‹ Apologie pour Hérodote (volume 3)Chapitre 203 sur 221 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

par les papicoles mesmement, et dont toutesfois n'a esté £ucte mention ci-dessus , je Tajousteray ici : mais d'autant que je Tay ouy raconter autrement que Bocace ne le raconte (estant toustefois la différence non au faict mais es circonstances seulement ], je le raconteray en toutes les deux sortes , pour donner le chois au lecteur. Voici donc premièrement comme je Tay ouy raconter. Un porteur de rogatons qui avoit engagé ses reliques en la taverne , et ne pouvoit rendre l'argent qu'il avoit emprunté dessus, pour les retirer, s'avisa de ce tour : C^est, qu'ayant pris un charbon en présence de Thostesse à laquelle il devoit Targent, il l'enveloppa dedans un beau linge blanc : dequoy elle se moqua. « Vous moquez-vous de mon charbon ? » (dict-il ) «t si est-ce que je le vous feray baiser avant

• qu'il soit nuit. » Elle, voulant gager qu'il n'estoit pas en sa puissance de le luy faire baiser, — « Et bien » donc, » dict-il, « gageons la somme que je vous doy : » à la charge que vous me rendrez mes reliques si je » gagne. » La gageure faicte, ce gentil moine , qui n'estoit despourveu d'esprit, quelques heures après vint à réglise, où il dict au peuple qu'il ne leur monstreroit pas les reliques qu'il avoit accoustumé de leur monstrer, mais une bien plus prétieuse. Alors , desployant ce beau linge, monstra ledict charbon, disant, € Voyez-vous bien ce charbon ? C'est un des charbons » sur lesquels le glorieux sainct Laurent fut rosti : » mais il y a bien un point , c'est que toutes les filles

• qui ont perdu leur pucelage, et toutes les femmes » qui ont rompu la foy à leurs maris, n'en doivent » pas approcher : autrement elles seroyent en grand > danger.» Luy ayant dict cela, il y avoit grand presse à baiser ce charbon, les povres femmes et les filles voulans monstrer qu'elles sentoyent leurs consciences nettes. L'hostesse, d'un costé voyant bien qu'en l'ai-

lant baiser elle perdoit la gageure, d'autre costé qv'ei n'y allant point, elle se rendoit suspecte d'avoir joué un mauvais tour à son mari , et qu'elle ne seroit pti creue si elle racon toit sa gageure, alla baiser le babooii après tous et toutes les autres. Ainsi ce bon frère desgagea ses reliques sans rien desbourser, et aioasu ceste nouvelle relique aux anciennes. Menot, cordelier (duquel le tesmoignage ne nous doit estre suspect, ve« qu'il estoit du mesme bois dont estoyent faicts les porteurs de rogatons ), ne touche cette histoire qu'en passant, mais s'accordant toutesfois avec moy quant ï ceste circonstance, que les reliques estoyent demoorées en la taverne. Voici ses paroles, au fueillet 41. col. 4, Die de illis qui reliquias suas in tabema perdiderunt, et stipitem inventum in sudarioy loco reliquiarum suarum^ dixerunt esse quo heatus Laurentius cornbustus fuerat. Je mettray maintenant T histoire comme Bocace la récite, mais usant de plus grande bricfvcté : sans toutesfois omettre ce qui sert à faire entendre le style de papelardisme que tenoyent ces frères frappars. Un religieux de S. Antoine, nommé frère Oignon r}, ayant accoustumé d'aller tous les ans une fois en un village près de Florence appelé Certalde, pour recueillir les aumosnes, une fois entr autres y estant arrivé, s^en alla le dimanche au matin en la principale église, où tout le peuple non seulement du village, mais aussi d'autour, estoit venu à la messe. Estant là, quand il luy sembla estre temps, usa de ceste harangue : « Mes- » sieurs et mesdames, vous avez accoustumé tous les » ans ( de vostre grâce) d'envoyer aux povres du baron » monsieur sainct Antoine, de vos blez et avoines, les » uns plus, les autres moins, chacun selon son pou-

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