révolution heureuse qui n’ait été consacrée par les batailles et qui ne porte le nom d’un conquérant. Les grands hommes , ceux qui ont laissé les souvenirs les plus populaires et qui excitent le plus d’admiration et d'enthousiasme, Alexandre, César, Charlemagne,

Napoléon , ont été, avant tout, de grands guerriers.

On ne peut mieux constater l’influence directe de la guerre sur toutes les branches de la civilisation que dans le cas de l'Égypte.

Là tout était à faire , et tout a commencé à être fait à la suite de l’organisation militaire.

Méhémet-Ali, qui avait combattu contre les Français, comprit tout de suite les avantages de la tactique. Il devait , avant tout , chercher à se maintenir ; il vit qu'il ne le pouvait qu'avec la force des armes ; toutes ses préoccupations durent donc se porter sur la formation d’une armée : c’est en effet son armée qui lui a assuré pleine sécurité au dedans , et puissance au dehors.

La formation d’une armée régulière a eu des résultats généraux très-utiles pour l'Égypte.

D'abord, elle accoutumait à un ordre sévère un pays qui n'avait connu jusqu'alors que l’anarchie, et qui était habituellement la proie d’une milice turque et albanaise, soidatesque indisciplinée, turbulente, oppressive.

Elle établissait l'unité, la hiérarchie , la régularité, la force, là où tout se décomposait et s’affaiblissait.

Enfin elle relevait le peuple arabe ; elle le préparait à avoir un esprit national, à reprendre la fierté et la confiance en soi , sentiments nécessaires à une nation indépendante.

Mais les conséquences immédiates et pratiques sont bien plus nombreuses , bien plus frappantes encore ; on peut dire qu’elle a été la cause de tous les progrès que Égypte avus s’accomplir pendant ces dernières années.

Pour organiser l’armée il fallait des instructeurs : de là, la nécessité de recourir aux chrétiens , d’habituer les soldats à obéir à des infidèles, à apprendre d’eux la marche, le maniement des armes , les évolutions et la subordination , la discipline et la précision militaires. On a commencé par faire des soldats , il a {fallu avoir des officiers pour les commander ; et cette nécessité a amené celle de fonder et de répandre l’enseignement des mathématiques , du dessin , de la géographie , de la stratégie, etc.

L'armée constituée , on a dù pourvoir à son entretien. On a senti qu'il fallait la soigner , la bien vêtir , construire des casernes pour la loger , avoir des médecins pour traiter les malades. L’armement et l’équipement ont exigé la création d’arsenaux , d'ateliers, de fabriques. Une armée comprend de l'artillerie, du génie , de la cavalerie ; pour entretenir ces armes savantes, on a dü étendre progressivement l’instruction ; on a envoyé de jeunes Turcs, de jeunes Arabes, faire leur éducation en Europe, et s’instruire non-seulement dans l’art militaire, mais encore dans toutes les sciences et les professions industrielles qui, de près ou de loin , se rapportent à la guerre.

22, M. Sève (Soliman-Pacha). Ce sont des officiers de l'empire, français et italiens , que les événements politiques avaient arrêtés dans leur carrière et amenés en Orient, qui ont présidé à la formation de l’armée régulière du vice-roi. Parmi eux, se fit remarquer M. Sève, ancien aide de camp des maréchaux Ney et Grouchy. Tout en rendant justice à beaucoup de braves militaires qui l’ont secondé , il faut reconnaître que

c’est lui qui , assurément , a le plus contribué à cette organisation. Né, en quelque sorte , avec le génie de la guerre , M. Sève entra de très-bonne heure au service , en 1804 , et passa successivement dans les différentes armes. Ce fut pour lui un excellent apprentissage pendant lequel s’exercèrent et se développèrent son intelligence naturelle , son aptitude pour tous les exercices du corps , la vigueur de sa robuste constitution , son excellent caractère , et qui le rendit plus que tout autre propre à se mettre à la tête d’une entreprise aussi difficile que la création d’une armée. Aussi fut-il promptement apprécié par le vice-roi et Ibrahim- Pacha. Il devint successivement chef de bataillon . colonel, et c’est en cette qualité qu'il fit la campagne de Morée, avec le titre de Soliman-Bey ; au retour de cette expédition , il fut fait général de brigade , et enfin , après la campagne de Syrie, pacha et général de division.

Les brillantes qualités qu’il a manifestées dans sa carrière ont été appréciées hautement par M. le duc de Raguse. J’aime à citer les termes dans lesquels l’illustre maréchal a formulé son jugement sur Soliman-Pacha :

« En s’élevant et en voyant s’agrandir le cercle de son autorité , Soliman-Pacha a constamment réfléchi sur son métier. Il a beaucoup lu , beaucoup étudié, et il a fait les plus heureuses applications de son expérience et de ses méditations. Il est devenu un homme d’un mérite supérieur : on peut dire de lui que ce que les circonstances de sa vie ne lui ont pas permis d’apprendre, ïl la deviné. Car n’ayant servi en France et combattu avec nous que dans des grades subalternes ,

il a deviné la grande guerre et l’a faite avec succès em Égypte. Il en parle à merveille : il a les idées les plus saines sur tout ce qui tient à l’organisation des armées , à leurs mouvements et sur les principes qui doivent les régir. C’est enfin un général consommé, et qui serait remarqué dans tous les états-majors. »

95. Débuts de l’organisation des troupes réqulières. — Voici quels furent les commencements de l’organisation :

Méhémet-Ali fournit à M. Sève cinq cents de ses mameluks, pour les faire instruire au maniement des armes et aux écoles du bataillon et du peloton. Tous les grands du pays furent obligés de donner leur conüngent, ce qui porta à mille le nombre de ces jeunes gens. Ces mameluks devaient être le noyau de l’armée égyptienne ; mais il n’était pas facile de les discipliner et de les instruire. Pour les éloigner de toute distraction, ou plutôt afin de dérober l'essai que l’on allait faire sur eux , aux soupçons du fanatisme et des préjugés , on assigna Assouan , à la première cataracte, pour chef-lieu de l'instruction. Déjà le vice-roi y avait fait bâtir quatre casernes spacieuses , dans lesquelles ces mille élèves furent enfermés et dressés aux principes du métier. Il fallut trois ans pour leur première instruction. De nombreux obstacles furent surmontés. L'un des principaux était la fierté de ces musulmans qui ne pouvaient obéir sans peine à des chrétiens. La régularité des évolutions , le silence qu’il fallait garder pendant les manœuvres , déplaisaient aussi à cette réunion de jeunes gens amoureux des jeux et des exercices bruyants. Plusieurs fois. des complots furent

formés contre la vie de M. Sève ; un jour même qu'il commandait l’exercice à feu , une balle dirigée contre lui siffla distinctement à ses oreilles; sans se déconcerter , il fit recommencer l'exercice , et commanda le feu une seconde fois. Dans une autre circonstance où sa vie avait été menacée par un soulèvement, il proposa aux mameluks de se battre au sabre successivement avec chacun d’eux , afin de leur épargner , disait-il, la honte d’un lâche assassinat. Tant de générosité et de courage fit taire tous les mécontentements , et lui valut l'affection de ses élèves dont il eut achevé l'apprentissage au bout de trois ans.

Lorsque les premiers cadres furent formés, ii s’agit de trouver des soldats. Le vice-roi ne pouvait les prendre parmi les Turcs ou les Albanais qui déjà, sur quelques efforts que l’on avait faits pour les régulariser , s'étaient révoltés. Cette soldatesque n'aurait pas pu se plier à la discipline. I n’osait pas hasarder encore de les prendre parmi la population égyptienne. La seule ressource qui lui restât était donc de faire venir des nègres du Kordofan et du Sennaar. Trente mille furent dirigés sur Benehali, près de Monfalout, sur la rive gauche du Nil, dans la haute Égypte. En même temps qu'ils arrivaient , les mameluks organisés descendaient d’Assouan et se rendaient à Benehali. Là se formèrent , en janvier 18925, les six premiers régiments dans lesquels les mameluks , déjà instruits au maniement des armes et à quelques manœuvres, furent placés comme officiers. On employa toute l’année 1825 , et jusqu’au mois de juin 1824 , à perfecüonner l'instruction. Ce fut à cette époque que le

vice-roi expédia le premier de ces six régiments pour l'Arabie centrale , le second pour le Sennaar , et les quatre derniers, sous les ordres d’'Ibrahim-Pacha, pour la Morée.

Au reste , les premiers essais furent loin d’être tous couronnés de succès. La plupart des nègres levés dans le Kordofan et le Sennaar périrent par plusieurs milliers , car les nègres vivent difficilement en Égypte et sont peu propres à y supporter les fatigues du service militaire. Le vice-roi qui sentait chaque jour davantage le besoin d’une armée régulière , conçut et réalisa alors l'idée hardie de recruter ses troupes parmi les Égyptiens. La tentative était périlleuse, rien n’égala d’abord Pirritation des Arabes. Il y eut des soulèvements partiels ; ils furent réprimés ; puis , lorsque les fellahs se virent mieux nourris et mieux vêtus sous les drapeaux qu'ils ne l’avaient jamais été , ils finirent par s’accoutumer à leur nouvelle condition.

Quand lorganisation de l’armée eut acquis quelque importance, on appela de France le général Boyer, le colonel Godin et plusieurs officiers supérieurs, qui concoururent à donner à l’œuvre la dernière main.ÿ

24%. Infanterie égyptienne. — L'infanterie égyptienne , qui a eu les premiers soins du gouvernement , a toujours vivement occupé sa sollicitude. Une école a été fondée à Damiette, de laquelle sortent des jeunes gens destinés à entrer, comme sous-officiers et officiers, dans les corps. Elle se compose de quatre cents élèves, auxquels on enseigne l'exercice et les manœuvres, l'administration militaire, les langues turque , arabe et persane. L'école est sous la direction d’un officier

piémontais, ancien capitaine de l'empire, M. Bolognini , qui a été fait lieutenant-colonel en récompense des services qu’il a rendus comme instructeur et des succès qui ont couronné son zèle.

M. le duc de Raguse a vu manœuvrer un corps d’infanterie égyptienne; voici ce qu’il en dit :

« Une très-belle brigade d'infanterie, composée des neuvième et vingtième régiments , se mettait en route pour Suez, où elle devait s'embarquer pour aller renforcer l’armée de l’Hedjaz. J'en passai la revue. Elle manœuvra pendant trois heures devant moi, dans la plaine de Lokoubéh, non loin des tombeaux des califes et près de celui de Malek-Adhel, frère de Saladin. J’eus lieu d’être extrêmement content; quoique cette brigade füt composée de fort jeunes soldats, attendu que les cadres de ces régiments étaient revenus de l’armée pour recevoir des recrues, on pouvait remarquer que , dans cette formation , l’action du chef suprême se faisait sentir ; car il y avait à la fois bonne tenue, discipline et instruction. » |

25. Cavalerie. — Ce ne fut qu’au retour des troupes égyptiennes de la guerre de Morée que commença l’organisation de la cavalerie régulière.

Ibrahim-Pacha, qui eut occasion de voir en Grèce la cavalerie française, comprit que les hommes à cheval, agissant en masses , par pelotons, par escadrons , par régiments , devaient avoir sur la cavalerie irrégulière les mêmes avantages qu'a l'infanterie disciplinée sur celle qui ne l'est pas. Dès sa rentrée en Égypte il s’occupa donc activement d'organiser une cavalerie , des instructeurs européens furent appelés, et l’on

forma des régiments de chasseurs , de cuirassiers , de lanciers , de dragons , etc.

96. École de cavalerie. — Une école de cavalerie a été établie à Giseh , dans l’ancien palais de Mourad- Bey. On vient de lui donner , sauf quelques modifications exigées par les localités, la même organisation que celle de Saumur. On y apprend à de jeunes Turcs et Égyptiens mélés les manœuvres de la cavalerie, l'exercice à pied, le dessin, l’escrime , le manége et l'administration militaire. « Elle a déjà atteint la perfection, dit le duc de Raguse , et doit avoir la plus grande influence sur l’avenir de l’armée égyptienne. Cette école se compose de trois cent soixante jeunes gens, qui forment trois escadrons. C’est le lieutenantcolonel Varin, ancien aide de camp du maréchal de Gouvion-Saint-Cyr, qui l’a créée et la dirige. Le succès qu'il a obtenu lui fait le plus grand honneur. » Depuis le voyage de M. le duc de Raguse , M. Varin a été nommé bey et colonel. C’est une bien juste récompense de ses services auprès du vice-roi.

27. Artillerie. — L’artillerie régulière fut organisée en même temps que l’on forma l'infanterie. Ce furent des instructeurs européens qui la eréèrent et d'anciens officiers de l'empire qui furent mis à sa tête. Parmi les Turcs qui se sont adonnés à celte arme ont surgi quelques hommes très-remarquables , à la tête desquels s’est placé surtout Ethem-Bey :. Cet officier distingué a fondé et dirige des manufactures d’armes et de pièces d’arüillerie, qui se trouvent dans la cita-

1 Il est aujourd'hui ministre de l'instruction publique.

delle du Caire et qui, d’après le maréchal de Raguse , dont l'autorité est si haute en ces matières, ne peuvent assez être louées. J'aime à citer le jugement porté sur Ethem-Bey par le maréchal : « Par la seule force de sa volonté, dit-il, Ethem-Bey a appris, sans avoir de maître, le français, qu'il parle correcte- . ment; les mathématiques , qu’il connaît à merveille; et la science de l'artillerie , où il se place , à mes yeux, de pair avec les meilleurs officiers d'artillerie et les directeurs de matériel les plus habiles. C’est une des plus fortes têtes administratives que j'aie jamais rencontrées. Il y a eu du talent à Méhémet-Ali à deviner le mérite d’un pareil collaborateur , et du bonheur à l'avoir rencontré. » À

28. École d’artillerie. — Une école d'artillerie est établie depuis quelques années à Torrah. Elle renferme de trois à quatre cents jeunes gens , auxquels on enseigne les langues arabe , turque; larithmétique, l'algèbre, la géométrie , la mécanique , le dessin, la fortification , et tout ce qui, dans les hautes sciences, est applicable à lartillerie. Le colonel portugais Seguerra, qui a été pendant quelques années à la tête de cette école et qui fut fait général de brigade par le vice-roi, rendit de très-grands services à cet établissement.

On a joint à l’école un régiment d'artillerie à pied et un régiment d'artillerie à cheval, avec un polygone qui sert pour les troupes et pour les élèves. Voici comment le duc de Raguse, aux savantes et compétentes appréciations duquel je ne saurais me lasser de recourir, s'exprime sur Ces COrps :

« Le régiment d’artillerie à cheval, qui a six compagnies , a manœuvyré devant moi avec vélocité et beaucoup d'ordre et de précision. Les hommes sont beaux , instruits et d’une belle tournure militaire ; les attelages excellents , quoique les chevaux soient de pe- tite taille , mais tels que le pays le comporte. Les canonniers sont bien montés ; leur tir est vif et preste. C’est une artillerie de guerre excellente et comparable à celle des armées de l’Europe. Le colonel de ce corps est un homme très-capable et plein de zèle.

« Le régiment d'artillerie à pied se compose de dixhuit compagnies ; il fit l’école, et le feu des pièces de canon fut parfaitement dirigé, celui des mortiers bien moins.

« En voyant cette artillerie, on ne peut qu'’admirer la puissance qui a transmormé des fellahs en aussi bons soldats. »

Je demande la permission de citer une dernière phrase du duc de Raguse sur l’ensemble de l’armée. « Lorsque les écoles, dit le maréchal, auront donné deux à trois mille sujets, ce qui arrivera d’ici à trèspeu d’années , l’armée égyptienne sera parfaitement constituée. »

29. Administration militaire. — Les troupes égyptiennes ont été organisées toutes , infanterie, cavalerie, artillerie, sur le modèle des troupes françaises.

On a adopté nos marches, nos musiques militaires. Le commandement seul est fait en turc ; cette langue s'y prête d’ailleurs admirablement. Les règlements et les ordonnances qui régissent l’armée fran-

caise ont été exactement suivis. Les grades qui ont été établis sont les mêmes que les nôtres.

Pour ladministration , on créa dès le principe un ministère dont l’organisation fut bien moins compliquée que chez nous , mais les attributions plus étendues. C’est le ministère de la guerre qui est chargé de toutes les fournitures , armement , équipement , habillement. Il tire des magasins de l'État les munitions de guerre , les vivres , les médicaments , etc.

L'administration des corps est encore plus simple : ils n’ont pas d'achats à faire, pas de marchés à passer , partant point de maniement de fonds ; dès lors aucune chance de dilapidation.

Le service de santé à eu aussi pour base l’organisation française ; mais il a dù subir des modifications commandées par la différence des lieux. Chaque régiment a dù avoir le personnel et le matériel nécessaires pour former en toute occasion des hôpitaux régimentaires. Nous entrerons dans plus de détails sur ce sujet, au chapitre qui fera connaître l’état de la médecine en Egypte. -

La nourriture des soldats se compose de rations de pain, de viande, de riz, de lentilles, de beurre , d'huile , de savon, le tout d'assez bonne qualité et en quantité suffisante.

30. Uniforme des troupes. — Elles sont vêtues simplement. Leur costume , assez commode , conserve le caractère national. Il se compose d’un bonnet rouge, car les préjugés n’ont pas permis encore: d'adopter le shako, ou quelque chose qui ressemble à la coiffure chrétienne ; d’une veste justaucerps , agrafée sur la

poitrine, et qui s'engage sous le pantalon. Celui-ci est une espèce de jupe, serrant à gaine , large jusqu’au genou, auquel se trouve adaptée une sorte de guêtre. Le milieu du corps est serré par une ceinture. Les vétements sont en drap pendant l'hiver , et en forte toile de coton pendant l'été. Pendant l'hiver, la garde , l'artillerie et la cavalerie ont la veste bleue; celle de la ligne est rouge. Le costume d’été est blanc pour toute l’armée. Des souliers turcs en peau rouge forment la chaussure. La buffleterie est blanche pour l'infanterie el la cavalerie , et jaune pour l'artillerie.

L'’uniforme des officiers ne diffère de celui des soldats que par la qualité du drap et les broderies dont il est surchargé. C’est la couleur rouge qui est généralement adoptée pour les officiers. Voici comment les grades sont distingués : le caporal porte un brandebourg sur la poitrine; le sergent , deux ; le sergentmajor , trois. Le lieutenant porte sur la droite de la poitrine une étoile en argent; le capitaine, une étoile et un croissant du même métal ; l’adjudant-major a la demi-lune en or et l'étoile en argent : pour le chef de bataillon , la demi-lune et l'étoile sont en or ; pour le lieutenant-colonel , la demi-lune en or, l'étoile en diamants ; le colonel porte le même insigne en diamants. Le général de brigade a deux étoiles dans la demi-lune , le tout en diamants ; le générai de division a trois étoiles dans la demi-lune.

51. Grades.— Les grades sont démommes de la manière suivante :

Caporal. Oun-bachi. Chef de dix.

Sergent. Chaouich.

Sergent-major.

Adjudant sous-officier.

Sous-lieutenant.

Bachaouich.

Sokolagassi.

Melasem sane.

Adjudant de gauche.

Second lieutenant.

Licutenant. Melasem evel. Premier lieutenant. Capitaine. lusbachi. Chef de cent.

Adjudant-major. Sokologassi. Adjudant de droite. Chef de bataillon. Bimbachi. Chef de mille.

Lieutenant-colonel. Kaimakan. Li:utenant.

Colonel. Mir allaï, Prince de régiment.

Général de brigade. Mir lioua. Prince du drapeau. Général de division. Mir miran. Prince des princes. Général er chef. Séraskier.

Les colonels et les généraux de brigade ont le titre de beys ; les généraux de division sont pachas à deux queues.

32. Traitements. — La solde du simple soldat est de 15 piastres par mois, ce qui fait deux sous et demi par jour. Le caporal a 25 piastres, le sergent 50, le sergent-major 40, l’adjudant sous-officier 60, le souslieutenant 250, le lieutenant 550, le capitaine 500, ladjudant-major 1,200, le chef de bataillon 2,500, le lieutenant-colonel 5,000, le colonel 8,009, le général de brigade 11,000, le général de division 12,300.

Le traitement des officiers supérieurs est, comme on voit, très-considérable. Le vice-roi a eu en vue d’attacher par cet appât à la nouvelle organisation les Turcs, qui montraient pour elle une grande répugnance. D'ailleurs les chefs sont forcés de faire de grandes dépenses.

93. Discipline. — La discipline est établie absolument comme dans notre armée : c’est le code militaire français qui a été traduit et mis en vigueur. Dans le

principe , l'emploi de la bastonnade a été nécessaire. Mais le vice-roi et Ibrahim-Pacha l’ont beaucoup restreint, et on cherche à l’abolir entièrement.

54. Esprit militaire des Arabes. — Les Arabes sont peut-être les hommes les plus propres à devenir de bons soldats. Ils sont en général robustes, bien conformés, sobres, supportant très-bien la fatigue; ils sont soumis, obéissants, intrépides dans le danger ; ils supportent les revers avec résignation ; ils vont au feu sans crainte. On connait beaucoup de traits qui leur font honneur ; j'en cite quelques-uns.

A la bataille de Homs, un soldat du 7° de cavalerie, nommé Mansour, ne voulut jamais se retirer du champ de bataille, quoiqu'il eùt eu un bras emporté. Il chargea à la tête de son escadron avec le plus grand courage et trouva la mort en combattant.

A la bataille de Koniah, tous les blessés encore en état de porter une arme forcèrent la consigne qui les retenait dans leur hôpital, et volèrent sur le champ de bataille partager la gloire ou la mort de leurs camarades.

C’est à cette même bataille qu’un soldat du 4° de cavalerie tomba blessé de son cheval. Le général Achmet-Meneckly, qui le vit, s’empressa de lui offrir le sien; mais lintrépide soldat refusa en disant qu’il aimait mieux mourir sur le champ, de bataille et être témoin de la victoire de ses compagnons.

Dans une autre circonstance, un jeune tambour du 15° de ligne, déjà blessé, vit toute sa compagnie dispersée et mise en déroute. Malgré sa blessure et le feu le plus vif qui faisait pleuvoir les balles autour de hui,

il n’en continua pas moins à battre la charge sans reculer d’un seul pas. Ses compagnons finirent par rougir de voir un enfant leur donner l'exemple de la bravoure, et revinrent au combat pour venger leur honneur.

Mais parmi tous ces faits, il en est un plus remarquable et qui rappelle les traits nombreux de la valeur française. Soliman-Pacha, en faisant la revue d’un régiment nouvellement arrivé, aperçut au milieu des rangs un jeune homme âgé de 16 ans et d’assez chétive apparence, appelé Hadji-Ali. Soliman-Pacha voulut le renvoyer en disant qu’il ne ferait jamais qu’un mauvais soldat ; mais Ali s’obstina à demeurer sous les drapeaux, ajoutant qu’à la première occasion il saurait donner un démenti éclatant à la parole du général. Quelque temps après, au siège d’Acre, la garnison fit une sortie, dispersa les tirailleurs et mit en fuite le 8° de ligne qui se trouvait en avant. Le 5° de cavalerie, dont faisait partie Hadji-Ali, s’avança pour le soutenir et fit une charge brillante. Les assiégés furent repoussés. Mais Ali, non content de participer à la gloire de ses compagnons, délivra, de ses mains, un capitaine qui venait d’être pris, courut sur un officier turc qu’il fit prisonnier, et les amena tous deux à Soliman-Pacha en lui disant : Soutiendras-tu encore que je suis un mauvais soldat ?

Les Turcs, qui avaient un profond mépris pour les Arabes, restèrent longtemps sans les croire capables de se mesurer avec eux. La guerre de Morée commença à leur prouver que ce peuple timide et avili par l’oppression pouvait reconquérir son ancienne gloire,

et était digne de leur disputer le succès d’une bataille. La conquête de Syrie et les victoires de Homs,de Beylan et de Koniah, leur démontrèrent sinon leur supériorité individuelle, du moins la puissance de leurs masses dirigées par la tactique.

Les Égyptiens qui se sont fait remarquer comme soldats ne méritent plus les mêmes éloges lorsqu'ils sont arrivés aux grades d'officiers. Ils ne sentent pas assez alors la dignité de leur nouvelle position. Ils n’ont pas, comme les Osmanlis et les mameluks, lart du commandement. Ils reviennent à leurs anciennes habitudes, et, malgré les bonnes intentions du vice-roi et de son fils, on n’a pu les faire avancer dans les grades supérieurs.

En conséquence, tous les hauts grades sont remplis par des Osmanlis et des mameluks ; peut-être même l'incapacité des Arabes à exercer le commandement est-elle chose heureuse, car ce peuple est si inconstant, si mobile, que si les soldats eussent été dirigés par des officiers sortis de leurs rangs et de leur race, ils se seraient fréquemment révoltés. Dans l’état actuel des choses, les soldats sont très-bien contenus par leurs chefs. Les officiers, de leur côté, ne pouvant pas compter sur leurs soldats comme sur leurs compatriotes, sont forcés à une certaine réserve. C’est un contrôle réciproque qui assure la bonne discipline de l’armée.

Les Arabes ont le sentiment de la famille si profondément enraciné , et ils ont tellement besoin d’avoir des femmes, qu'il a fallu leur permettre de tenir auprès d’eux quelques-uns de leurs parents et de se ma-

rier. Sans cela, il eùt été difficile de les contenir et d'empêcher la désertion. Au reste, pour un pays qui a aussi peu de population , il n’était pas indifférent que cinquante ou soixante mille hommes vigoureux contribuassent à la reproduction. Mais lorsqu'il faut se mettre en campagne, les soldats partent seuls.

Le gouvernement s’est occupé des enfants de troupe ; on accorde à chacun d'eux la ration et la demi-solde.

35. Tableau des forces militaires du vice-roi, et de leur répartition. — Voici quelles étaient les forces militaires de l'Égypte avant la dernière guerre:

Garde de S. À. le vice-roi, composée d’un bataillon d'artillerie, de trois régiments d'infanterie et de deux régiments de cavalerie, environ 12,000 hommes. Garde d'honneur du généralissime, 560 hommes. Dépôt des officiers ; un bataillon , 800 hommes. Cinq régiments d’artllerie, dont trois à pied et deux cheval, 11,600 hommes.

Seize batteries de six pièces, 1,800 hommes.

Un régiment du train, 1,200 hommes.

Deux bataillons du génie, 1,600 hommes.

Trente-six régiments d'infanterie, 115,000 hommes. Quinze régiments de cavalerie, 12,000 hommes. Troupes irrégulières (Candiotes, Albanais et Bedouins), 26,000 hommes.

En tout, environ 180,000 hommes.

Voici quel est aujourd’hui le nombre de soldats que compte Méhémet-Ali , et comment ses troupes sont réparties sur toutes ses possessions.

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