‹ Apologie pour Hérodote (volume 3)Chapitre 24 sur 221 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

estoh allé. Elle luy fit response quHl estoit allé à une sienne terre où il devoit demeurer deux ou trois jours : mais s'il avoit â-fisiire i luy, elle y envoiroit un homme ex|>fès. Il dict que non, et commença à aller et venir par la maison, comme celuy qui avoit quelque affaire d'importance en son entendement. Ce que considérant la damoîselle, et qu'il avoit le visage d'un homme qui n'estoit pas content, envoya l'une de ses femmes après luy pour sçavoir s'il «vouloit rien. Ce beau père qui se promenoit en la cour, luy respondit qu'ouy : et la tirant en un coin, prit un poignard qu'il avoit en sa manche, et le luy mit dedans la gorge. Sur ces entrefaites arriva en la mesme cour un serviteur du gentilhomme estant à cheval, lequel apportoit la rente d'une ferme. Incontinent qu'il fut à pied, salua le Cordelier, qui en l'embrassant luy mit par derrière le poignard en la gorge, et ferma la porte du chasteau sur luy. La damoiselle, voyant que sa chambrière demouroit tant, envoya son autre chambrière sçavoir à quoy il tenoit que sa compagne ne revenoit point. La chambrière s'y en va, et sitost qu'elle fut descendue, et que le beau père la vit, il la tira à part en un coin, et en fit comme de l'autre. Quand il se vit seul en la maison, s'en vint à la damoiselle, et luy dict qu'il y avoit long temps qu'il estoit amoureux d'elle, et que l'heure estoit venue qu'il faloit qu'elle luy obéist. Elle, qui ne s'en fust jamais doutée, luy dict : — « Mon père, je croy que si

• j'avois une volonté si malheureuse, vous me voudriez

• lapider le premier. » Le Cordelier luy dict : — « Sortez en ceste cour, et vous verrez ce que j'ay 9 fiuct. » Quand elle vit ses deux chambrières et son valet morts, elle fut si effrayée qu'elle demeura là comme une statue sans sonner mot. A l'heure le meschant (qui ne faisoit son conte de jouir d'elle pour une fois ) ne la voulut prendre par force, mais luy dia : —

34 APOLOGIE POUR HlIRODOTE ^H

« Madamoisellc, n'ayez peur, vous estes entre les mains

• de l'homme Ju inonde qui plus vous aime. > Disam cela, il (lespouilla son grand habit, dessous lequel il en avoit un plus petit, qu'il présenta à la damoiselle ; en luy dj sant quQ si elle ne le prenoit, il la mettroit au reng des trcspassez qu'elle voyoit devant ses yeux. La damoiselk-, plus morte que vive, délibéra de feindre luy vouloir obéyr, tant pour sauver sa vie que pour gangner le temps auquel eirespéroil que son mari reviendroii. El par 1 icnt dudict Qtrdelier, commançû a se de ::moura le plus long temps & ce faire qu'eue ^is en fin quand elle fut en cheveux, le Cordelier ne regarda t\ la beauté qu'ils avoycnt, mais les coupa hastivement ; et ce faict la fit dcspouiller toute en chemise, et luy vestii le petit habit qu'il porioit, reprenant le sien accoustumé : et le plustost qu'il put, partit de Icans, menant avec soy son petit cordelier que si long temps il avoit désiré. Mais Dieu voulut que le mari, ayant faict ses affaires plustosi qu'il ne cuidoit, retournoit en la maison par un mesme chemin que sa femme s'en alloii. Quand donc le Cordelier l'apperceut de loing, il dict à la damojscile : — • Voicy vostre mary que je voy venir. Je » sçay que si vous le regardez, il vous voudra tirer » hors de mes mains : parquoy marchez devant moy, > et ne tournez nullement la leste du costé où il ira : » car si vous faites un seul signe, j'auray plustost mon » poif^nard en vostre gorge, qu'il ne vous aura délivrée i) de ma main, o En ce disant le gentilhomme approcha, et luy licmanJa dont (i) il venoît. Il luy dict : — I Du voitre maison, où j'ay laisse ma damoisijik' vostre

• femme, qui se porte très-bien, et vous attend. » Lv

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