‹ Apologie pour Hérodote (volume 2)Chapitre 30 sur 223 · CHAPITRE XXIV 6l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV 6l

renvoya à Paris chef nne lingère, pour apprendre à coudre. Et depuis estant venu à Paris, s'accosta d'un prestre nommé messire Hector, natif de Nojon, fils d'un boulenger : auquel il conta qu'il avoit une fille aagée de sept à huict ans, laquelle il désireroit estre en quelque monastère, ou ailleurs, si loin de luy qu'il n'en ouist jamais parler : et que pour ce il voudroit avoir donné cent cscus. Ledict prestre prit cela en sa charge, et s^estant fiiict amener la fille, et délivrer quelque aident dont ils estoyent d'accord, prit congé de luy, et la mena chez soy. Et là n'attendit guères à luy couper la gorge : puis ayant porté le corps au cimetière de S. Nicolas des champs, et l'ayant jette dedans des orties, commença à se pourmener par ledict cimetière, fidsant semblant de dire son bréviaire. Et bien-tost après estant survenu un fossoyeur, et s'estant mis à £ure une fosse, ce prestre le vint trouver, et luy dict qu'il venoit de voir un piteux spectacle, à sçavoir une petite fille ayant la gorge coupée, qu'on avoit jettée dedans des orties : et le pria, pour éviter le scan* dale qui en pourroit estre, de Tenterrer : jusques à luy offrir un teston pour sa peine « Le fossoyeur toutesfois n'en voulut rien &ire, mais dict qu'il en avertiroit la justice. Ce qu'il fit : et cependant le prestre se retira à Noyon. Geste fille, après que la justice fut avertie, ayant esté portée en Chastelet, pour estre veue d'un chacun. Dieu voulut que la lingère aussi, qui avoit esté sa maistresse, y allast : laquelle la recongnut, et avertit la justice comment ledict hoste père-grand de ceste fille l'avoit mise entre les mains de ce prestre nommé messire Hector. Aussi fut avertie la justice par ledict fossoyeur des propos qu'il luy avoit tenus. Laquelle ayant entendu ces choses, mit en prison un beau-frère de ce prestre, pour luy faire dire qu'il estoit devenu, pource qu'il hantoit souvent en sa maison. Où pendant qu'il

estoit détenu, avint que ce prestre son beau-frère (du* quel on luy demandoit nouvelles, et toutesfoU n'en sçavoit point) arriva à S. Denys près de Paris : et de là luy manda (pensant qu'on le trouveroit en sa maison et non en prison ) qu'il le vinst trouver^ pour sçavoir qu'on disoit de luy. Mais le messager s'estant adressé à la femme du prisonnier, qui estoit sœur du prastre, fut mené à la justice. Laquelle le fit amener à Paris : où après avoir confessé, il fut condamné en Chastelet à estrc dégradé, avoir le poing coupé, estre rompu sur la roue, et puis jette au feu. Mais il en appela au Parlement; qui modérant la sentence ne le condamna qu'à estre dégradé, avoir le poing coupé, estre estranglé, et puis brûlé, il y a environ quatorz'ans. Mais je n'oublieray ce bon traict : c'est qu'après avoir le poing coupé, quand on le menoit au supplice, il dict à un de ses familiers qu'il rencontra : a Avise un peu, Herri men » ami : je ne sçauray pu'canter messe : on m'a coupé » une main. » Celuy duquel je tien cest'histoire, est de la mesme ville, qui dit luy avoir ouy chanter sa première messe, avec les solennitez en telle chose accoustumées.

A Orléans aussi il y a environ trente-sept ans qu'un prestre estant entré en jalousie contr'une putain qu'il entretenoit, la mena en une taverne : où après l'avoir retirée à l'escart, feignant de se vouloir jouer à elle la jetta sur un lict, et d'un rasoir qu'il avoit en sa manche, luy coupa la gorge. Pour lequel meurdre il ne fut condamné qu'à perpétuelle prison. Ce qui m'a esté raconté par un advocat fameux, qui pour lors estoit escholier en ladite ville.

Quant aux cruautez (combien que nul meurdre, comme j'ay dict parcidevant, soit sans cruauté), en voudrait on une plus grande que celle qui est la plus commune entre les moines, et laquelle ils confessent,

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