‹ Apologie pour Hérodote (volume 3)Chapitre 200 sur 221 · CHAPITRE XXXIX 4o · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX 4o

fut changé en risée, et en moquerie de ce povre S. Pierre d'estain : car il en fut appelé sainct Pierre dçs boudins.

Je produiray un autre exemple sans partir dudict pays. Au temple du chasteau hors la ville de Bourges, avint qu'un oiseau (un pigeon, selon aucuns) saignant d'un coup quUl avoit receu , se vint poser sur la teste d'une Nostre-Dame du chou : dont avint que le sang découla par la face de ladicte Dame. Et alors ce fut à qui crieroit plus haut Miracle. Mais le lieutenant du roy ayant faict visiter ceste teste, on trouva encore des plumes de l'oyseau avec le sang dedans le creux d'icelle : et pourtant le miracle qui avoit esté crié bien haut, fut descrié tout bellement.

J'ay ouy aussi parler d'une Nostre-Dame dicte Nostre-Dame la neuve, laquelle ayant esté descouverte miraculeusement, fit pareillement force miracles, ou pour le moins on luy voulut faire acroire qu'eU'en faisoit. On Favoit enfouye sous l'herbe, laquelle on avoit arrosée d'eau salée : ce qui fut cause que les vaches en broutant la descouvrirent.

Aussi a esté fort renommée la fausseté du miracle du crucefis de Muret près de Thoulouze. Car on fît accroire à ce crucefis il y a environ trent'ans qu'il pleuroit, et £usoit plusieurs miracles â l'endroit des boiteux, des aveugles, et autres, qui ont tels maux surmontans l'art de médecine. Or quant à l'artifice duquel on usa pour luy faire sortir de l'eau des yeux qu'on disoit estre des larmes, il y en a deux opinions : les uns disent que c'estoit par le moyen de quelque mistion d'eau avec de l'huile : les autres disent qu'on avoit mis un sep de vigne dedans la teste dudict crucefis au temps qu'elle jettoit sa sève, ou (selon que parlent aucuns) elle pleure. Mais le miracle dura plus long temps que ceste saison de l'année, et pourtant encore qu'on eust usé de ceste

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inrentioa pour un temps, il cusi esté besoin fentmver ua'autre.

Or il fieiut noter qne les moyens pour fiûre entrer quelque crucefis ou quelque sainct en crédit, eitoyat tels : mais pour l'entretenir et augmenter <m attitnh quelques bons gueux de l'ostière (i) pour amtreftirc les boiteux, ou les aveugles, ou ftire semblant d'em venus malades de quelque bien dangereuse mslsdie, et s'en retourner guaris. Qudquesfois aoaû ib osojcst seulement de ce moyen-là pour donner bruit à ksr sainct. De laquelle tromperie souvent ont esté veosda exemples : et pour ceste beure me souvient de tron. Le premier est de S. Renaud à Paris, aux fiiux-bosn de Nostre-Dame des champs, auquel les moines do lies voulurent hire acroire qu'il estoit sainct, et le plus habile faiseur de miracles qui fiist â cinquante lieues à la ronde. Et pour cest effect ils avoyent apposté quelques boiteux, et quelques aveugles, et autres contrefaits, ausquels ils avoyent donné le mot du guet. Mais il avint qu'un entr'autres se présenta disant estre areogle de naissance, lequel après plusieurs agiots (2) cria miracle, disant qu'il voyoit. A laquelle parole prit bien garde un certain personnage qui estoit là espiant l'occasion de descouvrir cest abus : lequel, sitost qu'il luy ouyt dire qu'il venoit de recevoir le don de la veue, luy

(1) • Gueux de l'hostiaire », Rabelais, 1, i. De rbdpital, loimi les uns; selon Pas^uîjr, allant de porte en porte, mendicus, ostiârius. Voy. les exemples de V Artifice des meschants guewuc de thoS' tière qu'Ambroise Paré a consignés dans son dix -neuvième livre, ch. xxi-xxv. Œuvres, éd. Maluaigne. t. IH, p. 46-53. « J eotendroif ce que disent les gueux de Thostiëre. Bouchet, 1 3* livre, i3* Serèe.

(3) Démonstrations de piété, paroles magiques. Littré dcMioe à agiau, 10 le sens de pupitre. 3» celui de colifichet. Cotgrave contoni

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