‹ Aperçu statistique de l'Exposition de Limoges en 1855Chapitre 22 sur 58 · M. CHABROL · texte numérisé non relu

M. CHABROL

autres ce que l’on fait. M. Chabrol s’est décidé pour le second système; il n’a voulu employer aucun moyen extraordinaire pour ses objets à exposer, et faire ainsi des frais de travail impossibles dans l’avenir. Le but qu’il a constamment poursuivi étant de produire du biscuit d’art accessible à toutes les fortunes, il vient présenter au jury les résultats qu’il a obtenus , soit comme fabrication , soit comme prix de devient.

Son exposition se compose d’environ quarante paires de statuettes entremêlées de sujets isolés. Presque toutes sont dues au talent de M. Firmin , habile statuaire, qui depuis près de neuf ans est l’interprète de ses idées. Ces biscuits n’ont pas le fini de Sèvres, M. Chabrol n’a pas la prétention de rivaliser avec la manufacture impériale ; mais tous ont un caractère particulier, un cachet qui leur est propre et qui révèlent un goût sûr dans le choix , et de la part de l’artiste de sérieuses études.jointes à un grand talent d’observation.

Ainsi, le Moissonneur des marais pontins n’a point la même physionomie que le Majo de Séville. On devine Boucher dans les statues du style Louis XV, Alex. Dumas dans les Mousquetaires. Un caractère calme et religieux imprime une grande noblesse aux traits de Pie IX, tandis que l’amour maternel se reflète dans de ravissantes statuettes de mères jouant avec leurs enfants. « C’est senti : » disaient les artistes à l’exposition de M. Haviland, et, par ce mot, ils ju-

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geaient et appréciaient cette fabrication. On remarquait surtout, dans ces groupes, une jeune indienne à la coiffure étrange, dont le visage, incliné sur son bras arrondi , est empreint d’une douce mélancolie et rappelle la Vierge des dernières amours de Chateaubriand ; une reproduction de la fiancée de Greuze est rendue avec une intelligence profonde. Nous citerons encore un bénitier formé par un groupe de deux anges au pied de la croix. L’un deux semble élever jusqu’au trône de l’Eternel les prières des humains; l’autre , en posant le doigt sur le bois sacré, le montre à l’homme comme sa fin dernière. L’exécution est belle, mais la pensée l’est plus encore.

Que si ensuite on examine les prix que M. Chabrol a donnés à la commission départementale , on sera surpris de leur excessive modicité. Un groupe mousquetaire, de 55 centimètres de hauteur, n’est coté que 25 fr. ; c’est moins qu’un plâtre de Susse. Ses prix suivent la progression décroissante de la hauteur des statuettes; enfin, il y a tout un monde de charmants petits enfants pittoresquement habillés en débardeurs, troubadours, soldats de la république..., cotés de 5 à 4 fr. la paire.

Ainsi, les dames peuvent désormais garnir pour rien leurs étagères.

M. Chabrol n’expose qu’un cabaret; mais cette création suffirait à elle seule pour former le lot d’un fabricant. Là aussi, il a voulu prouver qu’on savait taire à Limoges bien et à bon marché , qu’on enten-

ai. criAiiROL.

dait assez la manipulation pour donner à la pâle toute la ténuité dont elle était susceptible, toute la légèreté qu’on prise tant dans la porcelaine.

Ce service, composé de dix-sept pièces, est en biscuit, à anses et culots émaillés; chaque tasse , aussi émaillée à l’intérieur , porte quatre médaillons, dont deux sont historiés par des bas-reliefs allégoriques à figure. Les sujets des grandes pièces représentent les quatre saisons. Eh bien! ce service, si délicat qu’on craint de le briser en y portant la main, M. Chabrol le livre à 60 fr.

Ainsi, quand bien même on jugerait avec sévérité les quelques imperfections de détail qu’on peut relever dans ces divers sujets, il faudrait reconnaître encore qu’il est resté fidèle à son programme et qu’il a résolu d’une manière très satisfaisante le problème qu’il s’est proposé. Il a voulu livrer à bon marché des œuvres d’art d’un beau choix; nous demandons à tous les hommes impartiaux s’il a réussi?

La maison Chabrol occupe environ cent quinze ouvriers , dont le salaire varie entre 3 à 5 fr. , et dix-huit ouvrières, au prix moyen de 1 fr. 50 c. à 2 fr. 50 c. Trente-cinq manœuvres hommes, touchent de i fr. 40 c. à 1 fr. 75 c., et dix femmes, de 1 fr. à 1 fr. 50 c.

Elle consomme, par an, environ 2,400 quintaux pcàte porcelaine, 300 quintaux émail, 3,400 stères bois et 6,000 quintaux terres et sables réfractaires. Le chiffre de la fabrication estdc 1 60,000 fr. environ.

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