CHAPITRE xxni
afanture quand on ponvoit jouer si finement qu^on ne passast par dessous leurs pâtes. Car en venant confesser les poTres personnes qui estoyent en l'article de la mort, ils ne leur donnoyent autre espérance d'estre sanvex qu'en ûtisant héritier S. François, ou S. Dominique, ou quelqu'autre sainct, patron de la religion de celuy qui estoit confesseur. Voire sçavoyent si bien ensorceler les consciences de ceux qu'ils confessoyent, que non seulement ils se faisoyent donner ou la moitié ou les deux tiers du bien duquel devoyent hériter la femme et les enfuis : mais encores au cas que les enfuis ne s'allassent rendre l'un à S. François, Tautre à S. Dominique, l'autre à un autre, ces gentils saincts sçavoyent qu'ils devoyent avoir. Tellement que si après le décès du père les enfans refiisoyent de se faire moines, ces saincts se portoyent pour héritiers, les enfans en estans du tout frustrez. Et de ceci font foy des testamens qui se trouvent encores aujourdhuy. Mais c'est bien le pis que souventesfois ils n'attendent pas jusques à ce que ceux qu'ils tiennent en leurs laqs, soyent prochains de leur fin, mais par subtils moyens les font despouiller avant qu'ils se vueillent coucher, ainsi qu'on parle en commun proverbe (i).
Et quel plus grand et plus tyrannique larrecin, quelle plus cruelle rapine sçauroit-on songer que la croisade ? Jamais brigans tenans la dague sur la gorge des passans pour se Élire bailler la bourse, ont-ils pillé de la sorte que les supposts de la croisade? Car au moins les povres gens qui ont la bourse vuide sont hors du danger des brigans, selon qu'a dict un poète, Cantahit vacuus coram latrone viator (2) : mais la povre personne à
( I ) • On dit qu'iV ne faut point se dépouiller avant qu'on se couche pour dire qu'il ne Ciut pas donner tout son bien de son vivant, si ce netl par testament. » Dict. de Trévoux.
(3| JoTénal, X, 33.
48 APOLOGIE POUR HlîRODOTE
laquelle on faisoic croire que si elle donnoit telle ou telle somme d'argeni, elle seroit sauvée avec ses père et mère, ei enfans, et à faute de la donner, ils seroyent tous damnez, n'cstoic-cUe pas beaucoup pis qu'entre les mains des brigans '! Car plustost que de faillir à trouver argent, si elle n'en avoit point, elle se fust engagée aux Sarrasins. Voire ne faut douter que plusieurs povres gens n'ayent noh pas engagé mais vendu leurs âmes au diable, en ccrchant par moyens illicites argent, par lequel ils espéroyec : racheter leurs âmes
de la puissance du ' t-il bien vray que jà
long temps auparavant jent dîci haut e( clair
que paradis se vendoit (comme tesmoigncni les vers Latins qui ont este trouvez en l'église de S, Estiene k Bourges ;i), cngravcz en des tables de pierre, en un pilier, dont le premier est, Hic des dévoie : cxiestibus associa te) : mais ils ne coniraignoyeoi point d'acheter paradis, comme ils ont faia du temps de la croisade. Pour la confirmation et autorization de laquelle les prescheurs alléguoyent force textes à propos, non pas de la Bible, mais de quelques cagots : et aucuns disoycni des folies telles qu'il sera impossible à la postérité de les croire. Et enir'amres on en raconte une d'un beau père preschant à Bordeaux, qui affermoit que quand on donne de l'argent pour les trespasscz, les âmes qui sont en purgatoire, oyans le son de l'argent qui en tombant dedans le bassin ou le tronc, fait Tin tin, elles se prennent tellement à rire qu'elles font Ha ha ha, hi hi hi I21.