Le 30 juillet
3. Comment se fait-il qu'on la retrouve à Madrid et dans un couvent en 1688? Sa présence y est indiquée ainsi à cette date dans une lettre du comte de Rebenac : « Madame la connétable, écrit-il, est ici dant un petit couvent d'où elle sort quand elle veut; elle ne se mêle d'aucune intrigue. Sa conduite ne déplaît point à la cour. Elle a beaucoup d'amis considérables, et, quoiqu'elle ne soit pas brouillée avec sa sœur, personne ne s'étoit tant réjoui qu'elle de l'ordre qu'on lui a\oit donné de se retirer » (Archives du ministère des affaires étrangères.)
>08 APPENDICE m.
licitation de sa famille,, pour la voir sans l'aller chercher si loin, à condition qu'elle ne mettroit pas le pied dans Paris, beaucoup moins à la cour. Elle vint à Passy, dans une petite maison du duc de Nevers, son frère. Hors sa famille, elle ne connoissoit plus personne. Tout étoit renouvelé depuis qu'elle étoit partie de France pour s'aller marier avant le mariage du Roi'. L'ennui la prit d'être si mal accueilUe, et d'elle-même elle s'en retourna assez promptement -. »
Qui ne voit dans cette défense absolue de revenir à la cour et même à Paris, l'influence secrète de M^e de Maintenon, vieille, dévote, et d'autant plus ombrageuse ?
Que devint Marie Mancini depuis cette époque? où traîna- t-elle les dernières années de sa vie? nul ne le sait. Le P. Anselme et la Chenaye des Bois prétendent qu'elle mourut à Madrid en mai 1715, la même année que Louis XIV et en le précédant de quelques mois seulement. Le président de Brosses, qui voyageait en Italie au rommencement de la Régence, dit, en parlant d'elle : « Je fus fort
I. Il est presque inutile de relever l'erreur de Saint-Simon. Ce ne fuj pas avant le mariage du Roi, que Marie Mancini épousa le connétable, mais après.
2 V Cette race demi-mazarine, dit Saint-Simon en tête du passage que nous venons de citer, me fait souvenir de la connétable Colonne que le Roi eut en sa jeunesse tant envie d'épouser, qui ne contraignit pas ses mœurs à Rome, ni de courir le bon bord, du vivant et surtout depuis la mort de son mari. C'étoit la plus folle et toutefois la meilleure de ces Mazarines. Pour la plus galante, on aurait peine à décider, excepté la mère de M. de Vendôme et du grand prieur, qui mourut trop jeune dans la première innocence des moeurs. »
surpris d'apprendre que cette sempiternelle, qui était maîtresse de Louis XIV il y a un siècle, n'était morte que depuis peu d'années ^ »
Ainsi finit dans l'obscurité la plus profonde celle sur qui l'amour du Roi avait attiré les regards de l'Europe; celle de qui l'histoire a retenu ce mot triste et charmant : a Vous m'aimez, vous êtes Roi, et je pars! » Ainsi mourut inconnue et oubliée celle que les courtisans avaient saluée comme une Reine, comme la muse de la poésie et des beaux-arts. Quelle existence offrit jamais de plus étranges contrastes ! Aujourd'hui on la voit sur les marches d'un trône, demain errante et fugitive ou sous les grilles d'un monastère, mais encore plus esclave, et toujours victime de ses passions et de l'inconstante mobilité de son caractère. Une seule fois elle donne le spectacle de ce que peut une âme intrépide qui se dompte elle-même : elle sacrifie avec grandeur au repos de l'iîtat. en même temps qu'à sa dignité de femme, sa passion pour Louis XIV. Puis, comme si ce grand effort avait à jamais brisé la fierté de son âme, à partir de ce jour, elle cède au torrent et s'abandonne à tous les caprices de son imagination et à l'inquiétude de son humeur. Rien ne peut faire plier sa nature indomptable, ni les menaces, ni la prison, ni les
I. Lettre XXX». Elle s'occupait avec passion d'astrologie et d'autres sciences occultes. On a sous son nom un opnscule intitulé : Discorso astrofisico délie ntulatioiii de' lenipi et di nitri accidevii mondain' dell" ainio i6jo (Rome), in-4°.
coups les plus rudes de la Fortune. Elle brave tout, jusqu'à la mort, pour n'obéir qu'aux entraînements de sa fantaisie. Jusqu'à son départ pour l'Italie, elle se maintient presque à la hauteur des héroïnes de roman, créées par le noble et gracieux génie de M^e de La Fayette; depuis sa fuite de Rome, elle descend jusqu'au rôle des héroïnes de Gil Bîas. Elle n'est plus qu'une princesse d'aventure.