CHAPITRE XXIX
response il fut jugé digne d'estre faict prestre. Mais au contraire, un qui vint après, estant interrogué qui estoit le meilleur morceau d'un veau, et ayant respondu que c'estoit la peau (car il vouloit ensuivre la response de Fautre], fut jugé indigne d'estre faict prestre, comme ayant faict une sotte response, et par laquelle il monstroit n^avoir assez d'esprit pour estre de ce mestier.
J'ay honte de m'amuser à escrire autres telles sottes interrogations qu'on leur faisoit pour voir s'ils estoyent bons compagnons; et cependant estoyent faictes pro forma, à fin qu'ils pussent dire qu'ils avoyent esté examinez. Que si quelcun trouve ceci trop malaisé à croire, je le prieray de considérer s'il estoit possible de tirer des prestres du tout ignorans response à quelque demande concernant leur office, c'est à dire Toffice duquel ils demandoyent estre pourveus. Comment ignorans ? voire jusques à ne sçavoir pas bien lire. Et si on trouve ceci encore moins aisé à croire, j'appelle leur droit canon en tesmoin. Car il est là escrit d'un prestre, qui en baptizant disoit, Baptif{0 te in notnine patria etjilia, et spiritua sancta. Et pource que ceci est notable, je mettray le passage entier. Voici donc en propres termes ce que nous lisons en la m partie du Décret, De consecratione, distinctione iiii, Canone lxxxiiii: ZACH ARIAS PAPA BON IF AGIO EPISCOPO, Retulerunt mihi nuntii tut quod fuit sacerdos in eadem provincia qui Latinam linguam penitus ignorabaty et y dum bapti^çaret, nescius Latini eloquii^ infringens linguam dicerety baptizo te in nomine patria et fi lia et SPIRITUA SANCTA '. et per hoc tua reverenda sanctitas consideravit eos rebapti:^are , Sed^ sanctissime frater, si ille qui bapti^avit, non errorem inducens vel hcere^ sin, sed pro sola ignorantia Romance locutionis, in/ringendo linguam (ut supra diximus) bapti^ans dixisset,
non possumus consentire ut denuo bapti^^etur. Et de ce canon Petrus Lombardus a très-bien fait son proufit, lib. nii. Sentent, Distinct, vi. Car pour toute response à ceste question, Si bdptismus sit ver bis corrupte pro» latis^ il n'allègue autre chose que ce canon. Quceri etiam solet (dit-il) si corrupte proferantur verba illa^ an baptismus sit ; De hoc Zacharias Bonifacio scribit, Retulerunt^ etc. De ma part j'ay bonne souvenance d'en avoir ouy quelques-uns qui disoyent en baptizant aussi Abrinuntio^^u lieu de Abrenuntio^el en consécrant (comme ils parlent) disoyent Hoc est corpum meum.
Mais tous ne sont ni n'ont esté si ignorans (respondra leur advocat), ains y a des simples prestrots qui non seulement sçavent lire promptement, et correctement, mais entendent honnestement ce qu'ils lisent. Je confesse qu'ils ne sont tous si ignorans : mais je di que les plus ignorans sont les moins dangereux. Et qu'ainsi soit, par qui ont esté corrompus les passages du nouveau Testament, sinon par ceux qui avoyent un peu estudié ? Qui a faict corriger le passage de S. Luc, où il est parlé de la femme qui ayant perdu une pierre précieuse, balie la maison pour la trouver? qui a fait mettre ici evertit domutn, EU' abbat la maison: au lieu de everrit domum, c'est à dire, Elle balie la maison : sinon celuy qui avoit tant fueilleté de bons auteurs qu'il avoit bien rencontré evertit en quelque coin, mais non everrit? Et qui doute que par mesme moyen n'ait esté corrigé ce passage des Actes des ApostreSj où au lieu de demissus per sportam on a mis demissus per portant? En l'honneur de laquelle correction fut faict ce quatrin par un qui avoit ouy un prescheur lequel la suivoit en son exposition :
Par ici passa devant-hier Ua trôs-notable charpentier,