‹ Apologie pour Hérodote (volume 2)Chapitre 93 sur 223 · CHAPITRE XXXIII l8l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII l8l

considérons combien de fois nous avons ouy dire ce proverbe, Aussi vray que Dieu est en la messe y par ceux qui pensoyent qu'en la religion Chrestienne il n'y avoit article plus certain et indubitable que cestuy-ci. Car qui estoit celuy du temps de nos prédécesseurs qui ne pensast que chacune page de la saincte escriture tesmoignoit de cela ? Pourtant ne se faut-il esbahir s'ils croyoyent telle chose sans demander allégation d'aucun texte. Mais encore passoyent-ils bien plus outre quand ils preschoyent que ce meschant Caïn (i) resembloit aux Luthériens (qu'ils ont depuis nommez huguenots) qui ne vouloyent aller à la messe. Et que jamais il n'avoit esté possible de faire aller Caïn à la messe une seule fois en sa vie : au contraire que son frère Abel y alloit tous les jours. Encores un certain curé du pays de Savoye ne se contenta pas de cela : mais exhortant ses paroiciens à faire leur devoir de payer les dismes, leur dict : « Gardez-vous bien de suivre l'exemple de ce malheureux Caïn, mais suivez celuy du bon Abel. Caïn ne vouloit jamais payer les dismes, n'aller à la messe, au contraire Abel les payoit très-volontiers, et tousjoiirs du plus beau et du meilleur : et ne failloit pas on seul jour d'ouyr la messe. Or en un besoin fourni, roit-on bien du nom de ce gentil curé, mais je luy pardonneray pour le présent : en ajoustant toutesfois ce mot, touchant luy-mesme, c'est qu'il monstra bien puis après qu'il n'estoit pas des mieux fournis de response, quand on luy prouva par son dire que les prestres estoyent mariez alors. Car il fut rendu muet par un

(i) Voy. Viret, Seconde et troisième partie des Disputations chre^ stiennes. Dialogues du désordre qui est à présent au monde et des causes d'iceluy et du moyen pour y remédier; desquels l'ordre et le titre est le Monde à VEmpire... Londres, i54â, in-S. Matthieu de Lannoy, en sa Déclaration et réfutation^.. Paris, iSyy, in-8, prétend que c'est un conte inventé par Viret pour faire rire aux dépens des prâtres.

qui l'assaillit de cest argument : ■ Monsieur le curé, en ce temps-là que vous dites, le monde n'avoit encore que quatre personnes, Adam, Ève,Caïn, Abel. Caïn ne chancoit point la messe puisqu'il ne la vouloii point ouyr ; Abel ne la pouvoit pas chanter luy-mesme et l'ouyr : il falloit donc qu'Adam U chaniast, et qu'Abcl ou Eve la respondist et tinst la torche, Dequoy il s'ensuivroit que pour lors les prestres estoyem mariez, " Mais si ce curé eust eu un peu d'esprit, il n'avoit qu'à respondrc qu'alors ils estoycnt prestres Martins [ i),ch3ntans et rcspondans. Or luy donncray-je pour compagnon un autre curé, qui preschoit que quand l'ange Gabriel vint à la vierge Marie, il la trouva disant les heures de nostre Dame [i). Mais à propos d' A bel qui oyoit tous les jours la messe, il ne faut pas oublier Abraham, Isaac, Jacob et les autres bons patriarches, qui ne s'ailoyent jamais coucher sans faire le signe de la croix

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