CHAPITRE XXXVIII 3o
que Nicodème portoit des gans aussi bien que nous) (i), avec lequel sang il faisoit plusieurs grans miracles. A raison dequoy estant persécuté par les Juifs, fut contraint en la fin de s'en desfaire par un'invention merveilleuse. C'est qu'ayant pris un parchemin où il escrivit tous les miracles et tout ce qui appartenoit à ce mystère, il enferma le sang avec ce parchemin dedans un grand bec d'oiseau (car l'historien a omis son nom), et Tayant lié et accoustré le mieux qu'il luy estoit possible, le jetta en la mer, le recommandant à Dieu. Qui voulut que mille ou douze cens ans après, ou environ, ce sainct bec après s'estre bien pourmené par toutes les mers de levant et de ponent, arriva en Normandie, au lieu mesme où est aujourdhuy fondée l'abbaye du Bec. Où estant jette par la mer entre quelques broussailles, avint qu'un bon duc de Normandie (du nombre de ces grans fondateurs qui estoyent alors) chassant un cerf en ces quartiers-là, on ne sceut que devindrent ni le cerf ni les chiens : jusques à ce qu'il fut apperceu en un buisson estant à genoux, et les chiens auprès de luy, tous cois, et à genous aussi (aucuns escrivent qu'ils disoyent leurs heures). Ce qui esmut tellement la dévotion de ce bon duc, que soudain il fit essarter ce lieu, où le précieux bec fut trouvé et le contenu en iceluy. Qui fut cause qu'il y fonda Tabbaye appelée aujourdhuy pour ceste cause l'abbaye
(i) « Les gants apparurent pour la première fois sur les Gallo- Romains de l'époque barbare. L'antiquité classique ne connut que le cette imaginé pour la lutte à coups de poing et une sorte de moufle utile aux ouvriers de plusieurs industries. Tous les indigènes de la Gaule portaient des gants au sixième siècle, les uns pour la parade, les antres pour le travail, et le nom, sauf une légère différence, était déjà ce qu'il est aujourd'hui. On disait ouants ou wants. Cet objet, d'origiae persane, semble avoir été connu déjà des Celtes. Une tradition du moyen âge en attribuait l'invention à Yvain de Galles, l'un de ces héros dont la renommée passa de la Cambrie en France au dou« zième siècle. » J. Quicherat, HisL du costume, p. 99.
du Bec (i) lia où ils monsirent encore maintenant ce beau mirade), si bien enrichie qu'on peut bien dire que c'est un bec qui nourrit beaucoup de ventres. Or si la relique ou le reliquaire d'un seul bec nourrit tant devenires Ivoire nourrit ses hostes si grassement qu'ils ne peuvent csiri: appelez que ventres), et ne les nourrit seuk-mcnt, mais les fait si riches, je vous laissera^ maintenant ju^er, lecteur, combien grandes richesses a apporté ce nombre de reliques si grand que jamais on n'en a peu faire l'invenloire. Nous pouvons (ce me semble) conjeciurer combien elles ont esté grandes, par les chanscs dedans lesquelles souloyent estre mises lesdictes charoiignes : car de la terre se faisoit le fossé : c'est à dire, que des deniers provenus du baisetneni et adoremcnt (ou adoration, pour mieux parler) |2|, on leur acheioii une si belle maison d'argent dore. Et combicnqut toutes les reliques n'estoyent et ne sont enchâssées, je croy qu'il y en a