‹ Apologie pour Hérodote (volume 2)Chapitre 59 sur 223 · AYANT DIS FAÇONS DE FAIRE PLUS GENTILBS ET DE MEILLEURE GRACE · texte numérisé non relu

AYANT DIS FAÇONS DE FAIRE PLUS GENTILBS ET DE MEILLEURE GRACE

H ES souspirs d'Hésiode et de Tibulle qu'ils ont jettez pour le mescontentemeiiE qu'ils avoyent de la façon de vivre de leur siècle, nous ont esté ci-dessus tesmoignez 1 par leurs vers : èsquels nous les oyoas dire qu'au lieu qu'ils estoyent malheureux d'estre nez alors, ils eussent esté biea-heureux s'ils fussent nez es siècles précédens : et que dirons-nous de ceux qui au-contraire se resjouissent comme d'un grand heur, de ce que leur naissance s'est rencontrée en une si bonne saison, au pris que s'ils fussent nez quelques âêcles auparavant? Car escoutons que dit Ovide (i) entr'autres :

Il8 APOLOGIE POUR HÉRODOTE

C'est à dire,

Le temps passé aimera qui voudra :

Le temps présent convient et conviendra A mon esprit : et quoy qu'on me responde. Je suis venu à la bonne heure au monde.

Mais combien qu'Ovide contrarie aux poètes susdicts quant à leur souhait, il ne leur contrarie pas quant a la cause d'iceluy. Car ce qui leur faisoit souhaiter d'avoir esté nez en un autre siècle, c'estoit la grande meschanceté du leur : et ce qui fait au contraire Ovide se contenter du sien, voire le préférer à tous les précédens, n'est pas pourceque la meschanceté d'iceluy estoit moindre, mais pourceque la façon de vivre estoit plus gentile. Car il dit notamment :

Sed quia cultus adest, nec nostros mansit in annos Rusticitas priscis Hla superstes avis.

Or si j'avois à déduire le propos de ce poëte, je mon« strerois par le menu en combien de choses son siède estoit plus poli que les précédens, et ceux principalement qui approchoyent le plus près du siècle de ce vieil resveur Saturne (pour parler selon les poètes) : et puis je pourrois, pour traiter encore plus généralement cest argument, monstrer comment de siècle en siècle les hommes ont eu Tesprit plus esveillé, et par ce moyen ont regardé de plus près à leurs affaires, et ont donné tousjours de plus en plus quelque polissement à leurs façons de faire : tellement que les anciennes estans rapportées à celles-ci, se trouveroyent fort lourdes et grossières : mais il me suffira, selon que j'ay promis, de faire comparaison du siècle précédent avec le nostre, sans entrer plus avant en ceste matière, laquelle autrement seroit infinie. Et encore

Page 1