‹ Apologie pour Hérodote (volume 2)Chapitre 63 sur 223 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

qu'alors : ce qui est cause de la cherté qu'on voit, cause de tant de dissolutions, cause aussi de rendre les hommes plus efféminez. Il est vray qu'ils passent bien quelquefois plus avant, votdans faire les jeunes gens de leur temps presque saincts ; comme quand ils disent (ce que Fauteur du Courtisan (i) raconte de bonne grâce), lo kÊ»eva vent' anni che anchor dormiva con mi a madré, et nUesorelle : ne seppi ivi à gran tempo che cosa fossero donne : et hora i fanciulli non anno à pena asciutto il capo, chesanno piu malitie che in que tempi non sappe^ ano gli homini fatti. Or comme les vieillars qui passent si avant, passent les limites de. la vérité : aussi les passerions-nous si nous voulions nier qu'ils n'eussent raison de se plaindre du changement en pis quant aux meurs. Pour conclusion donc nous accorderons aux vieillars que du temps de leur jeunes ans le monde n'estoit si malitieux : mais ce sera à la charge qu'ils nous accordent qu'aussi estoit-il plus grossier et plus lourdaut, et n'avoir pas peut-estre autant d'esprit pour avoir autant de malice.

Et à-fin qu'ils ne dient point que je parle à l'avanture, je viendray dès maintenant aux exemples. Et pourccque quant au corps, nous n'avons aucunes choses en plus grande recommandation, voire n'estimons plus nécessaires, que celles qui servent à nous nourrir et vestir, et pourtant sommes fort curieux de cercher toutes commoditez en cest endroit, j'en parleray premièrement. Mais quant à la nourriture, pource que je présuppose que nos ancestres ne s'y soyent monstrez gyère plus subtilement curieux que s'y monstrent encores à présent plusieurs nations, je prieray le lecteur ne trouver mauvais si je fay aussi comparaison de quelques façons de faire d'icelles avec les nostres. Il est vray

(i) Castiglione, liv. II, p. m, de l'éd. de Lyon, i553.

II i6

I3(i APOLOGIE POUR HEHODOTE

que je commanceray par une qui est eninJL' si avant dedans nostrc temps que ceui mesmement qui n'ont dix ou douze ans passez, en peuvent estre tesmoins [et peut-estrequc quand je diroisqu'ell' est encores en usage enquelques lieux de la France, je ne mentirois pas). C'est que es bonnes maisons les roaisires et maistresses, pour bien tromper leurs serviteurs et chambrières, se faîsoyent servir à table premièrement je ne sçay quelles fricassées, hachis, vinaigrettes, saupiquets, salmingondins, et puis force chair de moulan et de veau, et de beuf la pièce tremblante qu'on appelle (t) : et ordinairement s'atcachoyent à cesie pièce de beuf plustost qu'aux autres. Et après que l'cstomach avoit deschargé sa cholère sur telles viandes, et qu'il estoit appniisé, on apporloit la viande creuse, à-sçavoir force bestes à deux pieds ; et encore non pas tout à une fois, mais on gardoii les perdris et les phaisans et autres viandes qui sont

Page 1