‹ Apologie pour Hérodote (volume 2)Chapitre 69 sur 223 · CHAPITRE XXVIII l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII l

la ryme d'un bon compagnon (i), qui a esté assez long temps devant luy, nous lisons,

Plus fringant et esperlucat,

Et cent fois plus gay que Perot,

Ou le valet d'un avocat.

Pouvons-nous excuser leur lourderie en ce qu'ils prenoyent grand'peine à entretenir ce qui les mettoit en grand'peine ? Car qui ne sçait non seulement les incommoditez, mais aussi les maladies qu'apportent les longues perruques? (combien qu'encore pour le jourdhuy elles plaisent à aucuns.) Et quant à la barbe, si elle sied bien à un homme, ou non, je m'en rapporte à ceux que nous voyons si honteux de n'en avoir point. Je m'en rapporte aussi à ces vers,

... turpis sine frondibus arbor, Turpis equus nisi colla jubœ flaventia vêlent : Pluma tegit volucres, ovibus sua lana decon est : Barba viros hirtœque décent in corpore setœ (2).

Et toutesfois il faloit que les povrcs crucefis de ce temps-là s'accommodassent à l'humeur des hommes d'alors, et que tombans entre les mains de ceux qui aymoyent à porter la barbe du tout rase, ils eussent la patience de la porter rase pareillement : s'ils se rencontroyent parmi autres qui aimoyent à porter une barbette seulement au lieu d'une barbe, il leur estoit force se contenter d'une barbette. Comme au contraire quand ils estoyent es pays où on portoit la barbe nouée à la ceinture, ou touchante jusques aux genoux, il leur estoit force de s'accoustumer à ceste mode, en- Ci) Coquillart en son Monologue des perruques, selon Le Duchat, mais nous n'y avons rien lu de pareil.

(a) Ovide. Met. XIII, 847-

APOLOGIE POUR HERODOTK

i. Voilà exemple du l3ng:iiiige auquel on pi~enoii plaisir de faire la grand' bouche <i), h la façon de ceu3 d'entre les Grecs qui estoyent nommez Dorions, et de ceux d'entre ies François qui sont nommez Sa- TOyars. Or au contraire on a veu une seclc de certains contrefaiseurs de petite bouche, qui faisans conscience de dire François, Angîois, disoyent Francés, Angles. Et encore pour le jourdhuy se trouvent des courtisans qui alTectent cesie prononciation, s'accommodans en cela il quelques mignardesct non à la raison. Car il est certain que ceci est venu premièrement des femmes qui avoyent peur d'ouvrir trop la bouche en disant François et Anglois. Comment qu'il en soit, je ne pense point que ni elles ni les hommes qui les ensuivent, puissent rendre aucune raison de ceste prononciation, non plus que ta damoiselle Savoysicnne eust peu rendre raison de son ChanUt magnifiquH, qu'elle

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