CHAPITRE XXXIII
pka tkeologiof sacrosanctœ (i), et orné de plusieurs autres titres, qui semblent estre totalement mis en despit de la religion Chrestienne. D'autant que si une grand'part des choses qui y sont contenues sont orthodoxes, il est certain que nous avons des choses en la bible qui ne sont point orthodoxes : et faut nécessairement choisir ausquels escrits on donnera ce titre, veu qu'en le donnant aux uns, on Toste aux autres, entant qu'ils se contrarient. Que si quelcun allègue qu'aucuns sont traduits de THébrieu, aucuns du Grec, quand bien il aura prouvé cela, il n'aura pas beaucoup gangné : car la response est aisée, que le diable peut aussi bien estre diable en Hébrieu et en Grec qu'en autre language. De ma part je me suis attaché à ce Protevan" gelion plustost qu'à un autre, pourcequ'il est attribué â S. Jacques, cousin germain et frère de Jésus Christ, ainsi que porte le titre. Car la première impression de ce livre (2) qui est en petite forme, avec des apostilles, ha ce titre, Protevangelion sive De nqtalibus Jesu Christi et ipsius matris virginis Mariœy sermo historicus divi Jacobi minoris, consobrini et fratris domini JesUy apostoli primarii et episcopi Christianorum primi Hierosolymis, Il est vray qu'en l'impression qui est au volume susdict intitulé Orthodoxographa, on n'a point faict ce S. Jacques cousin germain et frère, mais seulement frère. Je me ^uis attaché (di-je) à ce livre, plustost qu'aux autres, à-fin que les lecteurs jugeassent par ceci que ce peut estre des autres. Car si ils ont osé publier telles choses sous le nom de S. Jacques, que peut-on penser qu'ils auront publié sous le nom de
(i) Orthodoxographa : theologiœ sacro sancta, ac syncerioris fidei doctores numéro LXXVI, Ecclesice columina luminaque clarissima... Basileae, H. Pétri, i535, in-fol. (publ. par J. Basile Hérold).
(2) Basilex, ap. Oporinum, i53a, in-8.
igo APOLOGIE POUR HERODOTE
Nicodème (i), et tant d'autres qui sont contenus au volume susdict ? Et encore s'en âiut-il bien que tous les escrits semblables soyent là : car sous ce mesme nom de S. Jacques a esté publié depuis un autre malheureux livre. Aussi ont esté mis en lumière les actes des Apostres, composez par un certain Abdias (2), duquel combien qu'on voye les escrits estre du tout profanes, on n'a point toutesfois eu honte de mettre en la préface et en la marge en quelque endroit, qu'il avoit pris de S. Luc, ou que S. Luc avoit pris de luy. Outreplus a esté publiée l'histoire ecclésiastique d'un diable de moine nommé Nicephorus Callistus (3). Lequel non sans cause j'appelle diable de moine : car outre ce qu'il estoit moine de profession, il se monstre ignorant comme un moine, impudent comme lin moine, meschant et profane comme un moine : ignorant, jusques à ignorer ce que sçavent les petis enfans : impudent, jusques à dire des mensonges tous évidens : meschant et profane, jusques à se mocquer de Dieu et de sa parole : comme toutes ces choses seront un jour évidemment monstrées, s'il plaist à Dieu.
Or encore que ces prescheurs peussent trouver en ces livres et autres semblables, tant de beaux contes tous prests pour quand ils voudroyent monter en chaire, si ne laissoyent-ils de s'en fournir encore d'ailleurs, et d'en avoir tousjours quelques-uns tous nouveaux pour mesler parmi les vieux, à-fin qu'on ne
(i) Voy. sur TÉvangile de Nicodème, « Maury, Croyances et Légendes de Vantiquité, Paris, i863, p. 289 et suiT.
(2) Histoire du combat apostolique, attribuée à Abdyas; elle parut pour la première fois dans le recueil de Lazius, Collect. rar. Monum. Basil. i55i, in-fbl. Paris, i566, in-8. Fabricius Ta reproduite dans le tome II de son Codex apocryphus.
{3) VHist, ecclésiastique de Nicéphore Calliste, trad. en latin par Jean Lange, parut à BÂle, i553, in-fol., et fut réimprimée à Anvers, i56o, Paris, i562, i366, etc.