‹ Aperçu général sur l'ÉgypteChapitre 63 sur 103 · Lèpre. — La lèpre est une maladie de l'Orient · texte numérisé non relu

Lèpre. — La lèpre est une maladie de l'Orient

qui, depuis les âges passés, a considérablement perdu de sa fréquence. Toutefois, les pays des Indes , diverses côtes de l'Afrique , la Syrie, l'Égypte , et surtout la Crète, jouissent encore du fatal privilége de donner naissance à cette affection. Cette maladie, qu’on a $souvent confondue avec l’éléphantiasis, bien qu’elle en soit entièrement distincte, se présente sous deux formes principales , ce qui lui a valu les deux dénominations de lèpre tuberculeuse des Arabes et lèpre rongeante des Grecs.

La lèpre tuberculeuse, qu’on observe surtout en Égypte, se présente avec la physionomie suivante : de petits corps durs, tuberculeux, se développent dans le tissu cellulaire, et font saillir la peau, à laquelle ils donnent une teinte rougeâtre. La maladie commence par la face et les membres ; rarement elle attaque le tronc ; elle suit à peu près la marche des affections scrofuleuses , occasionnant des symptômes et des lésions analogues à ceux que ces affections produisent : ainsi les tubercules s’enflamment , suppurent, et dounent lieu à des cicatrices hideuses , à la déformation des membres et même à la perte, à la chute de ceuxci, quand les tubercules se sont développés dans les articulations. La lèpre rongeante des Grecs, qui, par sa nature, se rapproche davantage des maladies dartreuses, se rencontre moins souvent en Égypte ; elle est plus propre aux pays de la Grèce. Elle produit, comme l’autre. des désordres plus ou moins grands dans l’économie.

La lèpre , que beaucoup de médecins regardent comme contagieuse , n’est point telle qu'ils le prêten-

dent. Les recherches que j'ai faites à ce sujet, les maladies que j'ai élé à même d'observer dans nos hôpitaux ou en Crète, m'ont convaincu, moi comme mes confrères d'Égypte, que la maladie ne présente en aucune facon le caractère contagieux; cette opinion a d’ailleurs de tout temps prévalu parmi les peuples du Levant.

18. Dartres et scrofules. — Les affections dartreuses existent en Égypie ; mais elles y sont rares et disséminées ; il en est de même des maladies scrofuleuses. Cela tient sans doute au tempérament des Égyptiens et à la nature du climat qu'ils habitent. Comme ces affections ne présentent aucune particularité , nous ne nous y arrêterons pas davantage.

19. Variole. — Parmi les affections de la peau, la variole est une des plus communes et des plus intenses. Cependant, depuis quelques années, elle a beaucoup perdu de sa fréquence, grâce aux mesures que le gouvernement a prises pour soumettre les enfants à l'opération de la vaccine. Bientôt, il faut l’espérer, la variole ne produira pas plus de ravages en Égypte qu’elle n’en produit en Occident.

20. Gale. — La gale se rencontre souvent parmi les Égyptiens et surtout dans les armées. Les causes qui lui donnent naissance sont les mêmes que partout ailleurs ; et, si la maladie est plus fréquente dans ces contrées, cela tient à la malpropreté du peuple et au défaut de mesures de préservation.

il nous reste encore à parler d’une autre maladie que nous rangerons ici, bien qu'elle ne soit pas propre à la peau, puisqu'on l'observe dans d’autres tissus. Je

veux parler de l'affection produite par le dragonneaw, et principalement de cet entozoaire, la cause de l’affection.

21. Le dragonneau, dont l'existence a jusqu’à ces dernières époques été miée par plusieurs helmintholo gistes, est un entozoaire de forme cylindrique légèrement aplatie, de la grosseur d’une corde de violon et d’une longueur qui varie depuis six pouces jusqu’à plusieurs pieds ‘. Il se rencontre rarement en Égypte où il était presque inconnu avant la conquête du Sennaar par Méhémet-Ali. Les individus sur lesquels on l'observe sont les nègres qui proviennent des provinces de l'Hedjaz, de la Nubie, de l’Éthiopie. Quelques Égyptiens, cependant, en sont attaqués ; des Européens mêmes ont le dragonneau ; et parmi ceux-là on a remarqué que les personnes qui en étaient atteintes avaient eu des rapports avec d’autres individus présentant la même affection , ce qui donnerait à penser que la maladie peut se développer par contagion.

Les causes qui donnent naissance au dragonneau sont encore un mystère. Cet entozoaire nait-il spontanément dans le corps humain, ou bien s’y développet-il après avoir été déposé à sa surface ou avoir pénétré dans son intérieur par les voies digestives ou pulmonaires, sous forme de germe ou toute autre? C’est ce que nous ignorons encore.

Ce que nous savons jusqu’à présent du dragonneau, c’est qu'il établit son siége sur toutes les parties du corps, au nez , à la langue, au tronc, aux bourses, sur

? Les plus longs que j'aie vus avaient quatre pieds.

les membres supérieurs et principalement sur Îles inférieurs ; c’est qu'il se développe également à la superficie de la peau et dans les parties profondes du tissu cellulaire, de même qu’au milieu des articulations. La présence de ce ver s'annonce par un prurit douloureux, qui souvent change de place et se fait sentir ailleurs. Quelquefois , quand il est situé superficiellement, le dragonneau dénote son existence par l'apparition d’un cordon arrangé en spirale ressemblant à une veine ou à un vaisseau lymphatique enflammé. Quand au contraire il est situé profondément, il détermine un engorgement dont la durée est plus grande. Dans tous les cas, les parties qui avoisinent l’entozoaire, après une inflammation plus ou moins prolongée, s’abcèdent et laissent échapper au milieu d’un liquide séro-purulent un filament blanchâtre légèrement aplati, ei qui souvent effectue des mouvements très-sensibles. C’est le dragonneau qui présente une de ses extrémités. On saisit celle-ci, on l'enveloppe dans un morceau de diachylon, et en exerçant de temps à autre de légères tractions, on parvient au bout d’un temps plus ou moins long, souvent de plusieurs jours, à extraire en entier le dragonneau, qui, sans les précautions qu’on prend , se romprait et donnerait lieu à de nouveaux accidents.

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