CHAPITRE XXXVI lôj
» mais qui i'eutt cuidé que le beau père eustengrossi la » fille de son hostesse? Vrayment » (dict-il) « voilà bien » de quoy s'esbahir, qu'un moine ait engrossi une > fille : mais venez-çà, belles dames, ne devriez vous » pas bien vous estonner d'avantage si la fille avoit 9 engrossi le moine? » Voilà que contient en somme ladicte Nouvelle. Or qui voudra exemples des faicts consonans à ces paroles, il en trouvera ci-dessus au chapitre qui traite de la paillardise des gens d'église.
J'avois délibéré de mettre ici fin à ce chapitre : mais je fay conscience d'omettre une petite histoire qui vient fort bien à propos de ces grasses paroles dont ces grastondus usoyent en chaire : à-fin qu'on sçache qu'ils ne sont jamais desgoustez, ni ne perdent courage, non pas mesme quand ils sont parmi les trespassez. L'histoire est racontée par un qui a faict des annotations ou apostilles sur l'extraict de VAlcoran des Cordeliers, homme digne de foy : et est couchée en ces propres mots : « Quant à moy, puisqu'il vient ici à propos, je diray ce que j'ay veu à Paris. C'est que les quatre mendians (i) estans appelez pour enterrer un corps, le tour des Cordeliers estoit de chanter à haute voix leur Requiem et Libéra, lesquels s'en aquittoyent gayement : car la proye leur demouroit. Cependant les trois autres troupeaux de caymans devisoyent à plaisir : entre lesquels je vi ( en descendant d'une maison ) deux Âugustins jeunes et vers-galans, qui s'entretenoyent par la main, et chantoyent,
» Brunette suis, jamais ne seray blanche, i
(i) Les Cannes, Jacobins, Cordeliers et Augustins. « On appelle abouYement les quatre mendians, quatre sortes de fruits secs qu*on mange en carSmeet qu'on sert ensemble, qui sont les avelines, les amendet» les figues et les raisins. » Dict. de Trévoux.