‹ Apologie pour FénelonChapitre 222 sur 250 · Défense de la Tradition, et des Pères, G., V, p · texte numérisé non relu

Défense de la Tradition, et des Pères, G., V, p

(jiii, séduit par la ressemblanco des noms, attribueil à un seul et même ^énie les pièces de Pierre et Tlionuis Corneille. U y u deux Jacques Jiénigne et .1(^ l'un des deux la pensée ne nous intéresserait Liiière si la pensée de l'autre ne prolongeait jusqu'à Mo quelques-uns de ses rayons. Lisez plutôt la 'fensio cleri gallicani, robuste livre, mais peu lectable, quoiqu'on y entende parler toute la Sor- 1 <.)nne.

Ohî sans doute, il est bien simple de mettre en itleaux synoptiques les écrits deBossuet. Cela ferait il lie médiocre thèse de plus. Les conclusions d'un pareil travail paraîtraient peut-être moins cohérentes qu'on ne l'imagine, mais enfin nous aurions, libre par livre, la série des idées que cette intelhgence souple, patiente et vigoureuse a tour à tour accueillies, formulées, soutenues. Nous voilà bien avancés ! Toutes les idées qu'un homme fait ou croit siennes, sont-elles vraiment de lui? Chacune de ces passagères auxquelles on offre successivement la chambre des hôtes, est-elle de la maison ? Elles prennent, je le veux bien, pour peu que dure leur campement, un certain air de famille, et comme elles semblent faire bon ménage avec le petit monde qui gravite autour d'elles, on a parfois quelque peine à les reconnaître pour ce qu'elles sont, la plupart du moins, des étrangères et des exilées. Le bon travail critique, le seul utile, le seul captivant, devrait être précisément de rechercher quelles sont, parmi les idées, d'oii qu'elles soient venues, celles qui ont acquis droit de cité dans une intelligence, de démasquer les autres comme autant de parasites et de les

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mettre dehors ^ Mais que vais-je faire avec mes métaphores, quand j*ai là sous la main quelques lij^nes toutes d'or, merveilleusement appropriées au sujet qui nous occupe?

Si l'on voulait, écrit le Père Uousselot, dans une thèse minuscule qui nous vient d'Allemagne et qu'on n'a pas assez remarquée, si l'on voulait écrire une Philosophie de saint Bernard, cette étude se diviserait naturellement (goûtez l'ironie de cet adverbe I) en deux parties: Philosophie explicite et PJtilosophie implicite. La première serait courte, sèche et en somme de peu d'intérêt. (Ai-je donc ébranlé les colonnes du temple en disant d'un autre bourguignon exactement la même chose ?) C'est la seconde^ qui permettrait d'assigner à saint Bernard sa vraie place dans l'histoire de la pensée chrétienne, en dégageant son apport original... L'exaltation oratoire (des sermons sur le cantique) est précisément ce qui permet à la métaphysique latente dans la vie intérieure de l'auteur, de s'y traduire en formules d'une précision inespérée... l'homme parle comme il sent » 2.

On n'a donc pas tort de ramener Fœuvre essentielle du vrai Bossuet à quelques beaux thèmes lyriques naturellement toujours simples, et de reléguer au second plan, dans les musées littéraires ou archéologiques, les orchestrations spéculatives^ polémiques et érudites qui exploitent, étendent faussent aussi quelquefois cette matière très pure, j'ajoute qu'en matière de théologie mystique, 1(

1. « Il ne faut pas s'imaginer que tout ce que dit un auteur so| véritablement son sentiment. Car on dit bien des choses par pré jugé ou sur la foi des autres et parce qu'elles paraissent d'aboi vraisemblables, surtout quand ce qu'on dit ne regarde qu'indirec tement le sujet qu'on traite... On peut dire avec vérité qu'on n's de sentiment déterminé qu'à l'égard des questions que l'on a sérieusement examinées. Malebhakche : Traité de VAmour Dieu, l 8.

2. P. KoussELW : Pour l'histoire du problème de Vamour moyen âge (Beitrâge zur Geschichte der Philosophie des Mittelf ters. Munster, 1908), p. 5.

inspirations profondes de Bossuet correspondent de point en point aux inspirations de Fénelon — comme je le montrerai bientôt sans aucune peine — qu'aurons-nous à craindre, féneloniens que nous sommes, (lu prestige de Bossuet?

Thème lyrique dans les écrits contre Simon: omnis srrîjjfura divinitus inspirata; « l'incomparable

lint Augustin! » ; — thème lyrique contre Molina : oportet semper orare ; Pater noster ; — thème Ivrique contre Fénelon : quam dilecta tabernacula fua: in te speravi. Orchestration agressive : Simon

st socinien; Molina, pélagien, Fénelon, molinosiste. ( .eux qui se flattent de vénérer Bossuet plus que nous twallent d'un même cœur cette flamme et cette lamée. Nous nous réchauffons à la flamme et nous regrettons la fumée.

Qu'on me permette un dernier éclaircissement. Bossuet est-il janséniste? Non, répond le chœurdes bossuétistes, exaspéré par cette question innocente. Il ne Test pas puisqu'il a condamné les cinq propositions. Que ne lisent-ils Fénelon, maître en la matière? Ils apprendraient que les dites propositions ne sont que l'écorcedu jansénisme, qu'un symptôme, entre vingt autres, de l'état d'esprit janséniste. Or, pressez énergiquement certains passages de Bossuet sur la grâce «par elle-même» ou sur la « délectation victorieuse » ; jureriez-vous que ce docteur de Sorbonne n'est pas quelque peu d'accord avec l'évêque d'Ypres? M. de Meaux, s'il avait vécu quelques années de plus, aurait-il accueilli la bulle Unigenitus avec autant d'allégresse que le bref d'Innocent XII? Pour ma part j'en doute fort, mais je ne vois rien là qui doive

contrister les fidèles du vrai Bossuel. Allez donc plui avant. Dégagez de cette spéculation d'école — ci vous êtes bien obligé de reconnaître que ce docteul n'excelle point — le thème lyrique dont elle n'estj en définitive, que l'interprétation plus ou moins heu-| reuse, et, pour vous guider, relisez le Traité de la concupiscence j où ce même thème, réduit à ses éléments essentiels, inspire à Bossuet quelques-unes de ses plus belles pages. Ce qu'il aime donc dans ÏAugustinus — car il aime ce livre, soyez-en sûrs — c'est avant tout — et en cela il donne la main à Pascal— quelques idées sur la misère de l'homme déchu, sur la nécessité du rédempteur, sur le mystère de la grâce, idées très simples, très réelles, très sanctifiantes. Simplifié de la sorte, l'augustinisme de Bossuet, source de ferveur et de crainte, n'offre plus rien qui ne soit conforme à la plus rigoureuse orthodoxie.

Ainsi tant de détours nous ramènent enfin à l'admirable méditatif que nous contemplions au début de ce chapitre et que nous semblions avoir oublié. Le grand Bossuet est là^ au milieu de ses énormes livres qu'il savoure lentement, sans esprit de curiosité ni de chicane, uniquement pour nourrir sa propre vie intérieure ; là, tout entier, car le lyrisme éclatant des sermons ne fait que développer le lyrisme paisible et concentré de ces heures soHtaires, de ces jours et de ces nuits consacrés à la lecture de la Bible ou de saint Augustin.

Dans le carême de 1687 — raconte Ledieu — à Meaux, prêt à aller à l'église de Saint-Saintin expliquer le décalogue, je le vis, M. Tabbé de Fleury présent, prendre sa bible pour s'y

1 r'parer et lire, à genoux, tête nue, les chapitres 19 et 20 de

\ode; s'imprimer dans la mémoire les éclairs et les ton-

res, le son redoublé de la trompette, la montagne fumante

out la terreur qui l'enveloppait... humilié profondément,

;iiment;antpar trembler lui-même <.

De ce Bossuet-là, vous ne nous entendrez jamais braver les sortilèges ou discuter le prestige.

i. Lbdieu (Mémoire), p. 120.

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