QUELQUES AUTRES CARACTÈRES DES LANGUES PRIMITIVES
A côté de cette pauvreté de sons nous trouvons dans les langues primitives quelquefois une richesse de formes et d'expressions qui ne semble accuser qu'une impuissance bien grande de la pensée. Dans ces mêmes îles de la Société on se sert d'un autre terme pour la queue d'un chien, d'un autre pour celle d'un oiseau, et d'un autre encore pour celle d'un poisson. L'idée « queue » prise en général ne s'est pas encore dégagée dans l'esprit de ce peuple de la représentation des objets auxquels elle appartient. De même les Mohicans ne possèdent pas de verbe qui signifie couper; mais ils en ont, et de fort différents par leur forme extérieure, pour dire : couper du bois 9 'couper des habits, couper la tête, le bras, etc. (1). Nous rencontrons une variété d'un autre ordre dans les langues celtiques et indo-européennes à leur origine. Dans les premières il y a un très grand nombre de verbes qui signifient : germer, verdir ^ fleurir, se développer; dans les autres, dans le sanscrit, par exemple, le nombre de ceux qui indiquent le mouvement^ dans l'espace {aller) et le mouvement dans la pensée (dire, parler) est extrêmement considérable. La langue , dans le progrès des siècles , a abandonné la plupart de ces formes. Les distinguait-elle toutes au commencement par des nuances d'idées? Peut-
(i) IftftrtcL, m b, p. 325.
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core été suffisamment rangés, classés, subordonnés les uns aux autres , par cette faculté inhérente à l'esprit humain, la généralisation, faculté à laquelle il faut rapporter le développement de toute langue un peu complète.