CHAPITRE XXXVI
» pour certain. Alors il me souvint de ce que j'avois » ouy dire un jour à feu madame ma mère, qu'il y avoit » eu autresfois quelque apparition en cest endroit-là. B Parquoy je me mis à dire mon Pater et Ave Maria^ » qu'elle m'avoit appris la bonne dame : et commande » derechef à mon valet qu'il picque. Ce qu'il fait : mais » le^ cheval ayant marché deux ou trois pas en avant, > s'arreste de plus beau, et fait encore Pouf pouf. Et » m'ayant asseuré encore mon valet que ce cheval 9 voyoit quelque chose, j'ajouste mon De pro/undiSy 9 que feu monsieur mon père m'avoit appris. Et incon» 9 tinent ne faillit le cheval à passer outre. Maiss'estant 9 arresté pour la troisième fois, je n'eu pas plustost dict 9 Avete omnes animœj et Requiem ceternam, quMl passa 9 franchement; et jamais depuis n'en fit difficulté. Or 9 maintenant que ces meschans dient qu'il n'y a point 9 de purgatoire et qu'il ne faut point prier pour les » trespassez : je les renvoyé à mon malier, voire à mon » malier pour apprendre leur leçon. »
Si ne faut-il pas que ce vénérable curé emporte tout l'honneur de telle subtilité : car un Jacopin nommé Divolay (i) s'y opposeroit, qui usa pareillement d'une comparaison fort subtile pour prouver un point où tous les docteurs ont perdu leur Latin, a Ces meschans Lu- 9 thériens » (dict-il) « ne veulent pas croire que le corps » et le sang de Jésus Christ soit en Thostie : pource » (disent-ils) que s'ils y estoyent on lesverroit. Etvien- 9 çà, grosse beste, quand tu as un pasté de venaison, 9 ne dis-tu pas que c'est un pasté de telle chose ? et 9 toutesfois tu ne vois-pas ce qui est dedans. »
On oit tous les jours parler de plusieurs autres com-
( I ) Pierre Divolay, né à Aurerrc, mort en 1 568, auteur de : Instructions et sermons pour tous les jours de carême. Paris, iSyô, in-8<» ; Deux sermons de la saincte messe et cérémonies d'icelle, Paris, i58i, iii-8* ; voy. Lacroix du Maine.
paraisonsque souloyent faire les prcscheura il o'ya pas long icmps, dont les unes ne sont que ridicules, les autres non seulement sont ridicules, mais ordes et sales, voire sont autant de profanations de la religion Chrestienne, qui mêriicnt d'cstrc mises au nombre des blasphèmes. Car encore qu'on vousîst pardonner à ceux qui Sccomparoyent la grâce de Dieu aux crottes de chÈvre (disans que tout ainsi que quand une chèvre montée sur un four y fait des crottes, elles s'espandent de cosié et d'autre, ainsi la grâce de Dieu s'espand par toui), que sera-ce des autres qui profanoyent en tant de sortes le mystère de la Trinité? voire jusques à en faire comparaison avec un haut de chausses. Et comment ils l'accommodoyeni, j'aurûîs horreur de l'escrire, combien que je l'aye souvent ouy reciter. Et n'estoii guère moins mCEChante (combien qu'ell'eust plus de grâce) la comparaison de la Triniié avec un cordelier,