‹ Apologie pour Hérodote (volume 2)Chapitre 152 sur 223 · CHAPITRE xxxvrir · texte numérisé non relu

CHAPITRE xxxvrir

noyent pour se venger de leurs enfans, ou parens, ou amis, qui ne donnoyent occasion aux prestres de chanter si gayement pour elles qu'elles n*eussent mauvais temps en purgatoire tant qu'elles avoyent (comme aussi nous voyons es poëtes anciens tant Grecs -que Latins les âmes des trespassez retourner pour dire injure à ceux qui n'ont faict le devoir quant à leurs obsèques tel qu'il leur appartenoit). Dequoy nous avons eu un fort notable exemple en Tesprit forgé par les Cordeliers d'Évreux, et un autre depuis en l'esprit d'Orléans : c'est à dire, en un cordelier novice nommé Haiecourt qui estant caché sur la voûte du temple contrefaisoit l'esprit de la femme du prévost. Et pourquoy? pourceque ce prévost n'avoit donné que six escusaux Cordeliers dudict lieu pour enterrer sa femme, et puis quand ils l'avoyent requis de leur donner du bois, il les avoit esconduits. Sur quoy aussi il nous faut souvenir du cordelier de Bordeaux mentionné ci-dessus, touchant les âmes de purgatoire qui rioyent quand on donnoit des offrandes pour les trespassez. Et pourceque la plus part des lecteurs pourra jà avoir les oreilles batues de plusieurs contes touchant les esprits retournans la nuit, et du tintamarre qu'ils faisoyent, autour principalement de ceux qui estoyent en leur lict, et des folies qui s'en sont ensuivies, je n'en diray d'avantage, mais viendray à l'autre point.

Cest autre point est touchant les morts canon izez : lesquels je di avoir porté double prou fit aux gens d'église, à-sçavoir de leurs corps et de leurs âmes, quant à leurs corps en ce qu'ils en ont faict des reliquaires : quant à leurs âmes, en ce qu'ils les ont fait servir à diverses offices et divers mestiers, desquels ils ont pris le proufît. Et premièrement quant aux reliquaires, ils ne se sont contentez de fciire adorer les charongnes de ceux qui avoyent esté un peu plus gens de bien que les autres, comme ayans

3oo APOI-OOre POTR HÉHODOTE

quelque divinit£, mais ont faici adorercellcs m«sn ment de quelques damnez. Tcsmoîn ua ancien doctei qui dit, Multorum corpora adorantur in terris çuoni tuimof cfuciantur in in/erîs. C'est à dire, que ïef- cor; de plusieurs sont adorez en terre, dont les âmes soi tourmentées en enfer. Ce qui nous est confertné p la légende de S, Martin (i), où nous Usons d'un dami qu'on adorait avec très-grande dévotion pourcequ'on pensoit esire en paradis. Jelaisse deux autres tromperi< qui se commcttoyent, en ceci: l'une, quand on fana à-croire à quelque povrc sainci, qui n'y petisoit c nulmal, qu'il avoiteudemic-douzaîne de testes, deux c trois douzaines d'oreilles, autant de mains, autant < bras, autant de jambes. Laquelle imposture a esté su Ësamment descouverte il y a )â plus de quinze ans, pi un livre (î] qui contient l'inventoire de plusieurs rel ques de divers pays. L'autre, quand le corps de ceîo qu'on appeloii sainci, ou pour le moins quelque mot

Page 1