SUPERFICIE. RAPPORT
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D'après ce tableau, dont les chiffres doivent pourtant être accueillis avec une certaine réserve, la partie la mieux boisée de la Russie d'Europe se compose des gouvernements du nord et du nord-est. La plus grande partie des gouvernements d'Arkhangel, Vologda, Olonetz, Kostroma, Perm, Viatka et Orenbourg est couverte de forêts impénétrables, même si l'on fait abstraction de certaines étendues où, sous le nom de forêts, figurent des broussailles et des arbustes de petite futaie. En second lieu, viennent les gouvernements de l'ouest, qui presque tous exportent du bois.
Les gouvernements agricoles du centre se déboisent rapidement et plusieurs d'entre eux manquent déjà de bois de chauffage. Koursk, Voronège, Poltawa, Kharkoff, sont obligés de remplacer le bois par le kisiak (fumier des étables transformé en briques). La Nouvelle-Russie et une partie de l’est est tout à fait dégarnie de forêts. En général, les forêts en Russie diminuent, surtout dans le centre, autour des mines et usines des gouvernements de Perm et d'Orenbourg, et
dans quelques districts manufacturiers du nord et du nordouest (Yaroslaw, Wladimir, Saint-Pétersbourg, etc.).
En compulsant les chiffres des trois tableaux précédents, il est facile de voir que la répartition du sol productif en général est très-irrégulière. Dans le gouvernement d’Astrakhan les terres arables, prairies et forêts comprises, ne présentent que 6 */, de toute la superficie ; 94°/, de cette superficie restent incultes et sont pour la plupart incapables de culture. Puis vient le gouvernement d’Arkhangel dont 64 ‘/, de la superficie sont tout à fait improductifs. A la rigueur, cette proportion devrait encore être augmentée, vu qu'une grande partie de forêts reste tout à fait sans exploitation et couvre un sol marécageux, capable seulement de produire des broussailles et des arbres chétifs, ne méritant pas même la dénomination de forêts. En troisième lieu, vient le gouvernement de Ssamara dont plus de la moitié reste inculte. Plusieurs gouvernements, et parmi eux Saint-Pétersbourg, Olonetz, Esthonie, Tauride, présentent la proportion de 20 à 40°, pour la partie inculte du sol. Pour le reste de la Russie cette proportion varie de 4 à 47 ,. En général, on trouve en Russie très-peu de terrains tout à fait impropres à la culture. A l'exception de la région glaciale, comprenant la presqu'ile de Kola, et la partie nord-est du gouvernement d’Arkhangel (les Toundras), on trouve fort peu de terrains pierreux et encore faut-il les chercher dans le nord, dans la région des grands lacs, dans quelques endroits du gouvernement de Vologda (les Ouvalli), de Tver et de Novgorod (hauteurs de Waldaï) et dans le gouvernement d'Orenbourg. Au sud on en rencontre très-rarement. Les sables mouvants ne se rencontrent que partiellement, le long des rivières, et, en plus grande étendue, dans la partie sud-est des steppes. En re-
FORÊTS. 129 vanche, on trouve dans cette partie des steppes (Ssamara, Astrakhan) beaucoup de terrains à base saline. Ces terrains, tout à faitimpropres à l’agriculture, fournissent pourtant des pâturages et facilitent dans ces endroits l'entretien de nombreux troupeaux. En outre, la Russie possède une quantité très-considérable de terrains excessivement fertiles. Ces terrains présentent une étendue de 87 millions de déssiatines (95 millions d'hectares) et composent ce qu'on appelle vulgairement la région du tschernozième (terre noire). Cette réeion comprend la moitié septentrionale du gouvernement de Ssamara, la moitié de Ssimbirsk, de Tamboff et de Riasan, tout Ssaratoff, Pensa, Voronège, Koursk, Kharkow, Poltawa, Yékathérinosslaw, Kieff, la Podolie, ainsi que la majeure partie de Kherson, de la Tauride (partie septentrionale) et du pays du Don. La fertilité du sol dans cette région est telle que dans beaucoup d’endroits on n emploie jamais d'engrais et la récolte rapporte pourtant 15, 20 et même davantage. Cultivée avec soin, cette région pourrait nourrir toute l'Europe. A l'exception de quelques parties consacrées à la culture de la vigne, du tabac, de la betterave et des graines oléagineuses, toute cette vaste étendue est vouée à la culture des céréales et surtout du froment et du millet. Tout en constatant cette fertilité prodigieuse faisant de la Russie le premier pays pour la production des céréales, il faut convenir, d'autre part, que cette fertilité du sol est balancée par l’état défectueux de l’agriculture en général et l'influence de plusieurs causes sociales. L'ensemble de ces causes neutralise en quelque sorte la fertilité du sol et s'oppose aux progrès de la production qui, grâce à elles, reste loin de ce qu'elle pourrait être. L'influence de ces causes et si manifeste qu'elle mérite une mention spéciale.