‹ Aperçu statistique des forces productives de la RussieChapitre 75 sur 92 · APERÇU GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

APERÇU GÉNÉRAL

Si l’on se rapporte aux données exposées dans le chapitre précédent, il n’est pas difficile de se faire une idée approximative de l'importance des échanges, qui doivent se faire continuellement entre les différentes régions de la Russie. Les gouvernements du centre, savoir : Moscou, Vladimir, Yaroslaw, Toula, Kalouga, Nijni-Novgorod, attirent la majeure partie des produits bruts de tout l'empire et s'occupent de préférence à les transformer en produits manufacturiers, adaptés aux différents usages. Après avoir effectué cette transformation, le centre renvoie les résultats de son industrie aux provinces extérieures et il en résulte un mouvement continuel, un échange de produits bruts contre des produits manufacturiers. Moscou, le vrai centre de l'empire et le chef-lieu de la région manufacturière, règle la marche de ces échanges, en

remplissant et en vidant, tour à tour, les entrepôts de la région

secondaire. Ces entrepôts sont: Tver, Rybinsk, Nijni-Novgorod, Kolomna et les foires de l'Ukraïne, disposés en cercle autour de la région manufacturière.

En dehors de ce rayon secondaire, il existe une troisième région commerciale qui aboutit aux frontières extrêmes de l'empire et présente un caractère particulier. Le voisinage de la mer et les facilités du commerce d'exportation y balancent l'influence dominatrice de l'industrie et du commerce de Moscou. Au lieu d'envoyer ses produits dans la région manufacturière pour les échanger contre les produits de l’industrie russe, les gouvernements appartenant à ce rayon préfèrent céder leurs produits à l'étranger et recevoir de l'Europe les articles manufacturés dont ils ont besoin. Ce rayon extérieur a un commerce presque indépendant du commerce de l'intérieur et se divise en autant de groupes distincts qu'il y a de débouchés principaux pour le commerce extérieur, et nommément : les gouvernements du nord avec la Dvina septentrionale et Arkhangel; le gouvernement de Saint-Pétersbourgavec la Néva et Le port de Saint-Pétersbourg ; les gouvernements du nord-ouest avec la Dvina occidentale et Riga; les gouvernements de l’ouest avec le Niémen et la Vistule; ceux du sudouest avec les ports d'Odessa, Kherson, Nicolayeff, et enfin ceux du sud-est, avec les ports de Rostoff, Taganrog et Astrakhan. Le long de la frontière de l’est, ce rayon n'existe pas, et Moscou avec la région du centre peuvent librement étendre leur domaine jusqu'à la chaîne de l'Oural et même au delà, jusqu'aux frontières de l'Asie centrale et de la Chine.

Telle est, à grands traits, la distribution du territoire de l'empire sous le rapport des échanges. Pour préciser davantage le caractère de ces échanges, il faut prendre en considé-

ration les particularités locales du vaste rayon productif, sou-

mis à la domination de Moscou comme chef-lieu du commerce intérieur de la Russie. Les gouvernements du nord (Kostromà, Vologda, Olonetz) fournissent au centre et à quelques autres parties de l'empire principalement des produits forestiers, le bois de construction et de chauffage, la potasse, la térébenthine, les poix, les goudrons. Les gouvernements du nord-est envoient les produits de leurs mines (surtout le fer) et de leurs salines; la Sibérie, ses fourrures, ses peaux et les produits du commerce de Kiakhta. Le gouvernement d'Orenbourg fournit les produits de l'Asie centrale, et surtout le coton. Le sud-est, en général, fournit des grains, de la viande sur pied, des peaux, des euirs, du suif et du poisson; la Transcaucasie, de la soie, du vin; le midi, de la laine, du vin et du sel; la Petite-Russie, du sucre, du miel, de la cire; les gouvernements de Tschernigoff, Mohileff, Koursk, Orël, du chanvre et de l'huile; Tamboff, Riasan, Voronège, Pensa, du blé, de l'eau-de-vie, des chevaux; les gouvernements du nord-ouest (Pskoff, Vitepsk, Smolensk), du lin. D'après le genre des produits, chaque région a son commerce particulier, sa spécialité.

Grâce à l'immense étendue de l'empire et aux distances qui séparent le foyer de la consommation intérieure, Moscou, et les foyers du commerce extérieur, Saint-Pétersbourg, Riga, Odessa, Taganrog, des lieux de production , grâce enfin aux difficultés des transports, le commerce en Russie opère lentement et, par suite, contribue à une forte augmentation du prix de revient des divers produits. Pour juger de l'importance de ce fait, 1l suffit de constater la différence des prix sur les lieux de production et sur les lieux de consommation. Le poud de fer qui coûte aux mines de l’Oural 80 ou 90 cop., se vend à Saint-Pétersbourg ? roubles, et un sagène de bois vendu sur

les lieux à 50 cop. vaut en arrivant à Moscou # ou 5 roubles. Un tschetwert de seigle qui coûte à Riasan, Tamboff ou Ssaratoff 1 r. 50 cop.,vaut à Moscou 3 à 4 roubles, à Saint-Pétersbourg de 5 à 6 et dans le nord, à Olonetz, Arkhangel, Vologda, on le paye, en temps opportun, 10 à 12 roubles. Un tschetwert de froment qui se vend à Kieff, Yékathérinoslaw ou Poltawa 3 roubles, coûte à Moscou 8 et 9 roubles; à Odessa, Rostoff, Taganrog, 11 et12 roubles, et quelquefois se paye 15 et même 16 roubles. La laine, la soie, le lin, le chanvre doublent quelquefois de prix avant d'arriver sur les lieux de consommation ou d'exportation. Ces faits indiquent clairement que la question des transports est la question capitale du commerce russe.

Sn : HE

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