‹ Aperçus théoriques et pratiques sur les causes, la nature et le traitement de l'hydrocéphale aiguëChapitre 31 sur 44 · DOUZIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

DOUZIÈME OBSERVATION

Le 20 février 1819, je fus appelé pour donner des soins à un enfant âgé de 6 ans, appartenant à des parens aisés , qui ne négligeaient rien pour que leurs enfans fussent soignés et bien surveillés ; cependant , de l’aveu même de sa bonne, le petit malade faisait de fréquentes chutes sur la tête , auxquelles on ne prêtait

( ïo8 )

qu’une passagère attention, attendu que rarement il s en plaignait , et qu’il en était toujours quitte pour une petite bosse qu'on comprimait chaque fois avec une pièce de monnaie.

Depuis deux ou trois jours, cet enfant était inquiet et pleureur , lorsque tout à coup il fut pris de tous les signes d’une irritation vive du côté de la tête. Voici ceux que je remarquai : resserrement delà pupille , sensibilité de la vue, pommette droite colorée et pâle d’un moment à l’autre ; assoupissement , grincement des dents , chaleur âcre à la peau, mouvemens convulsifs des muscles de la face, du col et des membres pectoraux ; réponses lentes et tardives aux questions qu’on lui fait et auxquelles il pourrait bien répondre , attendu que son intelligence est précoce; pouls petit, serré, donnant 120 pulsations par minute ; vomissemens glaireux, urines involontaires, constipation. (Six sangsues derrière loreille gauche , infusion de tilleul avec le sirop de gomme, eau sucrée aromatisée, julep tempérant; fomentations chaudes, émollientes sur les extrémités abdominales; lavemens de mauve, cataplasmes de farine de lin sur le ventre. ) La soirée est des plus orageuses , la sensibilité se perd de plus en plus, le comale plus profond se prononce dans la nuit , les mouvemens convulsifs ont lieu dans les yeux, et surtout le droit»

( ro9 )

Le 4«e jour, trismus, strabisme de l’œil doit, émiplégie légère de ce côté. ( On écarte les mâchoires, et on fait passer en différentes reprises i o grains de calomélas porphyrîsé et étendu dans le looch blanc ; vésicatoires aux jambes, cataplasmes de riz appliqués très-chauds sur les extrémités inférieures; vessie de cochon remplie de glace pilée , tenue constamment sur la tête.) Plusieurs selles dans la journée , météorisme du ventre, pouls moins serré , sueur générale, nuit calme.

Le 5.e , disparition du trismus , déglutition facile , pupilles dilatées et mobiles , retour des facultés intellectuelles , le malade se plaint d’avoir mal à la tête et aux jambes. (Fomentations abdominales avec la décoction de plantes émoL fientes, boissons douces et tempérantes.) Nuit bonne.

Le 6.e, il ne reste qu’un peu d’engourdissement dans le bras droit ; l’oeil de ce côté est moins ouvert que l’autre, il est chassieux. Traitement continué : on ajoute un peu de fleur d’arnica dans les infusions de feuilles d’oranger.

Le 7.e, l’enfant demande ses joujoux , et s’amuse comme avant sa maladie ; il témoigne l’envie de manger, et la convalescence précède

( IÏO )

TREIZIÈME OBSERVATION (i).

Un enfant âge de 3 ans , à tête volumineuse et lymphatique , perd l'appétit et présente un léger mouvement fébrile , lié à une gastroentéro-bronchite de peu d’intensité. Cet état dure quelques jours , après lesquels l’enfant se plaint d’une douleur sourde dans la tête; le lendemain il est dans l’état qui suit : Pâleur générale, fraîcheur de la peau , cessation de la toux , affaissement du ventre , stupeur du regard, affaiblissement des sens, difficulté de soutenir sa tête; légère dilatation des pupilles, accompagnée d’un commencement de rotation des yeux. Je prescris : six sangsues aux apophyses mastoïdes, 12 grains de calomélas à prendre en 6 heures, des fomentations d’eau vinaigrée froide sur la tête pendant que les sangsues couleront ; cataplasmes chauds autour des pieds , auxquels on fera succéder du coton recouvert de taffetas gommé; tisane émolliente. Le lendemain matin, après quelques évacuations alvines, ces symptômes sont disparus; mais ils se renouvellent le soir avec une intensité plus grande , avec l’abolition complète des sens , les mouvemens con~

(0 Recueillie par mon collègue M. Gueyrard fils.

( IIÏ )

vulsifs et la roideur des mâchoires. Je prescris deux nouvelles sangsues au cou, la glace sur la tète et la continuation des autres moyens, qui amènent une amelioration analogue. Le lendemain , symptômes de gastro-entérite avec chaleur cutanée , fréquence du pouls , face colorée , tension et météorisme du ventre, selles fréquentes et vertes. Je m applique à apaiser l’irritation viscérale, sans perdre la crainte d’une récidive de compression cérébrale. En effet , trois jours après, la gastro-entérite paraissait se résoudre et les symptômes de meningo-céphalite apparurent pour la troisième fois. Je pratiquai de suite un séton à la nuque , et ordonnai les bains, les cataplasmes sinapisés aux pieds, la glace en permanence sur la tète; le petit-lait , la diète, etc. Le séton a suppuré un mois. Deux ans se sont écoulés, et l enfant n’a plus eu aucune atteinte de cette maladie.

Page 1