‹ Aperçu statistique des forces productives de la RussieChapitre 32 sur 92 · IT · texte numérisé non relu

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La masse de la population appartient à l'église grecqueorthodoxe, qui est la religion de l'État, et compte plus de 56 millions d’adhérents. Plus de 20 millions sujets russes appartiennent à d’autres confessions. Ces chiffres suffisent.pour démontrer que la religion grecque-orthodoxe, étant celle des trois quarts de toute la population, est la religion dominante ; mais en même temps il faut remarquer que les 20 millions n'appartenant pas à la religion dominante, ne présentent rien de compacte, rien d'homogène.Ces 20 millions se décomposent en six parties distinctes, tout à fait étrangères l'une à l’autre, et disséminées sur toute l’étendue de l'empire, qui reconnaît tous les cultes et leur garantit pleine liberté. En omettant différentes sectes peu nombreuses et en les réunissant aux grandes divisions, on obtient pour ces dernières les chiffres suivants :

1. Arméniens ou Grégoriens. On en compte dans tout l'empire 535.000 âmes. Dans la Russie d'Europe il n'y à que le gouvernement de Yékathérinoslaw, les deux capitales et

quelques grandes villes du sud qui présentent un nombre

POPULATION PAR CGULTES. 91

notable de grégoriens, dont le vrai centre est le gouvernement d'Eriwan, ainsi que Bakou, Tiflis et Koutaïss. Au Caucase, on compte en général près de 500.000 arméniens. Dans les autres parties de l'empire leur nombre est presque nul.

2. Catholiques-Romains et Catholiques-Arméniens. La somme. totale des catholiques dans tout l'empire est près de 6.800.000, dont 3.915.000 en Pologne, 2.840.000 dans la Russie d'Europe, 14.000 au Caucase et 11.000 en Sibérie. Quant à la Russie d'Europe, la répartition des catholiques par gouvernements donne les chiffres suivants : Kowno en compte 805.000 (81 ‘), Vilna 595.000 (63 ‘,), Grodno 293.000 (33 ‘), Vitebsk 220.000 (28 ‘/,), Minsk 175.000 (17°), la Podolie 220.000 (12 ‘), la Volhynie 165.009 (11 °), la Courlande 55.000 (10 °/,), Kieff 90,000 (5 ‘,) et Mobhileff 40.000 (4°). De plus, il y a un nombre considérable de catholiques à Kherson, Saint-Pétersbourg, Ssaratoff et Ssamara (de 20 à 30.000 dans chacun de ces gouvernements).

3. Protestants des deux confessions (avec les petites sectes). La somme totale des protestants est de 4.132.000, dont 1.757.000 en Finlande, 2.080.000 dans la Russie d'Europe, 285.000 en Pologne, 6000 au Caucase et 4000 en Sibérie. Pour la Russie d'Europe, on compte 295.000 en Esthonie (96 °/,), 140.000 à Saint-Pétersbourg (12°), près de 100.000 à Saratoff (6 ‘/,), 61.000 à Ssamara (%°/), 41.000 à Kowno (4°/,), 38.000 dans la Tauride (5 °/,). La Bessarabie, Kherson et Yékathérinoslaw ont une population protestante de 20 à 30.000 chacun.

4. Israélites, Talmoudistes et Karaïmes. Total : 2.297.000, dont 1.631.000 dans la Russie d'Europe, 645.000 en Pologne, 13.000 au Caucase et 8000 en Sibérie. Dans la Russie d’Eu-

rope la répartition des israélites coïncide avec ce que nous avons déjà dit en parlant de la répartition de la race juive.

5. Mahométans. La somme générale des sectateurs de Mahomet est d'environ 5.700.000 âmes, dont 2.090,000 dans la Russie d'Europe, 1.970.000 au Caucase et 1.600.000 en Sibérie (avec les kirghiz). Dans la Russie d'Europe, l'Islam ne domine nulle part. Dans le gouvernement d’Orenbourg il compte 911.000 adhérents, soit 43 °/, de toute la population ; à Kasan on trouve 437.000 mahométans (27°/), à Astrakhan 170.000 (35 °/,); dans le gouvernement de la Tauride (Crimée) le nombre des mahométans a diminué à raison de l'émigration des tatares : en 186% on n’y comptait que 96.000 mahométans (16 ‘/). Ssamara, Ssaratoff, Ssimbirsk, Pensa, Viatka, Perm, Nijni-Novgorod. comptent chacun de 35 à 85.000 mahométans, c’est-à-dire à peine 4 à 5°, de la population. Au Caucase, l'Islam domine dans le gouvernement de Bakou, dans la moitié de Koutaïss, dans le Daghestan et dans une partie de Stavropol. Dans la province du Kouban il en reste fort peu, vu que la majeure partie a émigré (les Tscherkesses). En Sibérie presque toute la population kirghize reconnaît l'Islam.

6. Idolätres. Parmi les idolâtres il faut classer les lamaïtes (pour la plupart kalmoucks et bouriates), les sectateurs du schamanisme, auxquels appartiennent jusqu'à présent quelques tribus toungouses, et presque tous les samoyèdes de la Sibérie, ainsi que les peuples du littoral du Kamtschatka et de l'Amérique. L'ensemble de tous ces cultes, pour la plupart inconnus, comprend à peine 480.000 âmes, dont 200.000 en Europe et 280.000 en Sibérie. En Europe, c'est le gouvernement d'Astrakhan qui à lui seul présente près de 90.000 lamaïtes. (Dans le pays des cosaques du Don, on en compte

jusqu'à 22.000). On compte dans les forêts des gouv. d'Orenbourg, Viatka et Perm jusqu à 80.000 individus de la race des bachkirs, des votiacks et des permiacks, qui se refusent jusqu’à présent aux lumières du christianisme.

REÉCAPITULATION :

CULTES. RUSSIE D'EUROPE. POLOGNE. FINLANDE. CAUCASE. SIBÉRIE. Arméniens..... 35.000 » » 200.000 »

Catholiques.... 2.840.000 3.915.000 » 14.000 11.000 Protestants. . .. 2.080.060 285 000 1.757.000 6.000 4.000 Israélites...... 1.631.000 645.000 1.000 13.000 8.000 Mahométans...,. 2.090.000 2.000 » 1.970.000 1.600.000 Idolâtres....... 200.000 » » 1.000 280.000

Totale. 8.840.000 4.842.000 1.758.000 2.504.000 1.893.000 Greco-russes : 52.485.000 250.000 41.000 1.653 000 2.132.000

En comparant le total des cultes étrangers au total de la religion grecque, nous arrivons aux résultats suivants : dans la Russie d'Europe 88 *, de la population appartiennent à l'église grecque, et 11 *, aux confessions étrangères. Dans la Finlande, il n’y a que 3 ‘/, de la religion grecque sur 97 ‘/, de protestants; en Pologne, l'Église grecque compte 5 ‘, contre 95 ‘/, dont 77 ?/, catholiques. Au Caucase le rapport est de 40 !/, contre 60 °/,. En Sibérie nous trouvons, au contraire, 60 ‘/, contre 40 °/,. Dans la Russie d'Europe nous trouvons 28 gouvernements dont la population appartient presque exclusivement à l’église orthodoxe. Dans 11 gouvernements plus des trois quarts de la population sont de l'église grecque; dans 3 (Vitebsk, Grodno, Orenbourg) elle compte plus de la moitié, et seulement dans 5 gouvernements elle est en minorité. De ces cinq gouvernements, deux sont catholiques (Vilna et Kowno) et trois protestants (Courlande, Livonie et Esthonie).

POPULAPIONSPAR "CONDITIONS.

La statistique officielle de la Russie ne fournit rien sur la répartition de la population par profession ou par occupation, mais, en revanche, elle donne le classement de la population par conditions, qui peut à la rigueur remplir le manque des données sur la distribution des occupations. De plus, la statistique des conditions en Russie présente un intérêt particulier, vu que la loi établit des différences assez sensibles entre les différentes classes de la population et que ces différences tranchent dans le vif de la position économique du peuple. Nous donnons les principaux chiffres de la population par conditions, avec la remarque que ces chiffres se rapportent exclusivement à la Russie d'Europe.

1. Nobles. 485.187 hommes et 488.605 femmes; total : 974.092 individus des deux sexes, ce qui donne une personne noble sur 66 habitants. Cependant il faut remarquer que la répartition de la noblesse par gouvernements est très-inégale et que le rapport varie de + à ;4. Les gouvernements de l’est et du nord-est représentent le minimum. Puis viennent les gouvernements du centre et du nord-ouest. En général,

le nombre des nobles augmente à mesure que nous avancons vers le sud et vers l’ouest, et atteint son maximum dans les gouvernements ayant autrefois appartenu à la Pologne. Kieff compte 2,85, Vitebsk 3,80, Mohileff 4,19, Grodno 4,69, la Volhynie 4,72, Minsk 6,03, Vilna 6,04 et Kowno 9,16 nobles sur 100 habitants. En général, dans les provinces de l’ouest, où la noblesse est très-nombreuse, la plus grande partie habite la campagne, tandis que dans les autres parties de l'empire la noblesse vit de préférence dans les villes. Dans les gouvernements du nord-est et de l’est, presque la totalité des nobles, du reste très-peu nombreux, habite les villes.

Quant aux autres parties de l'empire, nous ne possédons que des données insuffisantes. Pour la Finlande, nous manquons absolument de données. En Pologne, la noblesse est tout aussi nombreuse que dans les provinces de l’ouest, et on compte près de 450.000 personnes nobles des deux sexes. Au Caucase, on peut compter jusqu à 98.000 personnes appartenant à la noblesse; en Sibérie nous en trouvons 9175 hommes et 8309 femmes, ou 17.484 personnes des deux sexes. (1858.)

2. Clergé. 294.465 hommes et 316.589 femmes; total : 611.054. Au Caucase on compte 25.984 hommes et 22.883 femmes, total : 48.867 personnes; en Sibérie, 8085 hommes et 8543 femmes, total : 16.628 personnes. Quant à la Finlande et à la Pologne, les données manquent. En Russie le clergé séculier a le droit de se marier, et forme avec ses familles une classe à part, à laquelle appartiennent aussi les familles des sacristains, chantres, bedeaux, etc. C’est pour cette raison que le nombre des personnes appartenant à la condition ecclésiastique est beaucoup plus considérable dans les provinces essentiellement russes que dans les provinces

où une partie notable de la population appartient à l’église catholique ou protestante, ou bien à la religion de Mahomet. Dans les provinces catholiques (Kowno, Vilna), le nombre des ecclésiastiques donne à peine la moitié du rapport existant dans les provinces du centre. Les provinces protestantes sont tout à fait au bas de l’échelle.

3. Marchands. 235.173 hommes et 230.823 femmes; total : 465.996 personnes des deux sexes. En Finlande, une classe séparée de marchands n'existe pas, ainsi qu'en Pologne. Pour le Caucase et la Sibérie, les données manquent.

4. Artisans. Inscrits aux Corps des métiers : 133.118 hommes et 127.228 femmes ; total : 260.346 personnes des deux sexes. L'inscription n'est pas de rigueur, et les corps existent seulement dans une partie des villes de la Russie. Aussi la répartition du chiffre officiel des artisans est très-irrégulière. Dans les provinces de l’ouest, et surtout dans les provinces baltiques, l'institution des corps et métiers, très-gênante pour la liberté du travail, existe depuis longtemps. Aussi c'est principalement dans ces gouvernements que nous trouvons le maximum dela classe des artisans inscrits. En Pologne et en Finlande les artisans font partie de la classe des bourgeois. Au Caucase et en Sibérie les professions et le travail à la main sont libres comme dans la Russie proprement dite.

5. Paysans propriétaires. Depuis l'émancipation des paysans, cette classe s'est rapidement accrue et compte actuellement plus de 7.700.000 hommes et 8.300.000 femmes; total : 16 millions. Cette classe présente une infinité de subdivisions, destinées aujourd’hui à disparaître avec le temps. Le fond de cette classe formait depuis longtemps les odnodvortzi (propriétaires libres de Koursk, Voronège, etc.), les anciens cosaques de Tschernigoff et de Poltawa, les bélopachzy

POPULATION PAR CONDITIONS. Le

(Kostroma), les paysans libres d'Olonetz, les volnyié lioudi des provinces de l’ouest, un certain nombre de colonistes, les tatares. de la Crimée, les panzyrniyé boyaré, etc.; en tout environ 2.500.000 des deux sexes. L'émancipation leur a adjoint près de 5.500.000 paysans (avec les femmes 11.500.000), qui ont racheté leurs terres avec ou sans le concours de la couronne. Le nombre de ces propriétaires est surtout considérable dans les gouvernements de l’ouest, où le rachat en 1863 a été déclaré obligatoire. En 1864 leur nombre s’augmenta par les paysans dits.des apanages (propriétés de la famille impériale), au nombre de 90.000 hommes et 1.000.000 de femmes. A la même classe appartiennent une partie des paysans de la Finlande et presque la totalité des paysans en Pologne (depuis 1864). Au Caucase, on peut compter jusqu à 140.000 paysans propriétaires (270.000 des deux sexes). Pour la Sibérie, les données manquent.

G. Paysans dits de l'État (eultivant des terres appartenant à la couronne). Cette classe présente, de même que la précédente, un grand nombre de subdivisions, qui doivent disparaître avec le temps. Somme totale de toute la classe: 10.500.000 hommes (22 millions des deux sexes). Arkhangel, Olonetz, Vologda, Viatka, Perm, Kasan, Ssamara, et en général tout le nordet le nord-est de la Russie, représentent le maximum de cette classe; de plus, elle est très-nombreuse au Caucase et en Sibérie. En Finlande, cette classe n’existe presque pas; en Pologne, elle compte près de 240.000 âmes.

7. Paysans n'ayant pas encore effectué le rachat et habitant sur les terres des propriétaires et de différentes institutions. Total: 5.500.000 hommes (11.500.000 des deux sexes). Cette dernière classe est très-nombreuse dans les provinces bal-

tiques. Puis viennent les gouvernements du centre et quelques

gouvernements du sud-est. Parmi les autres parties de l’empire, c'est surtout au Caucase qu'on trouve le plus souvent cette classe, qui diminue en général chaque jour au profit des paysans propriétaires.

8. Militaires. A cette classe appartiennent en général près de 4.200.000 individus, dont 830.000 soldats de l'armée active et de la réserve. Les soldats en retraite avec leurs familles présentent le chiffre de 1.500.000. La population du pays du Don, des cosaques de l’Oural et d'Orenbourg, ainsi que des districts militaires habités par les bachkirs (gouv. d’'Orenbourg), compte 1.700.000 des deux sexes; mais il faut remarquer que, depuis 186%, les bachkirs (900.000) ont cessé d’appartenir aux troupes irrégulières. La classe des militaires est très-nombreuse au Caucase et en Sibérie. Au Caucase on compte, outre la troupe régulière, près de 800.000 cosaques (population des deux sexes). En Sibérie, la population des cosaques est de plus de 400.000 habitants. En Finlande il y a des tirailleurs colonisés.

En dehors des classes principales que nous avons cru nécessaire de mentionner, il y a encore beaucoup de classes secondaires et intermédiaires. Il existe, entre autres, une classe de bourgeois notables, comprenant surtout un certain nombre d’industriels, et comptant à peine 34.000 individus des deux sexes. Les bourgeois des provinces baltiques forment aussi une classe à part, ainsi qu’une partie de la population urbaine des provinces de l’ouest. Les étrangers, une partie des nomades et enfin une quantité de gens sortis de la classe des paysans, mais n’appartenant pas encore aux classes privilégiées des villes, forment autant de conditions à part. Une statistique exacte de ces divisions présente trop de difficultés pour pouvoir être établie.

Quant à la répartition de la population par sexes, nous renvoyons le Lecteur à la table que nous avons donnée à la page 58, et nous nous bornons à y ajouter quelques observations spéciales et quelques explications. Il paraît que les lois générales de la statistique, fixées pour les différents pays de l'Europe, se reproduisent en grand en Russie. Nous retrouvons dans l'empire russe la différence qui existe entre le nord et le sud de l'Europe, entre l'Allemague et la Grande- Bretagne, d'un côté, et l'Espagne et l'Italie, d’un autre. La Russie, quant à la répartition des deux sexes, se partage en deux parties. La plus grande, comprenant tout le nord, présente dans son ensemble une prépondérance numérique trèsmarquée du sexe féminin. L'autre moitié de la Russie, beaucoup moins considérable, comprenant le sud-ouest et une partie du sud-est de la Russie d'Europe, suit l'exemple des pays méridionaux de l'Europe et présente un excédant de population mâle. Cet excédant arrive à son maximum dans le gouvernement de la Tauride, qui compte seulement 8/4 femmes pour 100 hommes. Même en faisant une large part à l’in-

fluence du climat et des conditions du sol, il n’est pas difficile de voir que les causes générales sont trop insuffisantes pour produire des résultats aussi extraordinaires, et qu’en Russie, à côté de ces causes, il y a des influences tout à fait locales et propres à la Russie. Ainsi, dans le nord, où nous trouvons une moyenne de 105 femmes sur 100 hommes, ce sont les gouvernements de Yaroslaw, Vladimir, Kostroma, Vologda, Twer, Nijni-Novagorod, Perm, etc., qui dépassent cette moyenne. À Twer on compte 107 femmes sur 100 hommes, à Vologda 108, à Nijni-Novgorod 108, en Livonie et à Kowno 108, à Perm 109, à Viatka 110, à Kostroma 111 et à Yaroslaw 115. Dans la plupart de ces gouvernements (excepté la Livonie et Kowno), la population rurale s'adonne principalement à la petite industrie. Chaque maison de paysan est un atelier; des villages entiers ne s'occupent que de la fabrication de certains produits industriels, A Yaroslaw, à Kostroma, et surtout à Vladimir, il y a des districts où près d'un quart de la population mâle passe sa vie en dehors de ses foyers, en vendant par toute la Russie le produit du travail des autres trois quarts, et surtout des femmes. C'est presque une race à part que les colporteurs de ces gouvernements. Ils ont leur vie, leurs usages, et même leur jargon propre. On les trouve partout, mais il ne faut pas les chercher dans leurs familles, où ils ne font que de courtes stations, pendant une partie minime de l’année. Le vide produit par leur absence est très-sensible, mais il le devient encore plus par l’émigration périodique d’une autre partie de la population mâle, qui disparaît de la maison ordinairement pendant six mois de l’année pour aller chercher du travail dans les capitales. Twer, Novgorod, Smolensk, Olonetz fournissent à Saint- Pétersbourg 25.000 cochers de fiacres. Kalouga, Toula et

Twer en envoient jusqu à 20.000 à Moscou. A Saint-Pétersbourg certaines professions appartiennent presque exclusivement à des gens venus d'un autre gouvernement. Les maçons et les carriers, venant pour l'été, sont tous de Smolensk ou de Vitebsk; les menuisiers — de Novgorod ou de Twer, les garçons dans les bains publics et chez tous les trai- . teurs — de Yaroslaw. En général, on compteà Saint-Pétersbourg jusqu'à 100.000 travailleurs paysans, ne venant que pour la saison. Parmi eux, le dernier recensement a donné 8.000 de Kostroma, 30.000 de Yaroslaw, 32.000 de Twer, 7.000 de Novgorod. Moscou offre le même aspect d’une population flottante très-considérable. Tandis qu’au nord ce sont principalement les deux capitales (surtout Saint-Pétersbourg) et le commerce ambulant qui produisent continuellement un déplacement d'hommes et l'inégalité dans la distribution des sexes ; au sud c'est tout à fait le contraire. A Kharkoff on compte seulement 99 femmes sur 100 hommes, à Kieff 99, en Podolie 99, à Astrakhan 97, à Yékathérinoslaw 95, à Kherson 92, en Bessarabie 91 et dans la Tauride 84. Cet excédant d'hommes est le résultat d'une immigration continuelle venant du centre et de l’est. Un grand nombre de paysans des gouvernements d’Orël, Tschernigoff, Poltawa, Koursk, Voronège, Ssaratoff, etc., s'occupent des transports, et comme ces transports se font en grande partie par terre, on compte constamment jusqu’à 100.000 tschoumaki (rouliers), appartenant aux gouvernements du centre, sur les routes du sud. En général, la Nouvelle-Russie, pays colonisé depuis peu et peuplé médiocrement, mais d’une grande fertilité, attire une foule de travailleurs à la saison. Mais c'est surtout le travail à la main d'œuvre, dans les ports et dans les villes en général, qui agglomère dans les gouvernements du sud-

ouest une multitude de travailleurs mâles. En séparant les campagnes des villes, il est facile de voir que c’est principalement dans les villes qu'il faut chercher la cause des irrégularités dans la distribution des sexes. Aussi Odessa, Taganrog, Rostoff, Astrakhan présentent le maximum de l'excédant.

Quant aux autres parties de l'empire russe, il faut remarquer que la Sibérie reproduit les rapports du nord, tandis que le Caucase au contraire sert de complément au sud. La Pologne et la Finlande ne présentent rien de remarquable sous ce rapport.

St

wI

Une statistique exacte de la population russe par âges nous est impossible, vu que les recensements ne fournissent pas le relevé des âges.

Aussi nous sommes obligés de nous borner à quelques indications vagues, que le lecteur trouvera ci-dessous dans le chapitre traitant du mouvement de la population et surtout

de la mortalité.

PR

Les éléments du mouvement de la population sont les mariages, les naissances, la mortalité et la vie moyenne. La statistique russe fournit des renseignements suffisants sur tous ces éléments seulement à l'égard de la Russie d'Europe. Quant aux autres parties de l'empire, les données ne manquent pas, mais le travail du dépouillement reste encore à faire, et il serait difficile de donner autre chose, que des aperçus généraux. Aussi le chapitre que nous entamons n'aura pour objet que le mouvement de la population dans la Russie d'Europe proprement dite.

1. Mariages. En 1863 on a compté en tout, pour la Russie d'Europe, 579.285 mariages, dont la répartition était comme l'indique la table suivante :

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En moyenne, on compte, sur 10.000 habitants, 94 mariages, ou moins d’un mariage sur 100 habitants. Prenant en considération que le chiffre de 579.285 n'est pas tout à fait exact, qu'il faut tenir compte du manque de données sur les mariages des kirghiz d'Astrakhan, et que l'enregistrement des mariages des tatares, juifs, sectaires, etc., en général est incomplet, cette moyenne doit être au-dessous de la vérité : pour les années précédentes, la moyenne était de 100 à 105 mariages sur 10.000 habitants, ce qui nous autorise à compter en général 1 mariage sur 100 habitants. Encore faut-il remarquer que la proportion des mariages varie très-fortement par gouvernements. Les gouvernements du bassin du Volga, comme Ssamara, Ssimbirsk, Ssaratoff, Tamboff, Riasan, Pensa, Toula, Orël, ainsi que les gouvernements de la Petite Russie, comme Kharkoff, Voronège, Poltawa, Tschernigoff, présentent en général une moyenne trés-favorable. La population de tous ces gouvernements est essentiellement agricole; au contraire, dans les gouvernements du nord et du centre, où la population est plutôt industrielle, le nombre des mariages est au-dessous de la moyenne. Les deux

capitales appartiennent, comme de raison, à ce dernier groupe,

En général les mariages sont beaucoup plus nombreux dans les campagnes que dans les villes ; font exception les gouvernements du sud et du sud-est, la Nouvelle-Russie et les gouvernements du Volga inférieur, où la population augmente principalement dans les villes. En distinguant les mariages par confessions, on remarque que la proportion des mariages est plus considérable chez les protestants et surtout chez les colonistes de Ssamara et de Ssaratoff. Chez les catholiques elle est moins forte que chez les grecs orthodoxes.

Le minimum se trouve chez les mahométans et surtout chez les mahométans nomades, ce qui fait penser que l’enregistrement de ces mariages n'est pas tout à fait exact. Par rapport à la condition sociale des mariés, il faut remarquer que la plus grande proportion des mariages se trouve chez les paysans et surtout chez les paysans de la couronne. Puis vient le clergé et les classes bourgeoises.

2. Naissances. Le nombre des naissances en Russie est en général très-grand. On compte en moyenne une naissance sur 18 à 23 habitants, et nous faisons remarquer que ce chiffre des naissances doit être estimé plutôt au-dessous qu’au-dessus de la vérité, vu que les irrégularités de l'enregistrement ne peuvent consister que dans des omissions, et que le nombre des baptêmes ne peut être fictif comme le prétendent quelques statisticiens qui hésitent d'accepter un chiffre aussi élevé pour les naissances en Russie. Ce chiffre varie selon les années, mais il ne descend jamais au-dessous de 4 naissances sur 100 habitants, et souvent il s’élève à la proportion de plus de 5. En 1863, on comptait dans la Russie d'Europe 3.044.991 naissances, ou 4,96 sur 100 habitants

(4 naissance sur 21 habitants). La répartition de ce total par gouvernements était comme suit :

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